Transition énergétique : se préparer aux enjeux de demain

Bâclée, incomplète, dogmatique. La « transition énergétique » à la française est mal partie. Voici pourquoi, sous forme de lettre ouverte adressée au gouvernement.

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Transition énergétique : se préparer aux enjeux de demain

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 31 août 2018
- A +

Par Michel Quatrevalet.

En ce moment même se décident les principaux arbitrages sur la politique énergétique de la France pour les prochaines années.

L’essentiel de l’électricité française est issue de l’énergie nucléaire, produite à la suite d’un programme industriel d’une intensité formidable. Il y a 40 ans, la France connectait alors parfois cinq réacteurs par an sur le réseau. C’est donc maintenant qu’il faut statuer sur la manière de produire notre électricité. Car compte tenu de l’ampleur des investissements à réaliser, il faut largement anticiper et développer les capacités industrielles nécessaires. Or, la Loi sur la Transition énergétique et de croissance verte, comme celle sur la Programmation de l’Énergie ne préparent pas le pays à relever ce défi.

Non pertinence des scenarii disponibles

L’approvisionnement du pays en électricité ne saurait souffrir de fonctionner avec une marge réduite, qui le rendrait à la merci d’un incident se transformant en black out par effet domino. Avec des risques sur la sécurité des personnes et des équipements techniques.

Ceci implique que les scenarii de prospective prennent, pour chaque situation, l’hypothèse la plus défavorable et n’intègrent que des technologies à caractéristiques techniques et économiques connues.

À l’évidence, ce n’est pas le cas des différents scenarii présentés en appui des réflexions sur la Programmation pluriannuelle de l’Énergie. En particulier, les scenarii de Réseau de Transport de l’Électricité (RTE), scenarii de quasi référence, apparaissent biaisés sur de nombreux points :

─ Une prévision de consommation stagnante ou en forte baisse, alors même que des nouveaux usages de l’électricité seront impulsés et que la population augmentera de 10 % sur la période. RTE est d’ailleurs en contradiction avec sa maison mère EDF sur ce sujet.

─ Une approche probabiliste du risque de black out. Si cette approche peut se comprendre pour les évaluations économiques, elle est incompréhensible sur un sujet de sécurité majeur. On ne calcule pas un pont pour qu’il résiste à 90 % du trafic possible.

─ Une imprécision sur la faisabilité des technologies disponibles, en particulier sur les questions de stockage et d’efficacité énergétique.

─ Une absence de considération sur l’indépendance énergétique du pays, avec des recours importants aux importations dans les situations critiques.

─ Une absence quasi-totale de considérations économiques.

Approche dogmatique sur les énergies renouvelables.

L’énergie éolienne et l’énergie solaire sont intermittentes et aléatoires. Même à l’échelle de l’Europe, il est déjà arrivé — et cela arrivera encore avec certitude — qu’elles ne produisent quasiment rien, même en hiver. Elles sont dites « non pilotables », par opposition aux centrales thermiques (à combustible fossile ou nucléaire)  et, pour une part, à l’hydraulique, dont la production est « pilotable » à la demande.

Le stockage de l’électricité pourrait être une réponse au problème. Or, à ce jour, nous ne pouvons affirmer qu’il existera, même à long terme, des moyens à la hauteur des enjeux. À titre d’exemple, 3 ou 4 jours sans vent, même à mi-saison, nécessiteraient, pour compenser, d’élever le lac d’Annecy à la hauteur du massif de Belledonne. Et le stockage hydraulique est le seul stockage de masse opérationnel pour de nombreuses années encore.

Il faut donc, en appui des ENR non pilotables, un réseau de centrales pilotables d’une capacité à la hauteur de la consommation maximale estimée à la pointe d’hiver, à 19h, et pour une journée sans vent.

Dans ces conditions, à quoi servent les ENR non pilotables ?

─ Dans le cas d’un réseau de centrales pilotables nucléaires, elles économisent (très peu) d’uranium, et conduisent probablement à recourir à des centrales à gaz pour un appui rapide, augmentant ainsi les émissions de CO2.

─ Dans le cas d’un réseau de centrales pilotables à base de combustibles fossiles, elles devraient faire diminuer les émissions de CO2. Or, l’exemple de l’Allemagne montre que, pour différentes raisons, ce n’est pas le cas. Malgré ses 100 GW d’ENR non pilotables, pour une consommation maximale de 80 GW, l’Allemagne n’a pas diminué sa capacité en énergie fossile et ne baisse pas ses émissions de CO2.

Le seul argument présenté par vos Services est que ces ENR diversifient les filières pour sécuriser l’alimentation en cas de défaillance systémique du nucléaire. Mais en quoi une filière aléatoire peut elle sécuriser ce risque ? Les ENR non pilotables ne servent donc à rien sur un réseau tel que le réseau français. Pire, elles complexifient la sécurisation du réseau, et mettent en difficulté la conduite des centrales, nucléaires ou autres.

Nécessité de révision de la loi sur la transition énergétique et la croissance verte

La confusion des  objectifs et des moyens définis dans la loi sur la transition la rend particulièrement incompréhensible, au regard des considérations ci-dessus. Par ailleurs, elle peut être déjà considérée comme obsolète, puisque le ministère de l’Écologie a lui-même reconnu que certains de ses objectifs ne pouvaient être tenus. La Cour des comptes a justement relevé son incohérence, puisque 70% des moyens financiers consacrés à la transition vont aux ENR non pilotables, qui représentent 3 ou 4% de la production d’énergie et n’améliorent aucunement notre bilan carbone.

Lors de la consultation sur la Programmation pluriannuelle (PPE) de 2018, des organismes d’experts et des sociétés savantes, parfois institutionnels, se sont exprimés en ce sens sur tous ces points. Ces interventions, nombreuses, argumentées et convaincantes, et les réponses à contrario floues et orientées de la Maîtrise d’œuvre de la PPE peuvent encore être consultées sur le site de la consultation. On ne voit pas comment votre Gouvernement pourrait les ignorer.

Il faut donc réviser d’urgence la loi sur la transition énergétique, sur des considérations rationnelles, en tenant compte des contraintes technologiques, sociales et économiques, et dans une perspective stratégique de préservation des intérêts nationaux.

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  • c’est incompréhensible en effet…
    https://www.google.fr/search?q=transition+%C3%A9nerg%C3%A9tique+d%C3%A9finition&oq=transition+%C3%A9ne&aqs=chrome.4.0j69i65j69i57j69i60j0l2.7269j0j7&sourceid=chrome&ie=UTF-8

    d’abord ne pas savoir exactement de quoi on parle…
    et fleurissent des jolis écriteaux : « territoire à énergie positive pour la croissance verte… » qui ,en général, veulent dire ici travaux d’isolation financés par l’argent des autres

    • C’est vrai mais l’Etat ne donne jamais l’argent des autres gratuitement.
      L’isolation améliore l’habitat, les aides sont bien comptabilisées et donnent systématiquement lieu à des revalorisation du patrimoine immobilier. Suite logique augmentation des taxes.

  • la nouvelle com ,sur les bords des routes ( fossage raisonné ) pour garder les espèces protégé alors que les mauvais herbes poussent partout au détriment des agriculteurs et des jardins .

    • Plutôt « fauchage raisonné ». Surtout des économies de dépenses en entretien pour les collectivités publiques et plus de travail de désherbage pour les agriculteurs et jardiniers.

  • Analyse cohérente et sensée. Tout le contraire des délires de la PPE, contrôlée par des idéologues radicaux et surtout, incompétents en matière de production d’électricité.

  • Les décideurs politiciens, énarques patrons et fonctionnaires vivent de l’argent des autres ils n’investissent pas leur magot personnel . ls vivent dans le virtuel et tant pis si l’électricité manque aux citoyens et industriels qui transpirent tous les jours pour satisfaire leur lubies écolo

  • Toute personne de bon sens, non polluée par l’idéologie climat-énergie, devrait arriver aux mêmes conclusions que nous, à savoir que les solutions préconisées par la PPE sont une absurdité technique et financière. https://www.contrepoints.org/2017/01/16/277913-energies-renouvelables-plus-cheres-inadaptees
    https://www.contrepoints.org/2018/03/12/311517-eolien-co2-une-politique-energetique-absurde

  • J’imagine très bien le scénario de ce qui pourrait se passer dans un futur proche, lorsque 50% de notre approvisionnement en électricité dépendra de l’intermittent. Une nuit d’hiver où le vent insuffisant pour faire tourner les éoliennes, la fourniture d’électricité trop faible provoque un black out total. Les hôpitaux se retrouvent sans électricité pour alimenter les équipements maintenant en vie les patients, les trains s’arrêtent, les villes sombrent dans le noir, etc… Le Canada et les USA ont connu ce problème!
    Lorsqu’on prévoit de passer aux voitures électriques tout en diminuant la disponibilité en électricité, alors que l’on sait très bien que la demande va exploser, seul des énarques sont capables d’une telle aberration.

    • En Allemagne, au moins ils ont en secours, plus de 100 GW de thermique au charbon, lignite, fuel et gaz alors qu’en France, on a presque tout fermé.

    • Une forme d’euthanasie qui ne dit pas son nom… 🙁

    • Ils nous diront que c’est un complot des climato-sceptiques et des pro-nukes… Souvenez-vous de la grande panne de décembre 78, complot destiné à implanter une centrale nucléaire à Plogoff suivant les thèses vertes…

  • on ajoutera et c’est le coup de pied de l’âne aux ENR qu’un modèle associant de l’éolien à une centrale gaz à cycle rapide (cette derniere pour suppléer l’intermittence) émet plus de CO2 et coûte plus cher ‘en investissement et combustible) qu’une centrale gaz à cycle combiné capable d’alimenter seule le réseau …. aux fous !!!!

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