Directive droits d’auteur : est-ce la fin d’internet ?

Avec la directive sur les droits d’auteur, on peut craindre la disparition de l’internet libre, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Par Théophile Gacogne.

Le monde du numérique est en ébullition depuis quelques mois déjà, à cause d’une directive européenne visant à protéger les droits d’auteur. C’est notamment l’article 13 qui pose problème, et certains voient même la mort d’internet se dessiner peu à peu. Si l’industrie de l’audiovisuel et des médias se réjouit d’une meilleure protection des contenus, les géants du net et les créateurs du web assurent que la réforme sur le copyright aura des conséquences désastreuses si le texte est adopté en l’état. On voit d’ailleurs des rassemblements massifs autour des hashtag #saveyourinternet ou #savetheinternet un peu dans tous les sens. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Un filtrage de tous les contenus

L’article 13 vise à rendre responsables toutes les plateformes de partage et l’ensemble des sites en général, pour le non-respect des droits d’auteur et l’utilisation illicite de contenus protégés. À première vue, c’est plutôt une bonne chose, puisque les artistes et les sociétés de production ne travaillent pas pour rien, et il est évidemment intolérable de voler leur travail.

Cependant, il existe des milliers de chaîne Youtube ou Dailymotion, et de sites internet en tout genre, qui font de la critique, de la démonstration ou encore de la parodie, et ils utilisent pour cela quelques images ou quelques sons, des films, des jeux, des musiques qu’ils souhaitent critiquer, tester ou parodier.

Ainsi, si l’article 13 est voté, il ne sera plus possible d’utiliser quelques secondes d’une œuvre pour illustrer son propos. Difficile de parler d’un jeu si on ne peut pas montrer quelques images, pas évident non plus de parodier un film célèbre sans utiliser la musique de ce dernier.

Bref, le seul contenu autorisé devra être complètement libre de droit et on ne pourra donc utiliser aucun son, aucune image, aucune marque, musique ou même bruitage, appartenant à quelqu’un d’autre. Au final, les seuls qui auront les autorisations de communiquer sur un film, un jeu ou une musique, seront les éditeurs ou les TV qui possèdent des accords.

Une guerre juridique et législative débute

D’après l’article 13, les plateformes ou les sites devraient posséder tous les droits ou s’assurer que les diffuseurs ont des accords pour utiliser quelques secondes de musique ou quelques images. C’est évidemment impossible à mettre en place.

Il est donc nécessaire d’instaurer un robot ou un filtre qui va analyser tous les contenus avant de les mettre en ligne. Lorsqu’il découvrira l’utilisation d’une partie d’une œuvre, alors il bloquera immédiatement la vidéo, ou sa monétisation se fera au profit des ayants droit. Ainsi, pour 10 secondes de la musique de Star Wars sur une vidéo de 30 minutes, il faudrait que tous les bénéfices soient reversés à Lucas Film…

Il faut également savoir que certains pays autorisent l’utilisation d’une partie des œuvres, pour la critique et la parodie, mais qu’un robot n’est évidemment pas capable de distinguer la différence entre le vol d’une musique ou de quelques images et une parodie.

Ce ne sera évidemment pas la mort d’internet, mais on peut craindre la disparition de l’internet libre, tel qu’on le connaît aujourd’hui. Google, Facebook et d’autres géants du net sont évidemment contre ce qu’ils estiment être une atteinte à liberté d’expression, et ils sont suivis par des millions d’internautes sous les hashtag que l’on a vus plus haut. La pétition savetheinternet est d’ailleurs en ligne et 3 620 800 personnes l’ont déjà signée à l’heure ou j’écris ces lignes. Pour ceux qui voudraient y participer, c’est par ici.