Coupe du monde de foot : quand la France s’enthousiasme pour la compétition

FIFA World Cup 2014 by Mariya Butd(CC BY 2.0)

Il est amusant de constater que les Français sont pris d’une passion ardente pour le spectacle de pure compétition aux antipodes de l’esprit égalitariste qui tend à s’imposer dans la société.

Par Nathalie MP.

La finale de la Coupe du monde de football 2018 entre la France et la Croatie va se jouer aujourd’hui à 17h00. Vingt ans après l’euphorie de 1998, la France va-t-elle décrocher son deuxième titre de champion du monde ? Quant à la Croatie, petit pays de 4 millions d’habitants, va-t-elle enfin obtenir le précieux trophée dont elle s’était approchée de si près, en 1998 justement, en perdant en demi-finale, contre la France justement, et en remportant ensuite la petite finale contre les Pays-Bas ? Beaucoup d’espoir, donc, et beaucoup d’enjeu sportif et mental des deux côtés !

Si la France gagne, je serai enchantée – sans en faire le plus beau jour de ma vie ni les plus riches heures de l’histoire de France. Et si elle perd, je ne me vois pas sombrer dans une irréparable déprime.

Autant il semble tout naturel d’encourager l’équipe dont on se sent le plus proche, que ce soit celle de son pays à l’occasion des grandes compétitions internationales ou, plus prosaïquement, l’équipe locale dans laquelle votre fils joue tous les dimanches, autant il est sain de s’incliner devant le talent supérieur de l’adversaire et savoir reconnaître le beau jeu, le beau but, le bel essai, le beau slalom, d’où qu’il vienne. Quitte à se dire qu’une occasion de revanche ne manquera pas de se présenter.

La logique sportive, la logique de la confrontation entre joueurs individuels ou en équipe ne veut-elle pas « que le meilleur gagne » ? La formule a l’air d’un lieu commun. En tout cas, sportivement, ça reste sinon une évidence1 du moins l’objectif.

Aussi, à l’occasion de cette Coupe du monde 2018 telle qu’elle est vécue en France, il est extrêmement amusant de constater que les Français sont pris d’une passion ardente pour le spectacle de pure compétition que leur offre un système froidement sélectif aux antipodes de l’esprit égalitariste qui tend à s’imposer dans la société.

Qui dit « meilleur » dit forcément travail, effort, sélection et prise de risque, sans oublier une certaine part de chance qui tombera de façon complètement aveugle sur l’un ou l’autre des concurrents.

Et qui dit « gagne » dit forcément qu’il y aura des perdants. Pendant longtemps, le sportif, c’est d’abord celui qui perd. Mais sa réaction ne sera pas de se dire que c’est « trop injuste » ni de réclamer par pétition que tout le monde gagne. Au contraire, il tirera une leçon de ses échecs, éventuellement en abandonnant le sport s’il pense qu’il n’est pas fait pour ça, mais surtout en s’entraînant plus et mieux afin d’être un jour le vainqueur.

Si Didier Deschamps a pour titre celui de sélectionneur, ce n’est pas pour rien – notons d’ailleurs avec plaisir que le politiquement correct n’est pas encore passé sur ce scandaleux vocable. Umtiti, Griezmann, Mbappé etc. ne sont pas là par hasard. Ils ont été spécialement choisis, parmi de nombreux autres joueurs, sur leurs compétences en foot, pas pour faire joli sur la photo ou pour faire plaisir à leur maman ou pour satisfaire les obsédés de la diversité obligatoire. L’objectif, c’est de gagner, bien sûr, et seul cet objectif a motivé Deschamps dans la composition de son équipe.

Et même là, rien ne garantit la victoire finale. Pas d’abonnement, pas de place réservée. De grandes équipes sont tombées pendant cette coupe du monde, on les reverra peut-être dans le futur. La France et la Croatie ont été aux abonnés absents depuis 1998, les revoilà en 2018, et tout reste à faire sur le terrain. Sélection impitoyable des joueurs, sélection des équipes, c’est à ce prix que l’on devient un grand sportif reconnu comme tel par le public et par ses pairs.

Mais imaginez un instant que les épreuves sportives se passent selon les critères égalitaristes qui prévalent de plus en plus partout ailleurs. Comme à l’école maternelle, tout le monde pourrait participer, même celui qui n’attrape jamais le ballon. Et comme à l’école maternelle, il n’y aurait plus ni perdants ni gagnants et celui qui n’attrape jamais le ballon aurait quand même sa médaille. Il serait trop horrible de traumatiser dès le plus jeune âge un pauvre petit garçon qui ne demande qu’à bien faire. Ce n’est pas de sa faute, s’il est malhabile avec un ballon. Il suffit de lui donner des points d’avance ou que sais-je encore pour réparer cette injustice de la vie.

Bref, il suffit de mettre un peu partout de la discrimination positive et des quotas hommes femmes, blancs noirs, hétéros homos, adroits maladroits avec un ballon, un pinceau, un marteau etc. – il suffit d’en mettre dans les examens, dans les salaires, dans les recrutements, dans les films et les conseils d’administration, et tout le monde sera heureux dans le meilleur des mondes possibles.

Eh bien, non. Si les épreuves sportives se passaient ainsi, aucun joueur ne ferait plus d’efforts pour s’entraîner, ce serait ennuyeux à mourir, personne ne s’y intéresserait, personne ne regarderait les matchs. Il n’y aurait plus ni héros, ni exploit. Il n’y aurait même plus le moindre mérite à faire quoi que ce soit puisque tout se vaut, tout est pareil et tout le monde peut le faire.

Peu à peu, le foot tel qu’on le connaît n’existerait plus, le sport tel qu’on le connaît n’existerait plus – à moins de le subventionner lourdement et de l’imposer aux téléspectateurs sur des chaînes publiques de moins en moins regardées et de plus en plus subventionnées. Les Français n’auraient plus aucune raison d’être fiers de leur équipe de foot comme ils le sont aujourd’hui et comme ils le seront peut-être encore plus ce soir.

C’est pourtant la société « idéale » que certains activistes appellent de leurs vœux. Si les motivations annoncées sont parées de toutes les vertus républicaines et n’ont d’autre objectif que de garantir l’égalité des chances, il en résulte cependant un désastreux mouvement de nivellement par le bas qui s’appuie aussi sur la jalousie (comme je ne serai jamais le meilleur, j’exige que personne ne soit le meilleur) et sur une certaine condescendance implicite à l’égard de ceux qu’on prétend protéger (ces pauvres femmes, ces pauvres noirs, etc. ils n’y arriveront jamais, il faut qu’on les aide).

Et c’est pourtant la société « idéale » qui a déjà gagné de larges quartiers sur les campus américains et que nos gouvernements passés et présents ont à cœur de faire advenir. Le Bac à 88% de réussite constitue un excellent exemple car il concerne pratiquement toutes les familles. Les quotas de femmes dans le cinéma et le « name and shame » à tout propos dès lors qu’une Marlène Schiappa peut détecter une lacune de diversité purement numérique en sont d’autres.

En espérant que cette entreprise de démolition de l’initiative, de l’effort, du travail et du mérite individuel finira par être écartée par le simple bon sens, laissons-nous captiver par le combat acharné, mais à la loyale (comme dans la concurrence non faussée) que vont se livrer deux équipes de foot qui représentent sans doute ce qui se fait de plus sévère en matière de sélection.

Sur le web

  1.  Une évidence trop souvent ternie dans le passé par des affaires de dopage (cyclisme) et des petites magouilles dans les fédérations sportives. Mais pour ce qui est du foot, notons avec satisfaction l’introduction de l’arbitrage vidéo.