3 choses à savoir à propos de la Sécu

Unicorn by Melanie Bateman (CC BY-NC-ND 2.0)

Lorsqu’on a besoin d’elle, la Sécu tient-elle ses promesses ? Retour sur quelques clichés.

Par Phoebe Ann Moses.

Toute personne qui travaille paye des cotisations qui alimentent la Sécurité sociale. Mais lorsqu’on a besoin d’elle, la Sécu tient-elle ses promesses ?

Il est agaçant de lire très régulièrement que la Sécurité sociale est indispensable, que sans elle les soins coûteraient si cher qu’on serait tous pratiquement morts, ou pire que seuls les riches pourraient se soigner. Alors revenons sur quelques-uns de ces clichés qui ont la peau dure.

La Sécu, c’est vital : faux

Sauf si vous considérerez qu’il est vital de se faire rembourser du paracétamol à 1,20 € la boîte. La Sécu rembourse tous les petits bobos. Les visites chez le généraliste pour le nez qui coule (franchement, avez-vous besoin d’aller contaminer toute une salle d’attente avec votre sale rhume, alors qu’un bon grog et du sommeil pendant une semaine produiront le même effet que du Stoprhume® ou du Nebiensek® pendant 7 jours) ; les consultations aux urgences pour avoir un arrêt de travail lundi parce que j’ai personne pour garder la petite ; ou parce que j’ai pas envie d’aller bosser ; ou parce que j’ai l’orteil qui me fait mal depuis 2 mois -ce qui revient au même- ; ou sa variante plus expéditive : j’ai mal à la tête depuis 10 minutes il me faut un scanner1.

La Sécu rembourse le confort. Cela permet d’entretenir les illusions d’une armada d’hypocondriaques qui iront un jour gaiement glisser un bulletin dans une urne.

Parlons maintenant de ce qui ne fait pas plaisir : les vraies maladies, les tuiles de la vie.

Seuls les riches pourront se soigner : vrai

Si par malheur la vie vous fait croiser un de ces maudits machins, vous découvrirez à vos dépens que vous ne pouvez pas vous faire soigner où vous voulez et que la plupart du temps la Sécu ne rembourse pas « les » soins mais seulement une petite partie d’une partie d’entre eux.

La Sécu prend en charge les soins qu’elle accepte de rembourser, et uniquement ceux-là. Ne pensez pas que ce sont toujours des traitements de pointe : vous aurez accès au traitement que la Sécu accepte de rembourser. Dit autrement, cela correspond au traitement le moins cher ou celui qui a le meilleur rapport qualité/prix dans son domaine. Mais puisqu’on vous dit qu’une Trabant ça roule aussi bien qu’une Porsche…

Ainsi, puisqu’en France il est impossible de remplacer le système de cotisation Sécu par un système privé, vous avez droit à un système collectiviste, adapté au plus grand nombre (ce qui est déjà pas mal, certes), mais absolument pas personnalisé. À l’heure du séquençage de l’ADN tumoral pour certains types de cancers, il peut toujours être bon de se renseigner pour savoir si le traitement proposé est le meilleur qui soit sur le marché mondial des traitement efficaces. À moins de préférer rouler en Trabant…

Au passage, il faut reconnaître que certaines spécialités étaient déjà à la pointe du progrès dans ce domaine : par exemple, l’hématologie, spécialité de notre ministre de la Santé.

De même, si par malheur vous ou l’un de vos proches avez besoin de matériel médical, la Sécu n’en finance qu’une microscopique partie. Par exemple, un fauteuil roulant manuel de bonne qualité coûte aux alentours de 4000 euros. La Sécu rembourse entre 394,60 € et 558,99 €.

Si vous devez subir une opération chirurgicale, dans le secteur public, l’opération est réalisée par celui qui travaille ce jour-là. Impossible de choisir le chirurgien avec lequel le patient a des affinités.

Dans tous les cas, la Sécu ne rembourse que le tarif fixé par elle. Le reste est remboursé par la complémentaire.

N’allez pas croire que le tarif Sécu représente le coût réel d’un acte médical ou chirurgical. Le coût est fixé par l’État et plafonné, il ne correspond à aucune réalité.

Quelques exemples :

Une suture d’une rupture de l’isthme de l’aorte, par thoracotomie avec CEC (en langage courant, cela signifie que le chirurgien ouvre le thorax et va recoudre l’artère qui sort de votre cœur, lequel est temporairement mis hors fonctionnement avec une circulation sanguine extra-corporelle).

La Sécu considère que cet acte vaut 698,91 €.

Le drainage d’une collection du péricarde, par thoracotomie ou par abord infraxiphoïdien (cela signifie qu’on draine le liquide qui s’est épanché autour du cœur).

La Sécu considère que cet acte vaut 188,69 €.

Terminons avec une petite opération pour une appendicite à 176,69 €.

Ce qui amène très logiquement à l’idée reçue n°3 : sans la Sécu on serait tous morts. Eh bien non. Ce qui précède montrerait même plutôt qu’elle est rétive au remboursement de ce qui coûte cher.

« Chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » : faux

Les indépendants et les professions libérales le savent bien : si par malheur ils tombent malades, s’ils ont un accident, ils ont un délai de 3 mois avant d’obtenir la moindre indemnité. Cela signifie que pendant 3 mois il n’y a aucune rémunération. Et pendant ce temps, ils sont obligés de continuer à cotiser à la Sécu, et à payer leur crédit, leurs factures, entretenir leur famille. S’ils étaient fonctionnaires, ils auraient une prise en charge immédiate.

« Chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » ? Il n’y a pas un mot de vrai dans cette phrase.

  1. Les propos ont été recueillis in situ.