Nicolas Hulot veut qu’EDF fasse pénitence

Nicolas Hulot considère qu’EDF ne se saisit pas des opportunités offertes par le contexte (politique plus que technique, ce qui peut expliquer certaines réticences…) pour engager vraiment sa « transition écologique ».

Par Gérard Petit.

Des dés pipés, déjà jetés, vont décider de l’avenir énergétique du pays malgré le riche matériau accumulé par la consultation publique sur la PPE1, dont les nombreux et salutaires questionnements sur les orientations posées par la  LTECV2 de 2015.

En effet, dans les médias en général et donc dans l’esprit de beaucoup, cette PPE est déjà écrite puisque se proposant juste de décliner la LTECV de 2015. Ainsi, Nicolas Hulot, sûr de son fait, se permet même d’admonester EDF pour son peu d’empressement à se séparer du boulet nucléaire, et pire encore, à vouloir persévérer dans le sillon (mise à niveau des réacteurs et construction de nouvelles unités), qualifiant l’attitude de l’électricien de « dérive », comprendre hérésie par rapport au dogme du grand remplacement du nucléaire par les énergies vertes.

Nucléaire indispensable

Pourtant, pour  l’avoir appris à ses dépens, Nicolas Hulot  sait bien que la France ne peut aujourd’hui, quel que soit l’effort fait sur les énergies intermittentes (solaire PV, éolien) diminuer son potentiel nucléaire sans devoir compenser ce repli par des centrales pilotables au gaz (cher, importé et émetteur de GES), il en va rien moins que de l’opérabilité et de la sûreté du réseau électrique, français, voire européen, une paille !

Sans surprise donc, la PPE affichera « cosmétiquement » un engouement de l’opinion pour la réduction « à 50% et au plus tôt » de la contribution nucléaire dans la production d’électricité et c’est cette mesure phare, largement inconséquente, qui sera l’emblème de cette PPE, alors que la lutte contre les émissions de GES devrait en être la colonne vertébrale. Preuve, s’il en est, qu’on instrumentalise l’enjeu pour créer des opportunités financiaro-économiques sans rapports aucuns avec la juste cause qu’on prétend défendre

L’électricité est essentielle à nos sociétés modernes ; en France, plus qu’ailleurs en moyenne, elle représente 40% de l’énergie consommée et n’émet que très peu de GES. Or, à cause du nucléaire (décrié) et des renouvelables (vantés), elle accapare les manchettes au détriment de ce que devrait être une PPE s’attaquant vraiment à la diminution de la part des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) qui aujourd’hui pèsent autant que l’électricité (40%). On masque une réalité peu glorieuse en présentant comme emblématiques des changements dispendieux pour le secteur électrique, qui au mieux seraient neutres s’agissant de réduire effectivement les émissions de GES.

EDF ne va pas bien et il est facile d’imputer cette contreperformance à son addiction au nucléaire, au motif que la flotte connaît actuellement une situation de moindre disponibilité et d’accroissement des coûts d’exploitation et de construction.

Ces observations sont exactes mais la vraie cause des difficultés financières vient des conditions de marché (effondré) et de concurrence (déloyale) par les énergies vertes subventionnées. À preuve, les grandes compagnies d’outre Rhin, sont logées à la même enseigne, voire bien pire, alors qu’elles n’exploitent que peu ou pas de réacteurs nucléaires.

Les promoteurs du soleil et du vent savent pourtant que c’est le nucléaire, en France, et les fossiles, en Allemagne, en accommodant, à leur détriment, les excès et les insuffisances renouvelables, qui permettent l’essor de ce business non autoportant techniquement, mais bien assis financièrement.

EDF ne joue pas le jeu

Nicolas Hulot considère qu’EDF (SA possédée à 85% par l’État) ne se saisit pas des opportunités offertes par le contexte (politique plus que technique, ce qui peut expliquer certaines réticences…) pour engager vraiment sa « transition écologique ». Autrement dit, elle ne joue pas le rôle de « moteur par l’exemple » qui lui incombe, au moins dans la logique de notre ministre d’État.

Après l’annonce d’un gigantesque plan solaire et des projets conséquents dans le stockage d’électricité, EDF juste de retour de Canossa en ramène comme pénitence de ruineux engagements dans l’éolien offshore (via sa filiale EDF EN), mais  pour éviter l’excommunication, seul l’arrêt en nombre significatif de réacteurs nucléaires sera reconnu comme une vraie contrition et l’amorce tangible d’une correction de sa « dérive ». Gageons qu’on reverra bientôt EDF à Canossa.

  1. PPE : programmation pluriannuelle de l’énergie (prévue dans la LTCEV).
  2. LTECV : loi sur la transition énergétique et la croissance verte (07 2015).