Tchao, pantin !

Collomb, démission ! Le ministère de l’Intérieur n’est plus une fonction régalienne, mais un tremplin vers la division régionale.

Par Ludovic Delory.

La place Beauvau était vide. Le premier flic de France a préféré sa retraite lyonnaise aux ors parisiens. Gérard Collomb quitte le navire, comme d’autres avant lui, en laissant la barre aux sous-commandants du gouvernement.

À se demander ce que vaut encore, aujourd’hui, un ministère de l’Intérieur au sein de la République française. Juste quelques pourcents de budget ? La trahison de Gérard Collomb, fidèle de la première heure mais désireux de retrouver son fief, est inédite dans l’histoire politique récente. La Ve République, qui souffle aujourd’hui ses 60 bougies, retombe dans les maux qui lui avaient valu de naître.

Malaise à tous les étages

La passation de pouvoir, hier sur le tapis rouge, avait des allures de déliquescence improvisée. Le macronisme s’écroule : une septième démission en seize mois. Le refus initial de voir le numéro 2 filer à la lyonnaise s’est mué en pis-aller : le chef de l’Élysée a fini par se soumettre, volontairement ou non. Le numéro 2 a choisi de ré-enfiler le maillot floqué du numéro 1. Mais une division plus bas.

Le transfert est acté. Les observateurs sont pantois.

Il est une chose qu’à ce stade les Français ne doivent pas omettre : Gérard Collomb a contribué à faire élire Macron. Mais aujourd’hui, il l’humilie. Cette volte-face, unilatérale, illustre la déliquescence des valeurs qui animent les gens de pouvoir, en France. Un mépris pour les institutions, pour les électeurs, pour la sécurité des Français.

En cette époque où les « petits faits-divers quotidiens » ne cessent de faire la Une de l’actualité, le ministère de l’Intérieur se délite pour des raisons de rancoeur et de carriérisme politique. Sous le regard amorphe d’un chef d’État incapable de trancher dans le vif, de virer sur-le-champ, de gérer les opportunistes et les faire-valoir.

Or, s’il est une (seule) chose qu’on puisse demander à un gouvernement, c’est d’assurer la sécurité des citoyens qui contribuent à sa prospérité. Les Français sont aujourd’hui dans l’incertitude.

Dans le film Tchao Pantin, Coluche questionnait Agnès Soral :

 » Tu es là, on sait pas ce que tu veux. Et d’abord, qu’est-ce que tu veux ?

— Rien.

— Alors, tire-toi.  »

Les Lyonnais seront sans doute impatients de retrouver leur chef au lendemain des municipales de 2020. La place Beauvau n’était qu’une parenthèse.