Loi d’orientation des mobilités : en marche vers les ronces et le fossé

Attaquons nous aux vrais problèmes en France : régulons le covoiturage et autorisons les gens à descendre avant l'arrêt de bus. Car c'est essentiel, pardi !
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Loi d’orientation des mobilités : en marche vers les ronces et le fossé

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 octobre 2018
- A +

J’en parlais en mai dernier : le gouvernement travaille d’arrache-pied pour votre mobilité, au sens propre comme au figuré. Au propre, vous pouvez compter sur lui pour vous péter les jambes, vous payer un fauteuil roulant, vous y installer et le pousser ensuite (éventuellement du haut d’une falaise) afin de se faire mousser sur sa belle capacité à vous « aider ». Au figuré, parce qu’il continue, vaille que vaille et surtout coûte que coûte, de produire de la loi comme Herta des saucisses industrielles.

En mai déjà, je m’étonnais qu’on puisse consacrer du temps à pondre de la loi sur des sujets aussi loin des préoccupations de tous les jours : pour nos députés, il apparaît ainsi indispensable de se pencher sur la rémunération des « covoitureurs », sur la façon dont il faut absolument encadrer tout ceci, voire — accrochez-vous bien — le subventionner, des fois que le bonheur mobile ne soit plus qu’à un cerfa ou deux près.

Il ne semble venir à l’esprit d’aucun de ces membres du gouvernement ou des députés que les problèmes qu’ils entendent aggraver résoudre pourraient avoir été causés par les sabotages travaux d’un gouvernement ou d’une législature précédente, qu’il faudrait plutôt détricoter plutôt qu’entériner de la sorte. Ceci explique sans doute pourquoi on cherche maintenant à distribuer des chèques et du pognon gratuit des autres à certaines familles françaises pour compenser la hausse vertigineuse du coût de l’essence, hausse directement liée à celle des taxes et accises imposées par (je vous le donne en mille) l’une de ces brochettes de frétillants parlementaires et autres membres du gouvernement.

Rassurez-vous : ce que vous ressentez jusqu’à présent n’est qu’un sentiment de foutage de gueule. Pour la vraie marchandise, il faudra se reporter au projet de Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) qui devrait être débattu au Parlement au plus tard au début du printemps 2019 et qui comporte déjà plus de 70 pages en 29 articles du sabir habituel.

Soixante-dix pages, c’est autant d’occasions de faire absolument n’importe quoi, n’importe comment, et de déclencher une belle série de catastrophes, ce que confirment les premières lectures.

Passons rapidement sur l’introduction d’une bonne dose de capitalisme de connivence sans lequel la République ne serait plus vraiment elle-même, avec la disparition plus ou moins volontaire des barrières de péages aux autoroutes — remplacées par une nouvelle vignette qui ne sent pas du tout la petite taxe en embuscade ; il est tout à fait rassurant qu’un outil privé soit ainsi sponsorisé par le public. Les expériences passées nous rassurent tout de suite sur les résultats futurs. Détendez-vous.

Plus intéressant, notons la présence d’un « forfait mobilité » de 400 euros qui sera versé par les entreprises publiques ou privées qui le veulent. Cet argent, provenant directement du cul d’une licorne (particulièrement mise à contribution actuellement), sera défiscalisé, sans charges sociales et permettra d’aider les salariés qui viennent à vélo ou en covoiturage. Là encore, détendez-vous, tout ceci est forcément gratuit d’autant qu’ici, ce n’est pas l’État qui paye mais les entreprises. Mais si, puisqu’on vous le dit.

Ce n’est pas tout. Vous allez continuer à pouvoir vous détendre de plus en plus !

Comme prévu, le législateur va réguler ce fameux covoiturage et en demander plus de transparence afin de, je paraphrase à peine, « éviter que ce mode de transport ne devienne une source de bénéfice pour le conducteur ».

Ouf. Nous l’avons échappé belle !

Un peu plus, et le Français risquait de gagner de l’argent avec une activité légale, banale et bénéfique pour tous ! Grâce à l’intervention musclée du législateur, il va bien vite retourner à son état de cloporte mendiant de subventions.

Que serait une loi sans une nouvelle taxe ? Une erreur, un ratage, une consternation législative, à tout le moins ! La LOM évite brillamment cet écueil puisqu’elle envisage une nouvelle taxe sur les cartes grises. Probablement pour compenser leur totale gratuité, je présume. Et puis, trois euros par certificat, c’est une broutille (qui n’est même pas encore gravée dans le marbre). Arrêtez donc de vous plaindre et détendez-vous mieux.

Ah, ces députés ! Qu’ils sont taquins !

L’apothéose est tout de même atteinte lorsque nos vaillants législographes s’attaquent — une fois n’est pas coutume — à un réel problème de société : cet enquiquinant sentiment d’insécurité qui préoccupe un paquet de nos vaillants sociologues-experts-philosophes et autres élus conscientisés. Apparemment, ce sentiment semble particulièrement aigu pour les femmes seules qui attendent le bus et il a même tendance à se doubler d’une couche de harcèlement sexuel (notez qu’il ne s’agit pas d’un sentiment de harcèlement dans ce cas).

Pour lutter contre ce fléau, nos députés ont une parade ma foi assez subtile : le gouvernement propose de généraliser l’autorisation pour les femmes et les personnes seules à descendre d’un bus quand elles le veulent pour être plus proches de leur destination finale. Eh oui : pas de descente à un arrêt mal famé, pas de harcèlement, le sentiment d’insécurité laisse place à un solide sentiment de « je rentre chez moi en contournant le problème ».

Franchement, c’est une solution géniale, un peu comme si on interdisait le téléphone portable en classe pour éviter que les garnements ne se filment en train de menacer, tabasser, voler ou violer des profs ou des élèves, n’est-ce pas. Cette idée d’éviter subtilement les endroits à risque est une façon particulièrement finaude d’appliquer un #pasdevague malin !

En revanche, il ne semble toujours pas venir à l’esprit de nos pondeurs de lois monomaniaques l’idée de favoriser vraiment les déplacements personnels, les taxis, les VTC ou même le covoiturage (soyons fous) en diminuant les taxes sur l’essence, en simplifiant les démarches administratives ou la fiscalité et les taxes sur ce genre de métiers, voire (soyons carrément dingues) de lutter directement contre les endroits mal famés, les trottoirs trop étroits et autres racailles urbaines aux discours, mains et mœurs un tantinet déplacés, par une application stricte des lois et règlements déjà en vigueur dans ce pays depuis des lustres.

Non. Réclamer ainsi que les députés et le gouvernement arrêtent enfin la fanfreluche législative, qu’ils arrêtent enfin leur onanisme intellectuel débridé qui rappelle les pulsions d’un teckel sous coke, qu’ils se concentrent enfin sur le simple respect des lois actuelles, l’application du bon sens, une vraie simplification du corpus légal monstrueux du pays, qu’ils libèrent enfin les énergies des entreprises et des particuliers écrasés d’impôts, de charges bureaucratiques invraisemblables et de contraintes administratives débilissimes, réclamer tout ça, ce serait bien trop réactionnaire, mon brave.

On va plutôt faire une petite loi pour autoriser les gens à quitter le bus avant l’arrêt.

Et créer une petite taxe, bien sûr.
—-
Sur le web

Voir les commentaires (28)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (28)
  • çà ne va pas pouvoir durer

  • faite comme le gouvernement gérer vos dépenses … vous gagner 2000 euros et vous dépenser 3000 euros… pas de problème l’ETAT vous couvre !!!

  • je propose une solution simple allez manifester devant le domicile de vos députés , ce sera plus efficace que de manifester …

  • Il manque un des points magiques du foutage de gueule : l’immatriculation des vélo, avec une carte grise (taxée évidemment). En fait, on a l’impression que l’état persiste dans sa spécialité : collecter des impôts et distribuer des taxes, et en passant, occuper des joyeux fonctionnaires…

  • « Et créer une petite taxe, bien sûr. » bien sûr il ne faut surtout pas oublier ça..ils en feraient des cauchemars nos « élites »..

  • Comme beaucoup, j’étais inquiet que tous ces nouveaux et joyeux marcheurs de députés qui n’étaient pas des professionnels de la politique blanchis sous le harnais de décennies d’inventivité aussi coûteuse que néfaste douillettement concocté à l’abri des ors de la République ne soient pas au niveau de leurs prédécesseurs. Finalement, je suis pleinement rassuré.

  • Sacré fake new H16, là vous exagérez votre pays imaginaire fait d’un assemblage de taxes invraisemblables est bien trop loin de toutes réalités. Quoique en France rien n’est impossible, plus c’est gros plus ça passe. Comme c’est bizarre, vous avez dit bizarre !

  • Il n’existe de problème qu’une taxe ne saurait créer.
    Le nouveau problème fera oublier l’ancien.
    Elle est pas belle la vie pour nos polytocards ❓
    CPEF 🙁

  • Merci H16 ! très beau résumé du « macronisme » ie : faire voter des lois stupides et ne pas faire respecter les « vraies lois » !

    • Malheureusement, pas que le macronisme, ça fait au moins 40 ans que ça dure !
      On pouvais vaguement espérer que tous ces petits nouveaux de l’Assemblée ne copieraient pas sur leurs ainés, ben c’est loupé… 🙁

  • Lmao !
    Si la France était un instrument cela serait un violon. Cassé. Le petit manu n’est pas très doué en musique, hélas, il nous casse les oreilles.
    C’est pas de bol, c’était la dernière chance avant que le ciel nous tombe sur la tronche.
    Il n’y a pas plus de sortie possible maintenant qu’en 2008, nous sommes dans la caca.
    Des news des cryptos ?
    Je regrette au passage que Mr Gaves et Mr Chevalier refusent (pour l’instant) celles ci.
    Mais le Bitcoin a t’il été créé avec l’avis des voleurs ?
    Je suis assez optimiste pour ma propre sortie. C’est déjà un début. Etre en accord avec son moi profond !
    Peace.

  • la république en marche….produit une loi sur la mobilité…

    vient il à l’esprit des députés que si une personne ne tire pas un bénéfice d’une activité il peut renoncer à la faire?

  • Je ne comprends pas comment vous , h16, vite fait sur un coin de table vous analysez a la perfection l’action héroïque de nos deputes sans que ceux ci soient rouge de honte, ils ne lisent pas contrepoints ces ânes ,des analphabètes?

  • Le pays socialiste où personne ne voulait plus rien faire et où tout le monde faisait semblant s’appelait l’URSS.
    Nous y sommes… presque

    • Ne vous inquiétez pas, dans les autres c’était pareil. La devise était : « Eux, ils font semblant de nous payer ; nous, nous faisons semblant de travailler ».

  • Augmentez les taxes sur les carburants pour financer un
    « Plan Mobilité ».
    La mobilité je l’imagine bien pour Macron : Un bon coup de pompe dans le train et direction l’autre coté de la rue.

  •  » Les lois ne révèlent pas ce qu’est un peuple, mais ce qui lui est inconnu, particulier, effrayant ou exogène…  »
    Nietzsche (La gaya scienza, 1882)

  • La loi d’orientation démobilité porte bien son nom et son ambition est de nous enfermer.

  • Pendant ce temps, aux US, l’administration du tres tres mechant (si si on ne cesse de vous le dire) Trump ne peut plus pondre une regulation sans en supprimer deux. Ca tend a les faire reflechir avant de faire voter de nouvelles aneries.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

Par Yannick Harrel.

Le terme fait florès depuis quelques mois mais s’inscrit dans une réalité bien plus profonde et ancienne : il s’agit de la démobilité. Cette vision sociétale a déjà envahi notre espace public de diverses façons et fait distinctement opposition à la mobilité telle que nous la connaissons dans toutes ses variantes. Pis, elle entend régenter notre liberté de circuler encore davantage à l’avenir. À moins que…

Mobilité et démobilité

Par mobilité, nous entendons la capacité de se mouvoir en tout point d’un territoi... Poursuivre la lecture

Par Yannick Harrel.

C’est dorénavant acté : depuis le 1er septembre, toute l’agglomération parisienne se traverse sous la chape des 30 kilomètres-heure et la vitesse sur le périphérique, ceignant icelle, sera ramenée à 50 kilomètres-heure pour 2024, voire même avant. Cette mesure, qui est la queue de toute une série de bien d’autres mesures ayant contribué à rendre la capitale française de moins en moins accessible aux classes moyennes et populaires ainsi qu’aux populations périphériques est hautement symbolique d’une mentalité, d’un é... Poursuivre la lecture

Par Claude Goudron.

Un des rares domaines où la France bat l’Allemagne « à plate couture » c’est bien dans l’émission de CO2.

Au niveau mondial nous émettons 2,4 fois moins de CO2 (0,9%) que l’Allemagne (2,2%) et surtout 9 fois moins pour la production d’électricité (23 millions de tonnes) contre 208 pour nos voisins allemands.

Une règle complétement absurde

Lors de la COP 21, nos hommes politiques ont accepté un programme totalement absurde, en effet chaque pays s’engage à réduire d’ici 2030 de 40% ses émissions de CO2 (... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles