Où va l’argent ? Plongée dans les chiffres de la délinquance

Un sondage Odoxa réalisé en octobre 2018 nous apprenait que 64 % des Français se sentent souvent (16 %) ou de temps en temps (48 %) en insécurité, soit un niveau très proche du record enregistré par ce baromètre.

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Où va l’argent ? Plongée dans les chiffres de la délinquance

Publié le 8 décembre 2018
- A +

Par Nathalie MP.

Sale coup pour Gérald Darmanin ! Tout récemment, il nous assurait que l’argent des contribuables était judicieusement utilisé par l’État pour apporter aux Français les meilleurs services possibles, notamment en matière de sécurité – ceci pour tenter de répondre à la désormais fameuse question initiale des Gilets jaunes « Mais qu’est-ce que vous faites du pognon ? » Depuis, les Gilets jaunes se sont laissés envahir par des groupes violents et des revendications « vénézuéliennes » façon CGT, mais d’un point de vue libéral, la question reste très pertinente.

Or le tout dernier rapport Cadre de vie et sécurité portant sur 2017 et publié ce 6 décembre 2018 par l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP) sous l’égide de l’INSEE (rien que du très officiel, donc) a dû tomber comme une douche froide de plus sur le gouvernement. Car oui, hélas, les résultats sont… comment dire ? Préoccupants.

En fait, ils sont franchement médiocres – à tel point que le journal Le Monde, en général plutôt pudique sur ces sujets « sécuritaires », titre carrément sur la « forte hausse » des cambriolages et des violences. De plus, ils confirment si besoin était que non, le « sentiment d’insécurité » des Français n’est pas qu’un sentiment éthéré formé via des légendes rurales ou urbaines et autres fake news scandaleusement répandues à dessein par de sombres agitateurs du peuple irresponsables.

Il n’y a guère lieu d’être étonné. Un sondage Odoxa réalisé en octobre 2018, c’est-à-dire il y a 2 mois à peine, nous apprenait que 64 % des Français se sentent souvent (16 %) ou de temps en temps (48 %) en insécurité, soit un niveau très proche du record enregistré par ce baromètre.

Ce sentiment, dans lequel la part du terrorisme diminue nettement, est essentiellement lié au fait que 60 % d’entre eux ont été victimes à un moment ou à un autre d’un des faits suivants : menaces et agressions verbales, cambriolages, agressions physiques, vol à l’arraché, agressions sexuelles.

Et sur tous ces points qui empoisonnent la vie quotidienne, seulement 21 % des personnes interrogées font confiance au gouvernement pour les combattre, score le plus bas du baromètre. En 2016, ce score était de 24 % pour Hollande, puis il était remonté à 40 % au début du mandat d’Emmanuel Macron. Encore une dégringolade brutale pour le Président…

Le rapport de l’ONDRP vient mettre des éléments concrets sur tout ceci. Ni sondage sur un échantillon représentatif de 1 000 personnes, ni comptage des dépôts de plaintes, il consiste en une vaste enquête menée auprès de 16 000 ménages métropolitains dont les membres (de 14 ans ou 18 ans et plus, selon les questionnaires) ont été interrogés en face-à-face au cours du premier semestre 2018 sur les événements de 2017.

Appelé « enquête de victimation », ce type de suivi de la délinquance qui existe en France depuis 2006 nous vient des États-Unis, d’après le constat que toutes les victimes ne déposent pas plainte et que toutes les plaintes ne subissent pas le même traitement administratif d’un lieu à un autre et d’une année à une autre. Il permet donc de prendre en compte toutes les victimes afin de dresser un bilan complet de la délinquance.

Les résultats de cette année tranchent négativement avec ceux des années précédentes car le nombre d’indicateurs toujours en hausse ou repartis à la hausse après une période de baisse est nettement plus élevé que d’habitude (voir page 6 du PDF, soit page 4 de la numérotation du document) :

· Les vols de voitures et de deux-roues à moteur sont en baisse, notamment parce que les systèmes de sécurité des constructeurs sont de plus en plus performants.

· Les injures, les vols de vélos, les vols sans effraction dans les résidences principales, les débits frauduleux sur comptes bancaires (tweet) et les vols avec violence ou menaces sont plutôt stables par rapport à 2016.

En revanche, du côté des grandeurs à la hausse, les cambriolages atteignent leur plus haut niveau depuis 2006 et l’augmentation observée entre 2016 et 2017 est de 21 %. Les vols sans violence augmentent fortement en 2017 (+ 46 %), ainsi que les violences physiques hors ménage. Voir tweets ci-dessous :

Les violences sexuelles hors ménage sont également en très forte augmentation, tout comme les violences physiques ou sexuelles au sein du ménage. Mais l’ONDRP signale qu’il convient de prendre ces deux derniers résultats avec prudence en raison d’une reformulation des questions en 2017 et de l’impact possible du mouvement #MeToo (dit aussi en France #BalanceTonPorc) créé dans la foulée de l’affaire Harry Weinstein, du nom de ce producteur hollywoodien accusé d’agressions sexuelles.

L’enquête suit par ailleurs deux indicateurs de perception de l’insécurité : celle ressentie à son domicile (17 % des personnes de 14 ans et plus, soit 8,7 millions d’individus) et celle ressentie dans son quartier ou dans son village (22 % des personnes de 14 ans et plus, soit 11,5 millions d’individus). L’une comme l’autre sont en augmentation de 1 point en 2018, atteignant leur point le plus élevé depuis 2006.

La tendance générale est donc des plus préoccupantes, car elle révèle non seulement que certains crimes et délits n’amorcent pas de baisse, mais également que certains autres dont on avait observé le retrait sont de nouveau orientés à la hausse.

Dans le premier article « Où va l’argent », je prenais l’exemple de l’infrastructure de transport dite Grand Paris Express pour mettre en évidence combien l’État était peu scrupuleux de l’argent des contribuables, combien il se lançait dans des projets stupidement pharaoniques pour la seule gloire de certains élus, combien ces projets étaient mal budgétés à dessein au départ pour mieux passer dans l’opinion, puis combien ils étaient mal gérés ensuite. Toutes raisons d’avoir des doutes intenses sur l’efficacité des prélèvements obligatoires, une fois engloutis dans la machine infernale de la dépense publique.

Avec ce second opus concernant la sécurité, on touche à un domaine qui ne figure pas en tant que tel dans les revendications des Gilets jaunes, mais il n’en demeure pas moins qu’il a un coût en échange duquel les Français voient leur sécurité mal assurée, avec une dégradation entre 2016 et 2017. Les réponses données dans le sondage Odoxa de 2018 ne laissent pas présager d’amélioration.

C’est grave, car si l’État ne devait faire qu’une seule chose, ce serait bel et bien d’assurer la sécurité des personnes et des biens à travers une police bien organisée, une justice indépendante et un système pénitentiaire convenable.

Or l’on sait que le budget attribué au ministère de la Justice (judiciaire et pénitentiaire confondus) est invraisemblablement inférieur à celui du ministère de la Culture (7,3 et 10 milliards d’euros respectivement en 2019). Les moyens humains et matériels font défaut face à un nombre de dossiers en augmentation permanente. Résultat, les délais de traitement sont devenus légendairement longs et les Français sont 75 % (en 2014) à estimer que la justice fonctionne mal.

Quant aux forces de police et de gendarmerie qui nous occupent plus particulièrement ici, elles souffrent moins d’un manque de moyens humains que d’une organisation qui défie le bon sens et les met en permanence sous pression.

La profession est en effet en plein malaise : entre la mauvaise coordination des différentes unités entre elles, les missions d’un intérêt second telles que surveillance routière et protection des VIP, le temps passé à des tâches purement administratives au lieu d’être sur le terrain, la déception de voir que bon nombre de petites peines prononcées ne sont pas appliquées, l’encadrement de manifestations violentes, sans compter le manque de repos et l’absence de considération de la part de la hiérarchie, les conditions de travail sont devenues telles que le taux de suicide est 3 fois plus élevé chez les forces de l’ordre que dans la population française générale.

Ainsi, en dépit des sommes astronomiques qu’il nous prélève – plus de 1 000 milliards d’euros en 2017 soit 48,4 % du PIB, on constate que l’État français est incapable d’assumer correctement son rôle régalien de protecteur des personnes et des biens, le seul qui justifie fondamentalement son existence.

En plus de toute la gloriole qu’il met à être stratège et providence, mille missions improbables l’appellent, de la fabrication d’objets en porcelaine via la Manufacture de Sèvres jusqu’au développement d’une appli mobile pour aider les taxis à « concurrencer » les VTC, tandis que la mission sécurité, accomplie par des forces de l’ordre au bord de la rupture, peine à s’extraire de l’échec que les Français lui reprochent avec de plus en plus d’insistance.

Seul accomplissement remarquable, sa capacité à saboter dans l’incompétence et la débâcle financière toutes les missions auxquelles il se consacre, qu’elles soient absolument nécessaires, complètement superflues ou totalement loufoques.

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  • Sans commentaire , la réalité du terrain , la pauvreté , la misère et violente les mots sont des sparadras , quand l’indifférence des autorités deviennent sourds et aveugles !!
    Vous inciter le peuple a être violent .. Comme ces 2 personnages n’écoutent pas ou que part la peur !!!
    , voir les annonces des routiers en moins de 24 heure , le problème est réglé !!!!
    pour les Gilets Jaunes après 3 semaines dont la derniere violente , la peur s’installe , Les Pleureuses , appellent de manifester dans le calme !!! maintenant oui je comprend , avec du recul , nous prenons en consideration, de vos remarques et sujétions..que je transmet au Président qui annoncera les mesures à prendre !!!

  • L’ÉTAT est le garent de la Sécurité des Citoyens . Pour des raisons budgétaires , diminutions de personnels Police etc ..Par contre les Villes ont embaucher et créer une Police Municipale Comme L’ÉTAT abandonné
    son role de la Sécurité… Si bien que maintenant nous payons 2 fois la SECURITE:
    1) par les impôts sur le revenu …
    2) par les impots locaux pour les villes ..
    L’ÉTAT a décentralisé la Sécurité sur les villes !!

  • quand on subit , on comprend mieux , beaucoup mieux ; il est fort dommage que ceux qui nous dirigent ou nous ont dirigé ne soient pas directement impacté physiquement et psychiquement par la délinquance qu’ils ont laissé s’installer ; ça leur ferait les pieds ;

  • véra , la roue tourne . Le malaise s’installe ; les pleureuses sont en action SVP pas de violence, dans les chaumieres de nos élus
    l’inquietude du lendemain s’installe…Soyer raisonnable , voir pour les routiers en 24 heures regler !!! Les Routiers pas sympa sans les gilets jaunes , le résultat n’était pas le même !!! Il faut dire que les syndicats !! sans
    commentaires ..

  • Incroyable aveuglement que de ne pas voir l’augmentation des crimes comme une conséquence évidente du réchauffement climatique..
    Les nuits chaudes sinon les hivers doux sont propices aux rôdeurs, échauffent les esprits, poussent les esprits faibles vers la consommation de spiritueux et boissons fermentées..tandis que les jeunes femmes se déshabillent innocemment attirant les regards concupiscents de jeunes hommes à l’esprit troublé par la chaleur.. .
    les extrêmes météorologiques par le chaos qu ‘ils entraînent attirent les pilleurs.
    Sans compter que la montée des eaux amène les gens à s’agglutiner sur les rares espaces sauvés des eaux acides et bouillantes.
    Et ce tandis que les matraques sont amollies par la chaleur accablante de la nuit.
    Le gouvernement de monsieur macron champion mondial du climat s’attaque aux causes profondes et non aux symptômes .

  • Enfin. Ben oui. Merci Nathalie 🙂

  • Beau récapitulatif, que l’on voudrait ne pas avoir à lire tant c’est énervant, mais la gauche nous a abreuvé en économie de l’idée que l’Etat gendarme, c’était ringard, qu’il était là pour répondre aux insuffisances du marché (jugées innombrables), alors qu’en fait, il répond à des lobbys ayant l’oreille des politiques qui ne manquent jamais de répondre à leurs attentes (Macron a réaffirmé que le statut des intermittents était intouchable).

  • je ne suis pas certain qu’augmenter le budget de la justice aura de bons effets…faudrait surtout leur inculquer que la Justice n’est pas à deux vitesses et qu’il ont un devoir d’impartialité politique..

  • J’ai eu affaire 3 fois à la police (en tant que victime).
    -Escroquerie. avec une photocopie du passeport et adresse du coupable, ils n’ont pas pu le retrouver… (j’avais pourtant pris mes précautions)
    -Paiement en ligne frauduleux: je n’ai pas pu porter plainte, il m’ont répondu: de toute façon, la banque vous remboursera… (ce qui fut le cas, mais bonjour l’incitation pour les voleurs)
    -Enfin vol de voiture. Le coupable a été retrouvé (j’étais étonné), multirécidiviste. Il ne sera pas jugé, il a été relâché…
    Du coup quand un mec m’a menacé avec un couteau de boucher dans le RER, après l’avoir désarmé, je l’ai laissé partir. Les gens du wagon n’ont rien fait, et un m’a dit que de toute façon la police ne fera rien, sur ce point j’étais d’accord. En partant l’assaillant m’a dit « il faut être cool mec »…
    A travers ces expériences, j’ai pu me forger une opinion de la police et de l’état de la France en matière de sécurité.

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