Brégançon, fort Boyard de la République

Cette année, les épreuves du Fort de Brégançon seront sans doute évaluées plus durement par les citoyens téléspectateurs échaudés par le plantage communicationnel de l’affaire Benalla.

Par la rédaction de Contrepoints.

Comme chaque été, la foule attend le retour de la nouvelle saison, avec ses épreuves et ses héros. Non, ce n’est pas de fort Boyard qu’il s’agit ; plutôt de sa variante politique. Chaque été, le président de la République en fonction affronte la foule de spectateurs avide de connaître les faits et gestes du locataire de l’Élysée durant les vacances. Après de Gaulle, Chirac, Sarkozy et Hollande, c’est au tour du couple Macron de s’y coller. Il ne s’agit pas pour lui de récolter des clefs, mais de tester et d’améliorer son image de marque en acceptant un certain nombre d’épreuves politico-médiatiques obligées en cette saison. Passe-Partout n’est plus le vaillant guide des candidat sportifs, mais endosse le costume de spin doctor.

Ne pas avoir trop l’air de gâcher de l’argent public. Brégançon est peut-être gratuit pour le locataire de l’Élysée, mais pas pour le contribuable. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes évalue le coût de gestion du bâtiment à environ 700 000 euros, destination royale pour une République aux accents monarchiques… François Hollande, pour éviter toute polémique, avait renoncé à s’y rendre, préférant des vacances plus modestes (et moins coûteuses pour les citoyens). De plus, l’ancien président, par souci d’équilibre budgétaire, avait ouvert le bâtiment au public. Emmanuel Macron n’a pas négocié l’épreuve avec la même habileté : la piscine qu’il a fait construire le poursuit dans tous les journaux people.

Réussir ses invitations politiques (pour avoir quand même l’air de travailler au mois d’août). Le président de la République française est certes en vacances, mais il incarne aussi la continuité du pouvoir. Il n’a pas été élu pour prendre des bains de soleil durant l’approfondissement de la crise. Emmanuel Macron a donc profité de Brégançon pour inviter Theresa May à une réunion de travail. Toujours impeccable, en cravate mais sans veste, l’État français travaille à l’avenir de l’Europe. Même près de la plage.

Garder un standing de président, malgré les vacances. Certains se souviennent du couac médiatique de Jacques Chirac à Brégançon, qu’un paparazzi malintentionné avait photographié dans le plus simple appareil. Ici, Emmanuel Macron anticipe et préfère garder le costume, voire le look Friday wear pour accueillir invités et journalistes. On est loin du short et des tongs. Le standing touquetois y est sans doute pour beaucoup.

Choisir son plan média, éviter les drones et les questions sur les piscines. Brégançon est à la fois un moment test de la popularité du président, et une manière de gagner de la sympathie auprès des simples citoyens attentifs aux fastes monarchiques de notre République. Pour que le plan média se déroule sans accroc, il faut encore pouvoir maîtriser sa com’. Les paparazzi ne sont pas les bienvenus, mais cette année, c’est un drone qui leur vole la vedette. Heureusement pour le couple présidentiel, il semble avoir fini sa course en mer1. La dernière déclaration d’Emmanuel Macron sur ses préférences en matière de bains de mer a remis sur le tapis son idée farfelue de piscine à Brégançon.

Cette année, les épreuves du Fort seront sans doute évaluées plus durement par les citoyens téléspectateurs, échaudés par le plantage de l’affaire Benalla. Emmanuel Macron est sans doute le maître des horloges, mais sera-t-il le maître des clefs ?

  1. Espérons que cela ne suscite pas une nouvelle loi liberticide pour interdire les drones !