Témoignage : paroles d’un retraité qui ne se plaint pas

IMG_7138 By: Rémi Vincent - CC BY 2.0

C’est bien en favorisant le travail et donc les actifs qu’une société dans son ensemble évolue positivement. Il faut le dire et le répéter, quitte à déplaire. Le témoignage à contre-courant d’un retraité.

Par Patrick Aulnas.

« Les Français sont des veaux », avait coutume de dire le général de Gaulle. Il entendait par là qu’ils refusent d’affronter l’adversité ou tout simplement le monde tel qu’il est. Ils se déclarent battus avant d’avoir livré bataille et se plaignent constamment. Ils n’ont pas changé d’un iota et il est bon de le leur dire de temps à autre, en particulier aux retraités, dont le sort n’a jamais été aussi enviable depuis que le monde est monde.

Le formatage médiocre de toute une génération

Je parle sans haine et sans crainte car je fais partie de ces bataillons de retraités qui vivent à la charge des actifs. La plupart d’entre eux ont une telle ignorance des mécanismes des transferts sociaux qu’ils n’ont même pas conscience de représenter une lourde charge pour leurs enfants et petits-enfants. Ils ressassent qu’ils ont travaillé toute leur vie « pour ça ». Pour devenir, donc, des petits rentiers râleurs qui réclament au roi en promenade un petit supplément de pension.

Cette mentalité de courtisan ne grandit pas cette génération qui a bénéficié d’une entrée dans la vie active sans problème du fait du plein emploi et qui a peu connu le chômage. Cette génération, la mienne, née aux alentours de la seconde guerre mondiale, a pourtant commis des fautes impardonnables en portant au pouvoir des hommes qui mettaient la politique au-dessus de tout. La retraite à 60 ans pour tous, les 39 heures puis les 35 heures hebdomadaires de travail, le recrutement de fonctionnaires au-delà de toute raison ont été payés par l’endettement public. Un endettement qui continue à croître et pèsera lourdement sur les enfants et petits-enfants de ces retraités bougons.

En obtenant égoïstement des avantages sociaux coûteux par l’entremise de politiciens cyniques, en particulier Mitterrand, ma génération a choisi la petitesse en s’aveuglant volontairement sur la réalité du monde. Qu’elle vienne aujourd’hui encore quémander médiocrement des avantages supplémentaires n’est que le reflet exact d’un formatage politico-éthique dont elle n’est même pas consciente.

Je pense à mes grands-parents, paysans bretons pauvres nés à la fin du 19e siècle, que j’ai bien connus et qui n’ont jamais demandé à quiconque le moindre centime ne provenant pas de leur travail. Par orgueil, par noblesse d’esprit. Quel contraste avec nos contemporains ! Quelle déchéance !

Le verbe gaullien est aujourd’hui nécessaire

En affirmant face à quelques retraité(e)s qu’il ne faut pas se plaindre, Emmanuel Macron a dit ce que beaucoup pensent sans avoir le courage de l’affirmer. Cette franchise ne changera sans doute pas grand-chose, mais vaut-il mieux toujours descendre au niveau de la tactique politique ? Est-il préférable de penser constamment à sa popularité et à sa réélection ? Faut-il devenir un de ces innombrables professionnels de la politique qu’on ne trouvera jamais arrogant ou même condescendant parce qu’ils feignent constamment l’empathie et sombrent parfois dans la compassion ?

Question de sensibilité. Ces politiciens-là me méprisent. Macron, en parlant cash, me respecte. Il ne me ment pas. Ses paroles correspondent à la vérité économique.

Les commentateurs professionnels pensent en général que le verbe macronien devient trop clivant et nuit à la popularité du Président. Un Président devrait rassembler et non opposer actifs et inactifs. Certes, d’un point de vue politicien, électoraliste à court terme (régionales en 2019, municipales en 2020), il est toujours préférable de caresser l’électeur dans le sens du poil. Mais quel cynisme faut-il accepter pour en arriver là ! Se contenter de segmenter le marché électoral pour offrir à chacun les mensonges dont il rêve, voilà bien la politique qui révulse désormais beaucoup de citoyens.

Il n’est pas interdit de préférer le verbe gaullien à la démagogie mitterrandienne et de le faire savoir. En restant sur les hauteurs, on dispose d’une perspective d’ensemble de la bataille, celle des stratèges. La France ayant tardé pendant plusieurs décennies à se mettre au diapason du monde tel qu’il est, il devient nécessaire de le dire aux Français. Ils n’ont que trop tendance à se comporter en assistés de la puissance publique. Un langage trop soft à l’égard du peuple masque le mépris qu’on lui porte, un peu comme celui de ces enseignants faisant preuve d’une si extrême mansuétude à l’égard de leurs élèves que ceux-ci découvrent trop tard que le savoir se gagne par l’effort.

Dans une économie mondialisée, le niveau de vie, lui aussi, se conquiert. La croissance économique n’arrive pas toute seule par des incantations stériles. Elle résulte de la compétitivité des entreprises et du cadre favorable que les politiciens construisent. C’est bien en favorisant le travail et donc les actifs qu’une société dans son ensemble évolue positivement. Il faut le dire et le répéter, quitte à déplaire. Les politiciens ne sont pas des comédiens. Leur vocation ne devrait pas être de faire rêver ou, pire, d’amuser. Il y a visiblement beaucoup de chemin à parcourir.