« Pour l’éco » : la bonne alternative économique

Pour l'eco (rédaction Contrepoints)

Après plus de trente ans de domination quasi-incontestée d’Alternatives économiques, naissance d’un nouveau mensuel sur l’économie. Un événement que l’on peut saluer.

Par Johan Rivalland.

L’information vous aura peut-être échappé. Cela a bien failli être le cas pour moi, si je n’avais pas lu dans un hebdomadaire cette information évoquée très brièvement : la filiale d’édition pédagogique du groupe de réassurance Scor, présidée par Denis Kessler, a lancé le 29 août Pour l’éco, un mensuel destiné aux lycéens et étudiants (mais pas uniquement), avec une approche didactique de l’économie.

Aussitôt, je me suis rendu sur Internet, sur la page d’accueil de la revue, et sans plus réfléchir, je me suis abonné pour 6 mois, les yeux fermés. Il faut bien encourager les bonnes initiatives.

Proposer une lecture de l’économie sous un autre angle

Car voilà plus de trente ans qu’Alternatives économiques règne en maître absolu sur le marché de la revue économique, ses articles servant de support dans la plupart des formations où un enseignement économique est délivré. Avec certainement beaucoup de talent, mais sans véritable contrepoint pour un magazine clairement engagé et qui ne s’en cache pas. Ce qui peut être gênant. Donc, vive la concurrence !

Ce nouveau magazine est d’autant plus prometteur qu’il semble déjà déranger ceux qui sont un peu moins adeptes de la saine concurrence. Ce qui est très bon signe. Ainsi, il m’a suffit, au moment où j’écris ce court article, de taper le nom du journal dans un moteur de recherche, pour tomber aussitôt, en tout premier résultat de la recherche, sur un article de blog de Médiapart intitulé « Pour l’éco, la revue qui veut imposer le néo-libéralisme dans les lycées ». Je vous laisse apprécier…

Un pari risqué

Car, en effet, ce nouveau mensuel offre de sacrées surprises. S’il est sous-titré « Comprendre, c’est réussir », marquant ainsi une certaine ambition, celle de rendre accessible au plus grand nombre une discipline réputée être assez difficile d’accès, il n’en relève pas moins un défi osé : apporter des repères, des grilles de lectures et des analyses pédagogiques, sans tabou.

À telle enseigne que j’ai eu la surprise, n’ayant pas encore reçu mon premier numéro du magazine et n’ayant donc pas pu encore vraiment juger de ses qualités, de tomber par hasard, dans une salle de professeurs, sur un fac-similé de la revue qui traînait négligemment dans un coin.

Or, en l’ouvrant, que vois-je ? Outre des éléments très intéressants présentant quelques concepts-clé, définitions simples, dates ou données chiffrées importantes (ce qui m’a rappelé un autre magazine que j’ai beaucoup apprécié dans les années 1980 alors que j’étais lycéen puis étudiant, Sciences et vie économie, n’ayant hélas survécu que bien peu d’années), deux pages comportant des graphiques et données chiffrées intitulés « La pauvreté recule dans le monde ».

À en juger par l’environnement médiatique, syndical, journalistique, ou encore par la consultation des manuels scolaires ou sujets d’examen que j’ai l’impression d’avoir observé depuis très longtemps, ce n’est pas ce que j’ai le sentiment de voir défendu comme idée. Malgré les faits. Mais le meilleur est à venir…

Des surprises vraiment de taille

La couverture de ce premier numéro est centrée sur « Le grand retour du protectionnisme ». Bon thème, parfaitement d’actualité. Le dossier qui lui est consacré présente ainsi un certain nombre de repères (grands accords, principaux concepts, auteurs importants, etc.). Surprise : la présence, parmi les citations d’auteurs, de Ludwig Von Mises, aux côtés de Friedrich List, Maurice Allais, Emmanuel Combe et d’autres grands noms. Pas vraiment habituel.

Mais surtout, et c’est là que je me dis que c’est sacrément osé (!), le fac-similé pousse le vice jusqu’à consacrer une pleine page à un extrait de la Critique de l’interventionnisme du même Ludwig Von Mises (ce qui peut peut-être en partie expliquer la réaction de Médiapart, parmi d’autres j’imagine).

Vous avez dit pas de tabou ? Le seul problème est que pour un fac-similé de magazine destiné entre autres aux professeurs, j’ai bien peur que cela n’en refroidisse un certain nombre… Même si beaucoup, à mon avis, ne connaissent pas Ludwig Von Mises.

Je ne sais donc pas ce que l’avenir réserve à ce nouveau mensuel, mais encore une fois : souhaitons-lui bonne chance. Et je le redis : vive la concurrence ! Et vive les contrepoints.