Quand le conseiller de Jean-Luc Mélenchon explique l’économie

Keynes by Eugenio Hansen(CC BY-SA 2.0)

Jacques Généreux, le conseiller économique de Jean-Luc Mélenchon livre son analyse du système économique.

Par Henri Dumas.

N’est-ce pas un scoop : les Insoumis sont capitalistes. J’espère que vous m’accordez le crédit de ne pas lancer cet apparent « gros mot » en l’air, sans biscuit.

Voici donc les éléments qui m’ont amené à cette conclusion.

Jacques Généreux, éminent professeur d’économie à Sciences Po, est un homme que je ne connais pas. Je ne le connais que par ses livres, je sais aussi que c’est l’économiste reconnu de M. Mélenchon, donc l’économiste des Insoumis.

Cet homme est intelligent, c’est indéniable. Il est cultivé, au moins dans son domaine, c’est évident. Il est probablement ambitieux. Mais, il avance masqué.

J’ai en cours la lecture de son ouvrage « Jacques Généreux explique l’économie à tout le monde »Encore une harangue à la gloire du peuple, de l’égalitarisme, dénonçant pêle-mêle le capital, les banques et les riches. Le bon truc fourre-tout qui plait à ceux qui se sentent une âme de pilleur, de profiteur, plutôt que de travailleur ou de créateur.

Mais, attention, le tout traité délicatement, intellectuellement, avec abondance de sophismes pouvant être ravageurs sur les lecteurs ciblés.

Jacques Généreux : un capitalisme affirmé

Si vous distribuez 100 M€ de prestations sociales supplémentaires et augmentez d’autant les cotisations sociales, le revenu net des ménages reste inchangé…. Les charges courantes de fonctionnement des services publics doivent normalement être couvertes par des recettes courantes. Si l’État s’endette pour financer sa consommation annuelle de papier et d’électricité, c’est de la pure folie qui mène à la banqueroute…

Le bon sens.

Puis il écrit :

L’essentiel est donc ici de faire la distinction entre la bonne dette et la mauvaise dette. La bonne dette publique, assurément, est celle qui finance des investissements vraiment utiles et prépare un avenir meilleur… Il faut par ailleurs éviter l’emballement incontrôlé de la dette, le fameux « effet boule de neige » : de nouveaux emprunts se révèlent nécessaires uniquement pour assurer la charge annuelle de la dette qui, du coup, ne cesse de croitre et de susciter de nouveaux emprunts.

L’évidence.

Éradiquer les amplitudes de l’économie

Par ailleurs, dans son ouvrage M. Généreux dénonce le collectivisme, il se réclame du keynésianisme, hypothèse économique qui se propose d’éradiquer les amplitudes fastes et néfastes de l’économie par une recette miracle qui consisterait à continuer de consommer uniformément, que l’économie aille bien ou mal.

En réalité, il s’agit de remettre au goût du jour la méthode du bas de laine de nos grands-mères qui permettait de vivre les périodes difficiles en puisant dans les économies mises dans le bas de laine pendant les périodes fastes, mais, et c’est là l’astuce du jour, sans avoir à alimenter préalablement le fameux bas de laine.

Donc, quand tout va bien on claque le fric, et quand tout va mal on continue. Pas besoin d’être prof à Sciences po pour comprendre le charme électoral d’un tel discours.

Mais comme justement Jacques Généreux est prof à Sciences po il faut bien un minimum de sérieux apparent.

Alors…. La recette ?

Retour de la tarte à la crème : l’emprunt

Comment faire autrement quand on a grillé ses précédents revenus alors que tout allait bien ? Quand l’impôt a pompé le capital ?

Suivez-moi bien.

En exposant que pour relancer l’économie par le biais de l’État celui-ci doit emprunter, Jacques Généreux ne fait que confirmer la nécessité du capital pour l’économie, ici sous la forme d’un emprunt. Mais, évidemment dit-il, du bon emprunt, de la bonne dette.

Ce point acquis, demeurent toutes les énigmes auxquelles il n’apporte aucune réponse.

Qu’est-ce qui nous garantit que l’État saurait, à travers cette abstraction qu’il prétend représenter et qu’il nomme le peuple, trouver l’usage économiquement intelligent de l’emprunt qu’il nous mettrait sur le dos, dont il saurait que les revenus à terme nous enrichiraient tous ?

Avec le recul que j’en ai ce sont : les centrales nucléaires contestées, les campagnes pour les voitures au diesel, le chauffage électrique, les tramways que j’ai vu disparaître puis réapparaître, les grands ensembles des villes nouvelles, le Concorde, Le France, toutes ces choses aux coûts faramineux et aux échecs flagrants. Et encore, je n’aborde pas le rapport qualité prix de l’Éducation Nationale, de la Sécu, de la SNCF, ni des avions renifleurs de tous acabits etc…

Évidemment, j’ai eu connaissance aussi de quelques capitalistes privés ayant fait de mauvais choix et qui durent déposer leur bilan. Mais outre que cela ne m’a rien coûté personnellement, contrairement aux errements étatiques, ils sont infiniment moins nombreux — presque l’exception — que ceux qui réussissent au point d’être globalement jalousés. Alors que, pour l’État, la faillite de ce qu’il entreprend économiquement serait en quelque sorte la règle.

L’État interventionniste, la solution mélenchonniste

Jacques Généreux ne propose aucune solution, aucune science, pour détecter la bonne dette, le bon investissement du capital mis à la disposition de l’État par l’emprunt. Si encore il proposait le risque de claquer bêtement les économies après les avoir faites, ce ne serait pas grave, on pourrait lui pardonner, mais là, il emprunte…. Et cela, c’est grave.

Finalement, dans son hypothèse, le décideur de notre avenir économique ce serait le peuple, qui évidemment aurait voté pour lui ; et pour Mélenchon au vu de ses promesses.

Ce serait donc lui et les nouveaux capitalistes qui disposeraient du capital pour faire joujou avec notre économie en décidant de nos investissements.

Je serais lui, j’aurais une trouille d’enfer de prendre une telle responsabilité.

Car, muni de son intelligence, je ne pourrais me cacher qu’in fine je deviendrais une sorte de Staline. Seule la force me permettrait d’aller au bout d’un projet aussi inepte, et je le saurais. Ils le savent, et lui probablement, Mélenchon assurément.

Ah, quel bonheur, le capitalisme avec l’argent des autres, soutiré par la force, le tout à l’abri des responsabilités quant aux résultats ! Quels dégâts ce discours peut-il faire sur les jeunes étudiants ? Et dans la vie réelle, n’est-ce pas la certitude d’une misère rapide pour tous ?

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