Les vigilants jugent du bon et du mauvais populisme

Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

Les politiques et les élites « progressistes » considèrent que tout ce qui les contredit est forcément « populiste ».

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Tout le monde connaît le célèbre sketch des Inconnus sur les chasseurs. « Qu’est-ce qu’un bon chasseur ? Eh bien, un bon chasseur, c’est celui qui tire… » Et « Qu’est-ce qu’un mauvais chasseur ? Un mauvais chasseur, c’est celui qui… tire… mais bon, il tire quoi, mais ce n’est pas pareil ». C’est un peu la même chose avec le populisme. Les politiques et les élites « progressistes » considèrent que tout ce qui les contredit est forcément « populiste ».

En général, il faut se rendre à l’évidence, il s’agit de tout ce qui se réclame de la droite ou qui, du moins, n’est pas de gauche. On veut bien faire quelques concessions idéologiques et accepter le fait que Jean-Luc Mélenchon soit un « populiste » — on tolère même, à la limite, sa violence verbale et ses joutes démagogiques. Dans ces milieux où la bonne conscience règne, on va jusqu’à faire l’impasse sur les similitudes évidentes entre son programme économique et celui de Marine Le Pen. Si l’on remplace les « immigrés » par les « riches », la copie devient parfaite.

Le populisme « républicain » de Macron

Lorsque Macron critique l’ « Europe ultralibérale » et « ouverte à tous les vents », cette Europe « qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre », ne fait-il pas des appels de pieds aux électeurs des extrêmes ? Si ce n’est pas du populisme, qu’est-ce que c’est ? En quoi désigner l’Amérique comme « ennemie » le mardi 6 novembre (jour des élections de mi-mandat — et cinq jours avant le 11), et choisir pour les commémorations une chanteuse qui a traité le président américain de « tyran », est-il différent de l’antiaméricanisme omniprésent de nos extrêmes ? Personne ou presque n’a réagi. Car, oui mais bien sûr, on a là affaire à du « populisme … à du « populisme républicain » ou « progressiste »…

Comment qualifier aussi sa promesse de faire baisser le coût du permis de conduire ? Est-ce vraiment au président de la République de s’occuper du permis de conduire ? Le même populisme a guidé Macron et une belle brassée d’autres responsables politiques aux funérailles de Johnny en décembre 2017. Certains d’entre eux s’en étaient bruyamment pris au chanteur quand il avait quitté l’enfer fiscal français… À sa mort, ils l’aimaient tous. À la mort d’Elvis Presley, le président Carter avait juste publié un communiqué, ce sont les milliers de fans du rocker qui lui avaient rendu hommage chez lui.

Populisme de droite et de gauche, ou deux poids-deux mesures

Dans son essai intitulé « Qu’est-ce que le populisme », Jan-Werner Müller se demande : « Qui, au juste, n’est pas populiste ? ». C’est tout à fait pertinent sauf qu’un certain populisme de gauche bénéficie d’une forme d’immunité. Par exemple, les vigilants idéologues ont tout de suite condamné le nouveau président Bolsonaro au Brésil, un très dangereux personnage à leurs yeux (Le Monde n’a utilisé que les termes « extrême droite » à son égard) mais combien ont été ceux qui ont critiqué l’ascension au pouvoir en Bolivie de l’extrémiste de gauche Evo Morales ?

Même l’ancien tyran Hugo Chavez au Venezuela n’a pas reçu le même déluge de critiques que le jeune conservateur Sebastien Kurz, qui a après avoir remporté les élections en Autriche en octobre 2017 a dû, pour gouverner, faire alliance avec le parti d’extrême droite.

On a tout de suite crié au loup, faisant semblant d’oublier un précédent révélateur : le gouvernement d’un autre « extrémiste » autrichien, Jorg Haider, entre 1989 et 1991. Sauf erreur, l’Autriche n’a pas vraiment basculé vers la dictature nazie, ni à l’époque, ni aujourd’hui. Elle se porte plutôt bien, avec un taux de chômage (4.8 %) bien moins élevé qu’en France. D’ailleurs, il faut remarquer que dans de nombreux pays touchés par la vague populiste, l’économie fonctionne très bien ; on ne peut pas vraiment accuser le déclassement économique d’avoir poussé les électeurs dans les bras des partis populistes.

Le très bon score de ces partis en Autriche, Allemagne, aux Pays-Bas ou, plus récemment, en Suède, n’est pas alimenté par une économie en souffrance. Les deux premiers pays connaissent le plein emploi tandis qu’en Suède, l’État providence joue toujours son rôle protecteur.

La poussée de l’AFD dans les Länder allemands de Bavière et de Hesse n’est pas due, comme le soutient la correspondante du Monde, au désir d’accroître la « justice sociale », mais à la peur de l’immigration. Ces deux Länder sont les plus riches d’Allemagne, le PIB par habitant est l’un des plus élevés d’Europe ! L’immigration en Suède et en Italie, la peur de l’immigration en Hongrie, font le lit de tous ces soubresauts populistes.

Il faut également différencier le populisme à tendance autoritaire (comme en Hongrie où l’on interdit des organisations non-gouvernementales et où la presse est beaucoup muselée) de celui des pays véritablement démocratiques comme l’Autriche, les Pays-Bas, l’Italie ou les États-Unis.

À remarquer que dans ce dernier, pratiquement tous les médias, à l’exception de Fox News, sont contre le président Trump. Et, contrairement à ce que soutenaient les anti-trumpistes de service, le président n’a pas empêché le bon déroulement des élections de mi-mandat et a accepté sans problème les résultats. Les démocrates ont été plutôt de mauvais perdants, réclamant un comptage des voix en Floride alors qu’il n’y avait aucune raison de le faire.

Le populisme de Trump est bien compatible avec un fonctionnement correct de la démocratie. Pourquoi serait-il plus condamnable que celui des démocrates américains ? Le professeur Jan Werner-Müller cite l’historien américain C. Vann Woodward pour lequel le « New Deal » de Roosevelt était une forme de populisme. On peut dire la même chose de l’égalitarisme et du progressisme prônés par les gauchistes. Le vote en faveur de Trump est aussi une réaction à l’Amérique voulue par Obama, celle où les minorités bénéficient du bouclier racial et ne peuvent être que des victimes. Rien n’est jamais aussi simple et l’on mesure maintenant à quel point le politiquement correct et l’« affirmative action » ont fait des ravages dans la société américaine.

Les craintes de l’immigration de masse et le terrorisme progressiste (ou le populisme de gauche) sont en fait les principales causes des populismes de droite. Les comprendre, c’est aussi trouver des solutions sans menacer la démocratie.

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