On n’est tout de même pas arrivés là par hasard

Numbers And Finance

Intéressante période que celle que nous vivons actuellement et qui, à défaut d’offrir de réjouissantes perspectives pour les prochains mois, permet de réfléchir un peu sur l’état général du pays.

Et lorsqu’on se penche sur sa situation, difficile d’être véritablement surpris par ces mouvements de foule de moins en moins contrôlés.

Pour commencer — et ces colonnes en attestent depuis des lustres — le train de vie de l’État français n’a jamais été aussi dispendieux. Non seulement, ce patapouf obèse a pris une ampleur invraisemblable, mais en plus l’a-t-il fait aussi bien sur le dos des générations courantes que des générations futures, avec une dette qui explose maintenant tous les plafonds.

Il suffit de ressortir quelques graphiques édifiants pour bien comprendre que non, décidément, rien de tout ce qui se passe en ce moment n’était imprévisible.

Ainsi, la pression fiscale n’a cessé d’augmenter pour atteindre maintenant des seuils invraisemblables au point que la France est maintenant le leader incontesté des enfers fiscaux de la planète. Oh, bien sûr, les indécrottables collectivistes argueront que ces niveaux de prélèvement sont amplement justifiés par nos belles infrastructures et nos magnifiques services publics, en oubliant qu’avec 10 à 20 points de prélèvements de moins comme en Allemagne ou en Suisse, les services dispensés et les infrastructures présentes y sont pourtant meilleures.

Il faut être sacrément aveugle ou très solidement endoctriné pour ne pas voir la corrélation étroite entre la pression fiscale d’un côté et les capacités de croissance d’un pays. Pour la France, là encore, cela se traduit par un fort joli graphique dont on n’entend que rarement l’analyse ou la simple mention dans nos journaux conscientisés, nos plateaux télés pleins comme un œuf d’experts tous plus affirmatifs les uns que les autres sur les bonnes solutions à appliquer.

De la même façon, il faut faire preuve d’un optimisme d’airain ou, plus probablement, d’un entêtement absurde pour persister à penser que les solutions appliquées jusqu’à présent en matière de lutte pour l’emploi, contre le chômage et la précarité ont été d’une quelconque utilité. Tout indique au contraire que tous les efforts gouvernementaux se sont traduits au mieux par des résultats microscopiques, au pire ont été parfaitement contre-productifs.

Bien joué la France !

Pas étonnant non plus dans ce contexte que le moral des Français soit en chute libre : plus ces derniers s’échinent à produire (au point d’avoir une productivité record), plus ils font preuve de souplesse pour s’adapter à des horaires étendus, à des emplois éloignés de chez eux ou à des salaires minimalistes, plus la situation économique se dégrade et moins l’État leur laisse de marge financière.

Pire encore : les élus semblent se passer le mot pour concerter leurs efforts en vue de pourrir encore plus la vie de leurs concitoyens.

Outre la multiplication invraisemblable de règles toujours plus complexes, outre l’imposition de normes toujours idiotement supérieures aux normes européennes (donnant à nos voisins de nombreux avantages concurrentiels) dans le seul but de frimer (ou pour favoriser d’énièmes connivences), outre la prolifération de vexations routières diverses pour bien faire comprendre que posséder une voiture est une honte ultime, outre tous ces éléments, les mêmes élus se relaient pourtant, nuit et jour, dès qu’ils le peuvent, pour inventer une nouvelle taxe, une nouvelle interdiction, une norme, une règle ou une contrainte supplémentaire : alors que la fronde des Gilets Jaunes bat son plein, alors que la France crève de n’avoir pas assez d’emplois créés, de ne pas assez attirer les entreprises sur son sol, Bruno Le Maire relève le défi de le rendre encore moins attractif, encore plus fiscalement dangereux d’y faire du business en revenant à la charge (EncoOÔOore une fois !) avec une « nouvelle » proposition de taxe sur les GAFA. Et quand ce n’est pas les GAFA, c’est (roulement de tambours) le reste des entreprises.

On en vient à se demander si leur cogner vigoureusement sur le museau ne serait pas, finalement, la seule façon de calmer leurs compulsions taxatoires rabiques et tenter de faire rentrer cette réalité pourtant simple : jamais une Nation n’est devenue riche en se taxant à mort. Jamais.

Parallèlement, dans une sorte d’ironie mordante que seule peut nous offrir la vie courante, réelle et loin des cirques politiques artificiels, on apprend que la fiscalité française est tellement confiscatoire que même l’État français cherche lui aussi à y échapper : Engie (ex GDF-Suez), où l’État français lui-même détient une minorité de contrôle, aurait ainsi transféré au Luxembourg une partie de ses capitaux (27 milliards tout de même) pour réduire sa facture fiscale.

En somme, alors que Macron prétendait réformer le pays et que la petite troupe de ses suiveurs l’a élu pour ça, tous les indicateurs pointent dans le même sens : les gabegies continuent, les dépenses ne se sont jamais aussi bien portées, et de façon générale non seulement le gouvernement actuel ne fait pas mieux que le précédent sous Hollande, mais tout indique qu’il a même accéléré la tendance.

Soit, il a bénéficié d’un terreau favorable à ses expérimentations fiscales déchaînées : après 40 ou 50 années de propagande anti-capitaliste et d’enseignement indigent de l’entreprise, de l’économie et du marché, le peuple est mûr pour n’y plus rien comprendre et s’enfoncer mollement dans la facilité des slogans tout faits (et tout faux) sur une fumeuse justice sociale et la nécessité de taxer les riches pour aider les pauvres, alors que la seule justice fiscale se résume fort simplement à une baisse globale de tous les impôts, pour tous, et à une baisse, logique et conséquente, de la présence de l’État partout dans nos existences.

Non, décidément, rien de tout ce qu’on observe actuellement, rien de ce mouvement des Gilets Jaunes n’est fortuit. Il n’est que le strict aboutissement d’une bastonnade de plus en plus vigoureuse du peuple sur lui-même, après son découpage en tranches plus ou moins fines pour opposer les unes aux autres dans une application d’un « diviser pour mieux régner » à la hauteur des petits machiavels poudrés de l’administration qui ont pris le pouvoir depuis plus de 40 ans.

Je crains qu’on ne soit à présent arrivé au bout de cette tactique.
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