Déficit budgétaire américain : l’arbre qui cache la forêt

La dette accumulée par l’administration Trump diffère de celle entassée par son prédécesseur. Analyse.

Par Olivier Maurice.

À l’issue des élections américaines de mi-mandat, nous avons tous entendu nombre de commentateurs politiques critiquer les résultats économiques de Donald Trump qui se feraient au prix d’une explosion de la dette américaine. Il est vrai que l’habitude des relances keynésiennes a fait une quasi vérité de l’équation : relance économique = distribution d’argent = endettement.

Le Nouvel Observateur du 5 novembre 2018 : Oui, la croissance américaine se porte bien. Mais au prix d’une dette qui augmente de manière vertigineuse.

Cette vérité assénée par nos chroniqueurs n’est pas nouvelle. Depuis le début de l’investiture Trump on voit régulièrement poindre des articles catastrophistes sur la politique budgétaire du président américain, les commentateurs enchaînant les alertes et les mises en garde.

Bizarrement, c’est un tout autre son de cloche que l’on entend de l’autre côté de l’Atlantique, où les Démocrates semblent plutôt déchaînés sur la baisse d’impôt et inquiets sur l’avenir de l’Obamacare alors que les Républicains, président en tête, sont vent debout contre la décision de la Fed de relever les taux d’intérêt, ce qui alourdit encore le passif laissé par l’administration Obama.

Réflexe pavlovien ou Fake News ?

Une rapide recherche Internet sur les mots clefs « dette USA » fait apparaître de nombreux articles critiquant l’endettement américain abyssal et en profitant pour promettre un cataclysme prochain.

Bizarrement, un nombre important de ces articles sont édités par certains médias russes — dont on connaît le regard pour le moins subjectif sur le président américain —, et un autre publié sur le blog de Jean-Luc Mélenchon. Y aurait-il donc par hasard comme un léger parfum de fake news ?

Après m’être délecté du tour de force du leader de la France Insoumise qui arrive en même temps à affirmer que la dette souveraine c’est de la rigolade et à expliquer aussi que la dette souveraine américaine va conduire les USA (et le monde) à l’apocalypse, je me suis donc penché sur les chiffres officiels délivrés par le département du trésor américain.

Les chiffres

Entre le 20 janvier 2009 (date de l’investiture du premier mandat de Barack Obama) et le 20 janvier  2017, la dette souveraine américaine est passée de 10 627 milliards de dollars à 19 947 milliards de dollars, soit une hausse moyenne de 8,3 % par an.

Entre le 20 janvier 2017 (date de l’investiture de Donald Trump) et le 8 novembre 2018, la dette souveraine américaine est passée de 19 947 milliards de dollars à 21 733 milliards de dollars, soit une hausse moyenne de 5 % par an.

Un lourd héritage

Effectivement, la dette américaine devrait croître de 7,1 % en 2018, si l’on projette sur l’ensemble de l’année la tendance actuelle. Mais cela n’a rien à voir avec les 4 premières années de la présidence Obama, période de dépenses somptuaires qui n’avait été interrompue que par le bras de fer du shutdown de 2013.

Il y a d’ailleurs des différences fondamentales entre la dette Obama et la dette Trump : la première a été majoritairement employée pour augmenter le périmètre de l’État, la seconde pour financer une baisse des impôts ; la première s’est vu associée à une croissance du PIB de 1,5 % en moyenne par an, la seconde d’une croissance qui au dernier trimestre atteignait les 4 %.

Les projections d’évolution de la dette souveraine américaine effectuées à la fin 2017 (c’est-à-dire avant les baisses d’impôts) pour tenir compte des coupes budgétaires effectuées lors de la première année du mandat Trump donnaient d’ailleurs une diminution de celle-ci en 2018 pour repasser alors au niveau de 2016. L’augmentation cumulée de la dette US pendant les deux dernières années reste d’ailleurs inférieure à la plus faible des augmentations annuelles ayant eu lieu pendant les mandats d’Obama.

La seule vraie question n’est pas de se demander si les réductions d’impôts et l’augmentation des  dépenses régaliennes décidés par les Républicains et l’administration Trump vont plonger les États-Unis dans le chaos, mais bien de savoir ce qu’il va advenir d’une dette colossale dont près de la moitié a été créée par l’administration précédente.

Le prochain épisode générateur de ce flot d’informations et de désinformations sur le sujet de la dette souveraine américaine ne devrait d’ailleurs pas tarder, avec les prochains développements du procès sur l’Obamacare dont l’héritage pèse lourdement sur le budget américain. Qui sait si l’on ne verra pas alors pointer des articles sur la dette US disant exactement le contraire de ce que l’on peut entendre actuellement ?