Donald Trump appelle au boycott de Harley-Davidson

by Michael Panse (CC BY-ND 2.0)

Non content de pénaliser Harley-Davidson par sa politique protectionniste, le président américain s’acharne contre l’entreprise et appelle ses compatriotes à boycotter ses produits.

Par Daniel J. Mitchell, depuis les États-Unis.

La politique protectionniste de Trump prête à la critique. Il ne saisit pas les avantages du commerce international, interprète mal les données commerciales et renforce le capitalisme de connivence. Et, comme je le montre dans cette interview, je trouve choquant qu’il s’acharne sur la victime de sa politique : Harley-Davidson.

Harley-Davidson est lésée par l’État dans la mesure où les droits de douane de Trump sur l’acier et l’aluminium ont fait grimper les prix des inputs. Mais l’entreprise souffre aussi parce que d’autres pays ont réagi au protectionnisme de Trump en élevant en retour des barrières douanières qui pénaliseront l’entreprise.

Voici le résumé de l’affaire par CNN :

Le président Donald Trump a déclaré qu’il trouvait « formidable » que « de nombreux propriétaires de Harley Davidson prévoient de boycotter l’entreprise » si celle-ci décide de déplacer une partie de la production à l’étranger. (…) La remarque de Trump est intervenue alors que le Président accueillait les supporters de « Bikers for Trump » à son club de golf à Bedminister (New Jersey) durant le week-end. (…) Les tensions entre l’administration et Harley-Davidson durent depuis des mois. Tout a commencé plus tôt dans l’année lorsque Trump a décidé d’imposer des droits de douane élevés sur les importations d’acier et d’aluminium dans le but de relancer le secteur manufacturier national. L’Union européenne a réagi en annonçant une augmentation des droits de douane sur une liste de marchandises importées des États-Unis, comprenant les motos Harley. (…) Harley a déclaré qu’elle risquait de perdre jusqu’à 100 millions de dollars par an, et la société a promis de délocaliser une partie de sa production à l’étranger afin d’éviter les droits de douane supplémentaires sur les motos vendues dans l’UE. (…) Dans un contexte de guerre commerciale, délocaliser une plus grande part de la production à l’étranger est la « seule option viable ».

Ce n’est pas surprenant. Le Financial Times constatait dès juin la délicate position dans laquelle se retrouve l’entreprise en raison des tarifs douaniers de Trump qui ont conduit à des mesures de rétorsion de la part de l’Union européenne :

(…) Harley-Davidson a annoncé qu’elle transférerait une partie de sa fabrication hors des États-Unis pour éviter les tarifs douaniers de l’UE, tandis que Bruxelles a préparé d’autres mesures de rétorsion en cas de nouveaux droits de douane de la Maison-Blanche. Le fabricant de motos est le premier fabricant américain à réduire la production intérieure en réponse aux droits de douane de l’UE, qui ont été imposés vendredi sur 3,3 milliards de dollars d’importations américaines en représailles aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium. La décision de Harley-Davidson illustre pourquoi de nombreux membres pro-marché du parti républicain s’inquiètent des possibles conséquences économiques des multiples fronts que le président Donald Trump a ouverts dans sa guerre commerciale.

Dans la National Review, Kevin Williamson explique ce qui se joue réellement :

Harley-Davidson exploite déjà des installations au Brésil, en Inde et en Australie et projette de construire une usine en Thaïlande. Éviter les mesures protectionnistes en est la cause, mais il y a d’autres explications, comme se rapprocher des clients (par exemple, c’est la raison pour laquelle Mercedes-Benz fabrique des SUV aux États-Unis, où la plupart d’entre eux sont vendus). Les Indiens achètent près de 17 millions de motos et de scooters par an, et Harley-Davidson convoite une plus grande part de ce marché. (…) Ses dirigeants estiment que les politiques protectionnistes de l’administration Trump lui coûteront jusqu’à 100 millions de dollars par an sur le seul marché de l’UE. Qu’est-ce que Harley-Davidson serait supposée faire ? Perdre des centaines de millions de dollars en attendant que l’administration Trump se décide à faire ce qu’il faut en matière de politique commerciale ? Ce jour risque de se faire attendre.

Je précise au passage que je ne fais pas partie des contempteurs de Trump. Je constate qu’il a également fait adopter de bonnes politiques pour les entreprises et la compétitivité, comme des déréglementations ciblées ou des taux d’imposition plus faibles. Mais, comme le souligne aussi cette chronique du Washington Post, ce qui est frustrant, c’est que les dommages causés par le protectionnisme de Trump annuleront les bienfaits de ces bonnes politiques :

Le principal économiste du président Trump a défendu mardi les politiques commerciales toujours plus agressives de la Maison-Blanche, considérant que la décision de Harley-Davidson de délocaliser certaines de ses activités à l’étranger n’était qu’une exception à une tendance de fond de renouvellement des investissements des entreprises aux États-Unis. Kevin Hassett, président du Council of Economic Advisers, a déclaré que les investissements directs étrangers ont « monté en flèche » sur le sol américain au cours du premier trimestre de l’année, une tendance qu’il a attribuée à une réduction du taux d’imposition des sociétés, décidée par Trump l’an dernier. (…) Gary Cohn, l’ancien conseiller économique de la Maison-Blanche, qui a démissionné peu de temps après l’annonce de la politique protectionniste de Trump, avertissait plus tôt ce mois-ci qu’une guerre commerciale pourrait anéantir les gains économiques de la loi fiscale.

Terminons en soulignant le fait souvent négligé que les mesures de rétorsion contre Harley-Davidson ne sont pas insignifiantes. Voici un extrait d’un article du Wall Street Journal :

L’entreprise considère l’UE comme un « marché critique » : elle a vendu l’année dernière près de 40.000 motos à des clients européens. En représailles aux droits de douane sur l’acier et l’aluminium de Trump, l’Union européenne a décidé d’augmenter sa taxe sur les exportations américaines de Harley de 6% à 31%. Cela équivaut à une taxe de 2.200 $ sur chaque moto exportée des États-Unis vers l’UE. (…) Harley a déclaré que « l’énorme augmentation des coûts, si elle était répercutée sur ses concessionnaires et ses clients, aurait un impact négatif immédiat et durable sur ses activités dans la région, réduirait l’accès des clients aux produits Harley-Davidson et aurait un effet néfaste sur la pérennité des activités de ses concessionnaires ». Traduction pour Trump : contrairement à l’immobilier, l’automobile et la moto sont un marché mondial.

Harley-Davidson est bien victime de la politique économique menée par Donald Trump.

Certaines personnes considèrent que Trump joue un jeu habile pour contraindre les autres pays à réduire leurs barrières commerciales. Dans la mesure où les autres pays ont généralement des barrières commerciales plus élevées que les États-Unis, il aurait raison de poursuivre cet objectif. En supposant, bien sûr, que c’est réellement son objectif. Je suis sceptique, et j’aimerais qu’on me prouve que j’ai tort.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.