Permis de conduire : pour faire baisser les prix, libéralisons !

Des auto-écoles misent sur le numérique pour concurrencer les structures traditionnelles et faire baisser les prix. Une voie à suivre pour Emmanuel Macron ?

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Vitrine d'une auto-école by Ink75(CC BY-NC-ND 2.0)

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Permis de conduire : pour faire baisser les prix, libéralisons !

Publié le 9 novembre 2018
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Par Fabien Duval.

L’année dernière, l’examen du permis de conduire faisait peau neuve. Portée depuis près de deux ans par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à l’époque, la réforme du « papier rose » consacrait des évolutions non seulement dans le fond mais également sur la forme. Et si le nouveau Code de la route n’opère pas de profondes modifications pour les apprentis automobilistes, l’accent est aujourd’hui mis, lors de l’examen du code, sur des questions contemporaines telles que l’écoconduite, les voitures automatiques, ou encore la cohabitation entre automobilistes et motards. Afin de répondre au mieux aux mille énigmes, qui sont venues remplacer les 700 questions de la base de données en vigueur, les candidats bénéficient d’ailleurs de matériel plus sophistiqué, comme la vidéo, les prises de vue aériennes et même des tablettes tactiles.

« Diviser par deux le prix » du permis de conduire avec le numérique

Face à la modernisation du Code de la route et du permis de conduire, il est logique que les auto-écoles, censées former au mieux ceux qui se présentent à l’examen, aient suivi la tendance. À moins qu’elles l’aient au contraire précédée ? Ces dernières années, une série d’auto-écoles 2.0 ont en effet vu le jour en France, comme Ornikar, En voiture Simone ou Permigo. Leur credo : miser sur le numérique et l’essor des nouvelles technologies pour faciliter l’apprentissage et, par la suite, le passage du permis, tout en revendiquant des prix moins élevés que ceux pratiqués dans les auto-écoles traditionnelles. En d’autres termes : ces nouvelles structures souhaitent « ubériser » l’examen du permis de conduire.

Il y a quelques années, Ornikar, dont l’objectif était de « diviser par deux le prix de formation du permis », se lançait après avoir ferraillé avec les auto-écoles, en guerre contre son permis low-cost. Résultat : avec une offre disponible dans quelque 45 villes en France, la startup peut mettre en relation, via Internet, les candidats au permis et des enseignants diplômés, dont la disponibilité et les compétences sont accessibles en ligne. Et, selon Benjamin Gaignault, co-fondateur d’Ornikar, les deux parties sont gagnantes, puisque l’élève débourse une moindre somme tandis que le moniteur perçoit une indemnité plus importante. « Pour une location d’une heure, il percevra environ 25 euros, son salaire sera ainsi augmenté de 20 % », promet-il.

Le permis de conduire entre progrès et tradition

Difficile pour les structures classiques de rivaliser avec des offres qui, sur le papier, proposent à peu près les mêmes services pour des coûts inférieurs. Menace pour les uns, opportunité pour les autres, une brèche s’est ouverte. La libéralisation du permis de conduire, concomitante avec celle d’autres professions réglementées, comme les taxis par exemple, découle directement de l’ouverture du marché par la loi Macron, votée en 2015.

À terme, ses défenseurs espèrent une amélioration globale des services proposés par les auto-écoles traditionnelles et une baisse de leurs prix. Souvent pointés du doigt, les tarifs pratiqués peuvent être un frein sérieux pour certains jeunes, obligés de travailler à côté de leurs études pour pouvoir payer leur permis de conduire.

L’argument financier, pourtant bien recevable, ne fait pas vaciller les professionnels de la conduite déjà établis. Pour ces derniers, pas de bon apprentissage sans échanges : avoir des centres à disposition serait ainsi un gage de qualité et de réussite.

Sauf que certaines auto-écoles pionnières dans le numérique arrivent à associer présence digitale et présence physique, et marient parfaitement progrès et tradition. C’est le cas, par exemple, d’Auto-école.net, première auto-école dématérialisée à s’être lancée sur le marché en 2014, qui possède également 17 agences en France, toutes agréées par les préfectures, compétentes pour autoriser les écoles de conduite à s’implanter. Si Stanislas Llurens, fondateur et patron d’Auto-école.net, évoque la réforme du permis de conduire comme d’une évolution « vertueuse, tant sur le plan de l’organisation que de la pédagogie », il espère tout de même que le législateur ira plus loin dans son désir de libéraliser l’apprentissage de la conduite en France. En ce qui concerne, notamment, l’accès à l’examen.

La France, mauvais élève européen pour le permis de conduire

L’Hexagone fait partie des pays européens où les délais d’attente pour passer l’examen sont les plus longs, 72 jours en moyenne contre 45 en Europe. Et s’ils sont principalement le fait des lenteurs administratives, les préfectures arrêtant le nombre de places accordées aux écoles, celles-ci y trouvent leur compte ; entre deux passages du permis de conduire, un candidat est obligé d’acheter des heures de conduite pour se maintenir à niveau, en plus du forfait initialement payé.

Sauf que l’Autorité de la concurrence a annulé, en mars dernier, un projet d’arrêté modifiant les règles d’attribution des places à l’examen qui favorisaient trop les structures classiques. Celles-ci pourraient d’ailleurs devenir, à terme, des simples intermédiaires entre les candidats et les centres d’examen.

La lutte entre les anciens et les modernes n’est donc pas près de se terminer. D’autant moins que la France fait office, en Europe, si ce n’est d’exception, du moins de mauvaise élève en matière de permis de conduire. Si, en Allemagne, passer l’examen ne coûte pas moins cher, le système est beaucoup plus flexible et, contrairement à l’Hexagone, personnalisé. Au Royaume-Uni, où les cours théoriques et pratiques sont beaucoup moins chers, le candidat est également beaucoup plus libre pour choisir la date de l’examen par exemple. En Espagne où l’épreuve a récemment été durcie et en Italie, enfin, le permis est en moyenne deux fois moins coûteux qu’en France.

Les détracteurs d’une plus grande libéralisation du secteur des auto-écoles rétorqueront que la formation des candidats est meilleure sur notre territoire, parce que plus longue et, donc, plus complète. Ils n’auraient, en théorie, pas tort, si des acteurs comme Auto-école.net, alliant ancien et nouveau modèle tout en proposant de diminuer drastiquement les prix, ne s’étaient immiscées dans l’équation. Difficile, dès lors, de dénoncer une rupture nette et dangereuse avec les méthodes ayant fait leurs preuves.

Cet article a été publié une première fois en 2017.

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  • Bonjour

    Et pourquoi pas libéraliser la conduite et permettre de conduire sans permis ? Juste un age minimale.

    • Plus de permis de conduire, juste une progression de la conduite, d’abord accompagné à 16 ans, puis seul de jour à moins de x kms de chez toi, puis de nuit sur autoroute.
      Le permis de conduire des voiliers n’existe pas, et il n’y a pas plus d’accidents. Pour la plongée sous marine tu peux prendre des bouteilles et plonger sans examen , mais la plupart plonge dans des structures relevant soit du ministere de la jeunesse soit des structures US type PADI.
      Pour le permis de conduire des bateaux à moteurs un examen code type QCM à la préfecture maritime et x heures de pilotage avec validation par l’auto école sans examen pour le diplôme le plus simple.

  • La formation à la conduite ne sert pas à grand chose.
    Entre 45 et 70, la formation était rudimentaire et l’examen une formalité. La courbe du risque était déjà descendante.

    http://www.lajauneetlarouge.com/article/securite-routiere-une-histoire-mal-connue#.WGin7rVPeEc

    Pour approfondir, une thèse à parcourir (en se concentrant sur les travaux de G. Wilde – le reste étant assez verbeux) :

    https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-00985288v1

    Les auto-écoles (rente oblige) et les inspecteurs du permis de conduire (devant justifier leur utilité) enragent actuellement contre les postiers qui font passer le code et surtout la conduite.

    Pourquoi ? C’est la relative difficulté de ces examens assez peu utiles qui crée la rente. Les postiers étant plus cools, le taux de réussite est meilleur et les délais d’attente plus courts.

    Tant quel’Etat gère le référentiel d’examen, ce n’est pas gagné. Les économies resteront modestes. Avec ce référentiel, il faut toujours un nombre d’heures de formation très conséquent.

    On sait pourtant qu’en respectant une dizaine de règles, le risque s’écroule et que le réel apprentissage de la conduite ne peut se faire que sur le tas.

    Làs, l’Etat continue son discours sur la mortalité en ignorant la courbe du risque, ce qui sert bien des intérêts !

  • Hahaha, le partage du travail permettant de faire baisser les prix.. c’est la meilleur blague de l’année ….

    • ??
      Que racontez-vous ? Le partage du travail n’est pas évoqué dans cet article…

      • Effectivement. Peut-être évoque-t-il les moniteurs auto-école « indépendants » qui ne peuvent pas travailler sans être salariés (et donc ne peuvent avoir une clientèle propre)… 🙂

  • @Raphaël
    Augmenter le nombre d’intervenants pour un même service entraîne une augmentatin des couts dans la mesure où chacun veut conserver son revenu.augmenter la vitesse de traitement d’un service pour une clientèle fixe doit être valorisé sinon cela ne sert que le client, l’échange est déséquilibré.

    • Je ne comprends pas. Le prix d’équilibre du marché va baisser. Au grand profit des clients et des auto-écoles novatrices qui ne seraient plus soumises à l’obligation d’avoir des locaux par exemple.

      La clientèle n’est pas fixe : une grande partie des élèves inscrits ne viennent pas aux cours faute d’argent.

  • Bonjour,
    Quand je serais président en 2017 je changerais tout ça dans le règne de la récompense individuelle : dubruly.free.fr
    Je pense qu’il faudrait moins parler et plus pratiquer la conduite et la pédagogie du conducteur prudent. Je suis ahuri de voir comment se comportent les jeunes conducteurs affichant un A sur l’arrière de leur voiture. La plupart ne respectent pas ni les vitesses ni les plus élémentaires des règles de conduite comme passer derrière un piéton sur un passage, mettre son clignotant à la sortie d’un rond point ou un changement de file. Respecter les distances de sécurité et dépasser sans avoir la place pour se rabattre ou même traverser une ligne blanche continue. C’est un vrai parcours du combattant maintenant sans parler des radars qui vraiment ont augmenté les incivilités et ne servent strictement à rien si ce n’est rendre encore plus dangereuse la conduite du fait que les chauffards freinent comme des malades à la vue du panneau et reprennent leur course éffrénée après sans aucun scrupules. Sans compter ceux qui roulent à 120 sur la file du milieu sur l’autoroute pour ne pas se faire dépasser et de peur de se faire flasher. J’ai 65 ans sans jamais un seul accident depuis 45 ans de route et je commence à avoir peur de tous ces gens qui ne respectent rien.

  • Quand j’ai passé l’examen théorique préalable au passage du brevet de pilote privé, j’ai,tout préparé par moi-même. Les manuels, divers et variés, sont riches. Et il existe un site Internet indispensable, gratuit ou presque, qui permet de passer des examens blancs avec les vrais QCM de la DGAC.
    Franchement, la théorie aérienne est autrement plus costaud que la théorie du Code de la route.
    Moralité, pour une discipline risquée, tant pour le pilote que ses passagers ou les maisons qu’il survole, l’examen théorique nécessaire ne nécessite aucune heure de cours obligatoire, et peut être préparé intégralement de son côté, avec un taux de réussite potentiel de 100%.
    Pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour le Code ?

  • Bof, il suffit d’aller a la prefecture pour passer le code et/ou le permis, il n’y a pas de monopole, donc si on si prend bien ca coûte pas cher, surtout que les locations de voiture auto-école, c’est franchement pas abusé niveau tarif.

    • Tour ca pour dire que c’est un domaine relativement très libre par rapport au reste, si on s’occupait d’autre chose?

    • Il y a quelques années, une étude comparative était publiée dans Capital sur le lien entre difficulté d’accès au permis de conduire et mortalité routière.
      Ca vous surprendrait si je vous en dévoilais la conclusion : plus le permis est long et difficile à obtenir, plus la mortalité routière des jeunes permis est forte.
      A ce petit jeu morbide, la France était dans le haut du classement !

  • Plus simplement, il suffit de decomplexifier le code et surtout alléger la durée de l’apprentissage conduite et la durée de l’examen.
    Il y a quelques dizaines d’années, on avait une vingtaine d’heures de conduite (15 dans mon cas) aujourd’hui le tarif syndical c’est 30.
    L’examen durait 15-20 min, il dure aujourd’hui plus d’une demi-heure, d’où un service d’inspection qui ne suit plus, d’où des délais exorbitants pour le repasser en cas d’échec, d’où de nouvelles heures de conduite, d’où un coût qui augmente etc.

    • En fait, le point qui bloque la libéralisation, ce sont les inspecteurs. Quand ils n’ont pas été remplacés par des facteurs 😉
      Les inspecteurs savent qu’un candidat est passé par la filière « candidat libre » (en s’inscrivant à la Poste pour la passation du code, et directement en Préfecture pour la conduite). Du reste, le candidat doit arriver avec un véhicule à double commandes, un carnet de bord rempli par un non professionnel etc.
      Généralement, les inspecteurs le flinguent ! Le taux d’échec est énorme (dans ma préfecture, 93% d’échec). Le candidat est donc obligé de fait de passer par une auto-école pour se représenter et là, il va passer à la caisse !
      Les inspecteurs sont les meilleurs garants de la rente des auto-écoles. On peut libéraliser ce qu’on veut, tant qu’on ne touche pas aux inspecteurs, ça ne servira pas à grand-chose.

    • Nul besoin de décomplexifier le code.

      1/ Il suffit d’arrêter de poser des questions débiles à l’examen qui n’ont, pour certaines, strictement rien à voir avec le code de la route du type : éco-conduite et autres conneries qu’on retrouve dans le manuel de sa voiture. Et, pour d’autres, absolument aucun intérêt. Quel intérêt, par exemple, de savoir, par cœur, qu’on a cinq jours pour envoyer un constat d’accident ? Le jour où on en a un, on va regarder sur internet ou on appelle son assureur.

      2/ Arrêter avec la stupidité des épreuves de conduite. A partir du moment où vous n’avez pas causer un accident ou qu’un accident que vous auriez pu provoquer n’a pas été évité par l’intervention d’un tiers : vous devriez avoir votre permis. Et quinze minutes de conduite suffisent amplement.

      Et, je mets ma main que la mortalité n’augmenterait pas d’un iota si c’était ce qui été fait …

  • moi je n comprend pas ce foin pour le permis de conduire alors qu’on peut partager la route avec une voiture sans permis ne nécessitant pas de controle technique , et le conducteur ne risquent meme pas de retrait de points..
    et ce sans savoir une ligne de code

    • C’est parce que la vitesse tue, cher monsieur ! Jusqu’à 45 km/h, on est une personne vulnérable (piéton, cycliste, cyclomotoriste). Au delà, on devient un assassin en puissance, qu’il faut, à défaut de l’enfermer à titre préventif, le contraindre par tous les moyens possibles.

  • La réalité est que les examens du permis de conduire sont une blague qui n’a que pour objectif de permettre à des types d’avoir un boulot. Certains me diront que c’est déjà pas mal … Mais, force est de constater que le service rendu à la collectivité est égal à 0.

    1/ L’examen théorique est devenu, au fil des décennies, de plus en plus ridicule avec une masse de questions toutes plus débiles les unes que les autres. Dans les faits, des cours de code ne servent strictement à rien. Il suffit de bachoter les questions débiles avec les DVD. Les questions « intelligentes » (une minorité) sont généralement déjà largement intégrées par les candidats avant même qu’ils ne mettent les pieds dans une auto-école.

    2/ L’examen de conduite est également ridicule tant sa répétabilité est risible. Le souvenir que j’en garde est qu’il faillait tourner la tête comme un attardé dans tous les sens parce que, manifestement, les examinateurs n’avaient jamais entendu parler des muscles des yeux …

    Bref, complètement grotesque. A l’image du reste en matière de « sécurité routière » … Un permis de conduire devrait s’obtenir en une ou deux semaines pour quelques centaines d’euros.

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