NKM quitte la politique pour le privé, d’autres devraient en faire autant

NKM a des compétences et peut compter sur elle-même pour conduire sa vie professionnelle après la politique. Mais cet exemple est loin d’être une généralité dans la vie politique française.

Par Frédéric Mas.

Nathalie Kosciusko-Morizet, NKM pour les intimes et les médias, a définitivement tourné la page de la vie politique en démissionnant vendredi 24 août du conseil de Paris où elle siégeait en tant que représentant des Républicains. L’ancienne ministre de l’Écologie, maire de Longjumeau et députée de l’Essonne avait quitté la fonction publique pour se consacrer à une carrière politique. Celle-ci s’est essoufflée avec la déroute du sarkozysme et l’échec de la droite à l’élection présidentielle. Après avoir été battue par Anne Hidalgo aux élections municipales de Paris en 2014, elle était devenue le chef de file de l’opposition au conseil de Paris jusqu’en 2017.

NKM en politique

En politique, Nathalie Kosciusko-Morizet n’a jamais réellement trouvé sa place une fois Sarkozy disparu de la scène. Cette polytechnicienne, pur produit des grandes écoles et de la fonction publique d’État, a toujours oscillé entre une communication politique qui se voulait dans l’air du temps, mêlant bonne conscience écologique, progressisme sociétal et dirigisme politique bien réel. En somme, rien ne la distinguait vraiment de ses homologues de centre-droit et de centre-gauche, et ses compétences semblaient bien mal employées dans un univers politique souvent médiocre, incertain et même violent.

Le choix de travailler pour Capgemini aux États-Unis, quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur l’ancienne ministre, apparaît à la fois comme sage et courageux. Devant l’échec politique et l’impossibilité de progresser, NKM a fait le choix de retourner vers le privé : la politique n’est pas sa vie, elle n’y fera pas carrière et sa formidable intelligence sera mise au service de ses clients et de son entreprise. Si elle envisage de garder le contact aux USA avec la vie politique française, sa vie est désormais tournée vers le monde des affaires.

Après la politique

On pourrait comparer la trajectoire de NKM avec celle d’autres candidats politiques malchanceux qui, après la défaite, n’ont eu d’autres choix que de pointer à Pôle emploi, avec plus ou moins de succès. Certains, qui n’ont jamais fait autre chose que de la politique, se sont retrouvés totalement démonétisés aux yeux des employeurs. Ils se sont aperçus de manière assez douloureuse que les compétences nécessaires sur le marché du travail ne sont pas celles du marché politique.

C’est l’une des multiples raisons qui devrait pousser la réforme institutionnelle qui attirera au sommet de l’État non pas des politiciens de carrière, des permanents politiques ou des fonctionnaires en disponibilité mais des personnes issues de la société civile. Non seulement la société civile s’en porterait mieux, mais les politiciens trouveraient plus facilement une porte de sortie avec l’alternance politique.

NKM a des compétences et peut compter sur elle-même pour conduire sa vie professionnelle après la politique. Mais cet exemple est loin d’être une généralité dans la vie politique française. Les politiciens battus se ménagent bien souvent une porte de sortie avec l’argent public en attendant de revenir en poste.

Arnaud Montebourg, par exemple, joue en ce moment à l’entrepreneur, défendant sur toutes les chaînes son nouveau combat, le miel et les ruches. Mais l’ancien ministre entreprend en partie avec l’argent de la région Franche Comté, faisant supporter une partie non négligeable des coûts, et de l’éventuel échec, de son projet aux bons vieux contribuables.

Le cas François Hollande

Plus encore, François Hollande, que l’on pourrait remercier d’avoir atomisé le Parti socialiste s’il n’avait pas dans le même geste mis la France sur les rotules, a du mal à quitter l’Élysée. Contrairement à NKM, il ne sait rien faire d’autre que de la politique, et n’aspire qu’à revenir dans le grand bain, au grand dam d’à peu près tout le monde, socialistes compris. Loin d’avoir tiré les leçons de ses échecs, l’ancien président s’est payé le luxe, à la fin de son mandat, de créer une fondation dite « d’utilité publique »1, financée à hauteur de 8,5 millions d’euros par des fonds publics (sur un budget de 30 millions).

La politique française permet donc cette aberration : un perdant suffisamment bien placé dispose de tout le pouvoir politique pour créer son propre poste de rêve grâce à ses connexions et à l’argent public afin d’éviter la case chômage et ne jamais revenir sur le vrai marché de l’emploi. Magique, enfin une profession où l’on ne perd jamais, quel que soit son bilan !

Remercions donc NKM de nous avoir épargné ce genre d’artifice politique pour s’accrocher, et d’avoir choisi un vrai métier. Bonne chance pour cette nouvelle vie d’expat’ !

  1. On pourrait gloser sur l’utilité réelle de ce nouveau « machin » qui prétend essentiellement encourager l’« économie sociale et solidaire » et plus si affinités…