Glyphosate dans le miel et plainte judiciaire : deuxième enfumage

Hunny Mummy by Martin Burns(CC BY-NC-ND 2.0)

Par André Heitz.

Une plainte à visée socio-politique

Nous avons vu dans « Glyphosate : une parodie de justice pour influencer l’opinion publique » que, le 7 juin 2018, le syndicat apicole de l’Aisne avait porté plainte à Lyon contre Monsanto pour « administration de substances nuisibles ». En cause ? La présence à une dose de 16 ppb (parties par milliard ou milligrammes par tonne) de glyphosate dans le miel d’un apiculteur qui a été refusé par le conditionneur Famille Michaud Apiculteurs, alors que la limite légale européenne est de 50 ppb.

Nous nous étions interrogés sur la qualité pour agir du syndicat, victime d’aucun préjudice, sur l’intérêt à agir, le glyphosate ayant été présent dans la limite légale, et sur l’incrimination de Monsanto, en l’absence d’acte délictueux de sa part et le glyphosate étant produit par diverses entreprises.

Dans un bel élan panurgique, les médias se sont emballés pour annoncer cette information de première importance (ironie). En l’épiçant évidemment de propos anxiogènes. Par exemple de l’avocat qui se fait expert en toxicologie et santé publique :

La présence de glyphosate dans le miel est une atteinte grave à la santé humaine.

Un avocat qui espère « via le combat des apiculteurs » et grâce à un bel enfumage faire reconnaître à terme la notion de crime écologique.

Une dépêche pour une action de routine

Et un avocat qui bénéficie de solides relais médiatiques. L’AFP vient ainsi de diffuser une dépêche – largement reprise par les médias – pour annoncer l’ouverture d’une enquête. Selon les titres, elle est sans qualification, « judiciaire » ou « préliminaire ».

Ainsi, Le Monde titre : « La justice ouvre une enquête après la découverte de glyphosate dans du miel » ; pour Le Parisien, c’est : « Du glyphosate dans le miel : ouverture d’une enquête judiciaire » ; quant à Ouest France, c’est le plus précis : « Glyphosate dans du miel : ouverture d’une enquête préliminaire ».

Mais qu’y a-t-il de si spécial pour justifier une dépêche et une avalanche d’articles dans les médias ?

La dépêche de l’AFP cite l’apiculteur pour un non sequitur, un commentaire sans lien avec le fond de l’affaire :

« C’est une bonne chose, pour moi mais aussi pour tous les autres apiculteurs qui vivent de ça. Il faut faire quelque chose, beaucoup de ruches crèvent », a réagi auprès de l’AFP l’apiculteur en question, ancien ouvrier agricole, Sylvère Obry.

Et aussi l’avocat :

« Je suis ravi qu’on prenne cette affaire très au sérieux et qu’on s’attaque au problème du miel en France. Il concerne certes la santé des abeilles, mais aussi celle des hommes. À ma connaissance, c’est une première », a réagi auprès de l’AFP l’avocat du syndicat apicole, Me Emmanuel Ludot.

Enfumage à propos du miel

Les apiculteurs enfument les abeilles pour leur soutirer le miel… l’avocat, l’AFP et les médias enfument la population avec des fake news.

Car l’enquête préliminaire est ouverte d’office quand il y a eu dépôt de plainte en relation avec au moins un délit passible d’une peine d’amende, d’une contravention. Elle a pour objectif de recueillir les renseignements nécessaires à la justice pour établir l’existence ou l’absence d’une infraction pénale et la suite à donner à l’affaire.

Qu’une enquête préliminaire soit ainsi ouverte n’est donc en aucun cas « une première », ni la manifestation du fait « qu’on prenne cette affaire très au sérieux ».

Mais l’objectif n’est-il pas de suggérer que le glyphosate – et les pesticides en général – est dangereux et coupable ?

Quand l’avocat fait des effets de manche, il est dans son rôle (quoique…). Quand l’AFP et les médias publient sans esprit critique, nous avons un problème de déontologie.

Et toujours la désinformation grossière…

Nombre de médias n’ont pu résister au glyphosate « classé « cancérogène probable » par l’OMS ». C’est par exemple le cas du Monde dans son chapô. Ou encore de Sciences et Avenir qui a dû trouver l’« information » tellement importante qu’il a produit trois articles (ici, ici et ici) et évoqué l’OMS par deux fois.

Non, c’est le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) ; l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) juge au contraire la cancérogénicité improbable (sachant que l’absence de nocivité est indémontrable), à l’instar d’une douzaine d’agences d’évaluation ou de réglementation nationales et européennes.

La Croix, dans « Plainte contre Bayer après la découverte de glyphosate dans du miel » – le titre n’est pas très original, comme ceux des confrères – mentionne correctement le CIRC, mais sans préciser qu’il s’agit d’une évaluation largement minoritaire et encore plus largement contestée.

Ce journal cite aussi M. François Veillerette, l’oracle de la mouvance anti-pesticides :

Trouver des résidus de glyphosate dans du miel d’abeilles signifie, sans doute, qu’il y en a partout, estime François Veillerette, directeur de Générations futures. Car cet herbicide, le plus utilisé en France, ne devrait l’être que pour désherber les plantes dites d’interculture, des plantes de second rôle semées juste pour assurer une couverture végétale empêchant l’érosion, mais pas sur des plantes de grandes cultures comme le blé, le maïs ou la betterave.

Voilà de l’agronomie post-moderne ! Mais on peut rassurer M. Veillerette : non, on n’utilise pas le glyphosate sur du blé, du maïs ou de la betterave. À moins de vouloir détruire la culture.

Et puis, deux paragraphes plus haut, il est dit que selon Famille Michaud Apiculteurs, « [s]ur la précédente récolte, le taux de contamination au glyphosate était de 12 % parmi les lots fournis au groupe en France. » Comprenez : 12% égal « il y en a partout »

Et puis, tant que nous y sommes : le blé et la betterave ne sont pas visités par les abeilles, la betterave ne fleurissant pas, du reste, en culture (sauf en production de semences ou quand elles « montent »). Quant au maïs, il produit du pollen de faible qualité nutritive pour les abeilles.

Rassurer le journaliste

M. Denis Sergent de la Croix se fait du souci : « Quelles en sont les conséquences pour la santé des consommateurs, à la fois à court et à long terme ? »

Réponse brutale : aucune.

C’est épistémologiquement erroné, une absence de nocivité ne pouvant pas se démontrer. Mais cela fera tout de même l’affaire.

La dose journalière admissible a été établie – avec une marge de sécurité très importante (souvent d’un facteur 100) à 0,5 milligramme de glyphosate par kilogramme de poids corporel et par jour. Un humain de 60 kg peut donc en absorber 30 mg par jour sans que cela inquiète les autorités sanitaires. Pour y arriver, il faut consommer quasiment deux (2) tonnes du miel de M. Sylvère Obry que Famille Michaud Apiculteurs a refusé.

Bon appétit…