Jordan Peterson interviewé par Martin Weill : le journalisme au plus bas

Capture d'écran YouTube de l'émission "Quotidien"

Jordan Peterson interviewé par un journaliste de l’émission « Quotidien », a tenté de lutter contre la mauvaise foi du journaliste.

Par Antoine Trémat.1

L’émission « Quotidien » a récemment publié sur sa chaîne Youtube une interview du psychologue et intellectuel canadien Jordan Peterson, célèbre figure outre-Atlantique. Entre mauvaise foi, traductions approximatives et troncage excessif, le résultat est plus que critiquable.

Jordan Peterson est un psychologue clinicien et intellectuel canadien ayant enseigné la psychologie à Harvard dans les années 1990 puis à l’Université de Toronto depuis 1998. Il s’est fait connaître du grand public en s’opposant au politiquement correct, au post-modernisme, aux excès du féminisme actuel et aux politiques identitaires de gauche comme de droite. Il est également connu pour encourager les gens à prendre leurs responsabilités dans la vie plutôt que de se réfugier dans une position de victime de la société. Il a une forte présence sur les réseaux sociaux, en particulier sur sa chaîne Youtube sur laquelle il a mis en ligne de nombreux cours qu’il a donnés à l’université ainsi que des interviews et conférences.

Jordan Peterson « ultraconservateur » ?

La chaîne Youtube de Quotidien a récemment publié une interview vidéo de Jordan Peterson. Le journaliste avait mille opportunités de faire de cette interview un moment de réflexion sur l’état de notre société, sur l’évolution des valeurs morales occidentales, sur la politique actuelle et d’autres sujets d’intérêt, mais il a préféré se vautrer dans la tentative de buzz bas-de-gamme.

Commençons par la description de la vidéo. Peterson défendrait « des positions ultra-conservatrices »… en approuvant l’égalité en droit des hommes et des femmes, en approuvant le rôle qu’ont joué les suffragettes et Rosa Parks dans la libération de la femme, en approuvant la fin de la discrimination légale des homosexuels et en s’opposant aux politiques identitaires de droite et de gauche ?

Il serait la « caution intello de l’alt right, l’ultra droite américaine »… alors qu’il s’est opposé à ce positionnement que lui ont donné ces détracteurs, que rien n’indique qu’il soit de ce bord, et qu’il se réclame plutôt du libéralisme ?

Il défendrait « un nouvel ordre patriarcal »… alors qu’il est un fervent défenseur de l’égalité en droit des hommes et des femmes et qu’il considère que nous vivons dans une hiérarchie de compétences, qu’il convient de protéger, et non dans une hiérarchie de domination masculine ? De toute évidence, Quotidien n’y comprend rien ou ne veut rien y comprendre.

Déformation de certains propos

Quant à l’interview elle-même, le journaliste Martin Weill n’a pas hésité à déformer à plusieurs reprises les propos passés de Jordan Peterson, par exemple en tentant de faire croire qu’il aurait dit qu’il faudrait que les femmes arrêtent de se mettre du rouge à lèvres pour éviter le harcèlement sexuel au travail.

Malgré tous les efforts de M. Weill pour faire passer son interlocuteur pour un conservateur misogyne, celui-ci parvient à rétablir la vérité sur ce qu’il a dit et à exposer son point de vue beaucoup plus nuancé, à savoir que le maquillage étant perçu comme un signal sexuel (ce que la science a déjà prouvé à plusieurs reprises), il n’est pas absurde d’avoir un débat sur son autorisation ou non sur les lieux de travail, tout en soulignant que le maquillage de la femme n’est en rien une excuse pour les comportements déplacés de l’homme.

À noter que ce passage sur le rouge à lèvres a été doublé en français pour passer dans l’émission de Martin Weill intitulée « Les nouveaux gourous ». Non content de mettre le professeur Peterson dans la catégorie des « gourous machos » avec lesquels il n’a rien à voir, le journaliste et son équipe en profitent pour le doubler avec une voix et un vocabulaire agressifs qui ne correspondent pas du tout à la réalité de l’interview qui s’est déroulée calmement. Non, M. Weill, « I don’t care » ne se traduit pas par « Je m’en fous » mais par exemple par « Ça m’est égal » ou à la limite par « Je m’en fiche ».

Journalisme à la française

On notera aussi la tentative typiquement française de faire passer Jordan Peterson pour une odieuse personne sous prétexte qu’il gagne beaucoup d’argent au travers de ses diverses actions entreprises pour aider les gens à mieux vivre leur vie. Mais au grand dam de Martin Weill, M. Peterson, imperturbable, assume ses hauts revenus. Après tout, un psychologue ou un médecin exploite-t-il ses patients sous prétexte qu’il fait payer ses services ? Et un journaliste exploite-t-il ses lecteurs et ses spectateurs en faisant de même ?

Ajoutez à tout cela un troncage omniprésent qui donne un arrière-goût désagréable de censure et vous obtenez ce que le journalisme a de moins glorieux à montrer : une interview à charge malhonnête et sans intérêt. Heureusement, à voir les commentaires qu’a suscité la vidéo, les internautes ne sont pas dupes et critiquent le mauvais journalisme de Martin Weill.

Pour finir, on rappellera à toute fins utiles que la Charte d’éthique professionnelle des journalistes stipule entre autres que le journaliste :

  • Respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence ;
  • Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles.
  1. Jeune libéral franco-suisse. Ses centres d’intérêts : politique, libéralisme, observer la France depuis la Suisse.
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