Internet, une passion masculine

Dans une société où le socle de la masculinité et de la virilité est toujours plus fragilisé, internet est l’espace ou les jeunes hommes et leurs aînés trouvent une issue pour s’affirmer et asseoir leur pouvoir. 

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Internet, une passion masculine

Publié le 18 juillet 2018
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Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

Face à la montée du pouvoir féminin et des valeurs qui l’accompagnent, Internet constitue-t-il un refuge, une sphère de repos et de solidarité pour les hommes ? Un espace où se cultiveraient des interactions, des projections et des fantasmes proprement masculins ?

Dans sa contribution pour Le DébatMonique Dagnaud s’interroge sur l’identité de l’internet, ou plus exactement, sur son genre.

Une épopée masculine

Dans une Amérique des années 60-70 bousculée par le mouvement des droits civiques et le Women’s lib, émerge une révolution technologique presque exclusivement portée par des hommes blancs.

Dans ce carrefour des émancipations, les décalages perdurent et le retard se creuse entre des femmes qui accèdent tout juste à un semblant d’autonomie et des hommes qui rêvent déjà à l’individu augmenté. « Alors que les femmes vont conquérir l’univers professionnel tout en demeurant le pivot de la famille, les hommes vont faire de l’ordinateur un second self, comme le pointe la sociologue Sherry Turkle », rappelle Monique Dagnaud. Internet serait donc l’invention d’hommes blancs et éduqués.

L’idée perdure, comme l’illustre la couverture du magazine Forbes du mois de juillet 2017 : « La Silicon Valley, un monde de mâles blancs ». Mais le constat est encore plus choquant en 2018 que dans l’Amérique des années 60. Une Amérique, toute bouleversée d’utopies émancipatrices et égalitaires fusse-t-elle, n’en restait pas moins figée dans le schéma patriarcal et autoritaire du mâle blanc dominant.

Aux origines du réseau, les femmes n’étaient presque jamais inclues, ni dans le processus créateur, ni même dans le développement de l’architecture du web.  L’auteur précise :

[… ] Elles ne se sont presque pas investies dans le codage, la programmation, l’invention de langages, la mise au point de matériels ou de logiciels, et encore aujourd’hui, elles sont timidement présentes dans les activités collaboratives emblématiques de la sphère numérique telles que Wikipedia, ou les jeux vidéo en ligne.

La symbiose homme-machine : les projections autour de la robotique et de l’intelligence artificielle

Les premiers hackers se voulaient des « guérilleros » de la programmation, des aventuriers de l’informatique, évangélistes du monde à venir. Dans ce contexte, la relation à la machine est un rapport de domination et de subordination, de l’invention à son créateur.

En 1984, dans son essai sur l’ordinateur, la psychologue Sherry Turkle indique que, pour l’usager, l’ordinateur est doté d’un statut à mi-chemin de l’objet et de l’humain. Il est conçu comme un prolongement de soi-même et, par l’interaction en temps réel de l’individu avec des mondes qui lui sont extérieurs, il intensifie l’autoréflexivité (programming is a medium for projection). 

L’activisme des origines est teinté d’un sentiment de surpuissance, celui de la maîtrise exclusive et anticipée d’un langage de vérité, dont la maîtrise de la technologie serait le prérequis sacré, nouvel attribut de la « cyber virilité ». 

Les utopies du mouvement hippie

La contre-culture californienne des années 1960-1970, en particulier celle qui a prospéré dans le mouvement hippie, constitue une autre veine qui a irrigué l’imaginaire d’internet.

La mouvance hippie veut illustrer sa singularité, et pour porter ce message d’indépendance créative, la mise en réseau et les systèmes d’information seraient les outils privilégiés. Mais dans des communautés prônant la liberté sexuelle, les femmes tiennent leur rang, réduites au rôle secondaire que la société leur assigne à l’époque.

Parmi les expériences de cette élite masculine blanche hippie, la plus célèbre est sans doute le Whole Earth Catalog. Ce guide se voulait un véritable vade-mecum pour faciliter la vie et la communication de communautés dispersées sur divers territoires, grâce à des conseils pratiques, pour concrétiser l’utopie.

On y trouve mêlés des livres, des engins mécaniques, des kits variés, des objets pour vivre dans la nature comme des tentes ou des sacs à dos, des tenues hippies, une multitude d’idées et d’artefacts…

En rassemblant des communautés nomades sur un seul et unique réseau, le Whole Earth Catalog esquisse les fondements de l’internet, mais aussi les valeurs qui portent cette révolution : l’autonomie de l’individu, le « DIY, do it yourself », et l’innovation permanente.

Un héritage assumé par Steve Jobs qui se réfère à la publication dans son discours du 12 juin 2005 à l’université de Stanford :

Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication The Whole Earth Catalog, l’une des bibles de ma génération […] C’était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l’édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C’était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d’idées épatantes.

En 1985, Stewart Brand, Larry Brilliant et Howard  Rheingold créent le « WELL– The Whole Earth ‘Lectronic Link ».

Il s’agit d’espaces de discussions, centralisé dans un système de téléconférences, permettant de communiquer en temps réel. Au-delà de l’utopie, internet reste une affaire d’hommes. L’anthropologue Luis Felipe R. Murillo compare les hackers à des magiciens, dont le pouvoir repose avant tout sur le secret. Chez les hackers, ce pouvoir puise son autorité dans la maîtrise d’outils, de savoir-faire techniques. « Ainsi, le monde des initiés est séparé du monde des profanes », rappelle Monique Dagnaud.

De la même façon, la cyberculture est pétrie de cet imaginaire masculin. Plusieurs facteurs participent à cette construction, à commencer par l’éducation, où les branches scientifiques restent majoritairement fréquentées par des garçons. Pour Sherry Turkle, l’influence est plus profonde. Dans une étude menée auprès de ses étudiantes du MIT, elle relève une véritable réticence des femmes envers l’ordinateur« même celles qui sont virtuoses de la culture digitale ». L’ordinateur serait pour les hommes l’outil de l’entre-soi, mettant de fait les femmes à l’écart.

Dans une société où le socle de la masculinité et de la virilité est toujours plus fragilisé, internet est l’espace ou les jeunes hommes et leurs aînés trouvent une issue pour s’affirmer et asseoir leur pouvoir. Monique Dagnaud conclut :

À leur façon, ces avant-gardes de l’univers numérique inventent un modèle alternatif : une virilité confraternelle dans le virtuel – que les confréries de hackers et de développeurs, ces chevaliers de la Table Ronde du nouveau cosmos, illustrent magistralement.

Pour aller plus loin :


Sur le web

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  • article étrange, les hommes sont coupables d’être des pionniers ? et des demeurés dès que ce même goût du risque/progrès leurs attributs des Darwin awards. la vrai question est ce que pour l’auteur l’homme peut être autre chose qu’un matcho voulant prouver sa virilité ? quand est-il du goût de la technologie et de l’innovation motivé par la satisfaction des petits suces; qui n’est pas heureux de voir fonctionner son « Hello World » qui ne représente pourtant pas un defis? Arriver à la maîtrise d’un technologie ou à contributer à son amélioration n’a rien à voir avec la virilité !!! L’absence des femmes dans ce domaine n’a rien à voir avec les hommes qui y travaillent mais plus lié à des aspects culturels et génétique (les femmes arrivent de plus en plus dans ce domaine qui devient vraiment mainstream)

  • Les commentaires sont fermés.

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