Réflexion sur la phobie automobile contemporaine

Pourquoi ce qui était encore il y a vingt ans un symbole d’autonomie et de liberté, est-il subitement devenu indésirable ?

Par Bruno Spagnoli.

En ces temps de mise en place de l’absurde limitation à 80 km/h, mesure concentrant à elle seule pseudo-science biaisée, incompétence technocratique, lobbying éhonté de quelques parasites « associatifs » subventionnés et enfin, last but no least, besoin impérieux de cash de la part d’un État aux poches percées, il est intéressant de prendre un peu de recul et d’essayer de comprendre la source première du problème. Le 80 km/h n’est en effet qu’un des nombreux aspects d’une « phobie automobile » complètement irrationnelle.

C’est d’autant plus étrange que jusqu’à une époque relativement récente, l’automobile était synonyme de progrès économique et social. Elle l’est d’ailleurs toujours dans nombre de pays. Alors pourquoi ce qui était encore il y a vingt ans un symbole d’autonomie et de liberté, est-il subitement devenu indésirable ?

L’automobile indésirable

Si l’on examine la rhétorique servie à longueur de médias et de discours politiques (c’est à peu près la même chose), on peut dégager deux grands axes d’attaque : l’écologie et la sécurité. Ces derniers n’ont d’ailleurs rien de spécifique, on les retrouve partout ailleurs dès lors qu’il faut justifier, soit de nouvelles taxes, soit de nouvelles restrictions de liberté. Or, si l’on y regarde de près, ces deux axes sont clairement des leurres.

Concernant l’écologie, il est curieux de constater que les attaques fiscales et réglementaires (sous forme de malus, taxes, normes anti-pollution tellement irréalistes que les constructeurs doivent tricher, contrôle technique, etc) se concentrent presque exclusivement sur les « voitures de tourisme », pour reprendre la terminologie officielle. Tous les autres consommateurs de carburant, à savoir le transport maritime ou aérien, les camions, les utilitaires, les industries, le chauffage, l’agriculture, etc., sont nettement mieux lotis, voire favorisés (kérozène ou fuel détaxé, exonérations de TVS, normes de pollution bien plus laxistes voire inexistantes, etc).

Or, toutes ces activités représentent une consommation d’énergie et une pollution bien plus importantes que les automobiles particulières, qui ne représentaient en France en 2013, que, respectivement, 8 à 10 % des émissions de particules, 16 % du CO2, et 23 % des NOx. Au niveau mondial, rien que les 15 plus gros cargos pollueraient autant que… la totalité des automobiles sur Terre ! Sans entrer dans un débat sur ce qui constitue une pollution acceptable, il semble donc y avoir deux poids deux mesures entre l’automobile « de tourisme » et le reste, pour laquelle l’exigence de vertu écologique est mystérieusement beaucoup plus drastique, malgré sa contribution minoritaire à la pollution.

Des mesures inefficaces et injustes

Par ailleurs, les mesures prises sont pour la plupart inefficaces et injustes. Par exemple il est absurde d’infliger un malus à un véhicule sur la base de ses rejets par kilomètre parcouru alors que le nombre de kilomètres parcouru est inconnu. Un 4×4 de loisir roulant le week-end sur des chemins polluera bien moins qu’une Clio utilisée tous les jours. Et ne parlons pas des véhicules électriques, lourdement favorisés fiscalement, et pourtant tout aussi polluants sur l’ensemble du cycle de vie.

Concernant la sécurité, on retrouve le même genre d’incohérence. Ramenée au nombre de kilomètres parcourus, la mortalité routière n’a jamais été aussi faible et ne cesse de diminuer depuis 45 ans, bien avant les radars et le tout-répressif. Celle-ci a tellement baissé que désormais,  les accidents de la route tuent environ quatre fois moins que les accidents domestiques. Ou encore trois fois moins que les suicides. Ou encore deux fois moins que… les radiations ! Et pourtant, on en fait perpétuellement une grande cause prioritaire. Où est la logique ?

Par ailleurs, comme pour l’écologie, les mesures prises sont tout aussi inefficaces et injustes. Les assureurs savent bien, car leur rentabilité en dépend, que les accidents sont surtout le fait d’un petit nombre de conducteurs « à risque », ce qui justifie le système de bonus-malus et peut même entraîner le refus d’assurance pour un conducteur qui cumulerait trop de sinistres. Statistiquement, il y a bel et bien des « bons » et des « mauvais » conducteurs : le risque d’accident est très inégalement distribué.

On s’acharne sur les conducteurs sans histoire

La logique voudrait donc que l’on se concentre sur les conducteurs à risque, par un mix intelligent de pédagogie, de remise à niveau, de répression des comportements réellement dangereux, et qu’on fiche la paix aux autres. Or, on fait exactement le contraire : on s’acharne sur UN paramètre isolé (la vitesse), de manière aveugle, sans liberté d’appréciation ou de contextualisation de la part des forces de l’ordre, pour sanctionner 99 % de conducteurs sans histoire, sur des tronçons ou des situations sans aucun risque, dans un contexte de limitations absurdement basses dans la majorité des cas.

C’est d’autant plus grotesque que dans la plupart des autres domaines exempts d’idéologie (par exemple l’aviation), on raisonne complètement à l’inverse : au lieu d’imposer des règles pénalisantes pour la majorité et de faire du contrôle-sanction stupide et aveugle, on se concentre sur la formation (exigeante), le matériel, les infrastructures, mais aussi le retour d’expérience et une vraie analyse des accidents (contrairement aux accidents de la route pour lesquels les gendarmes ont pour consigne de cocher la case « vitesse » lorsque les causes sont inconnues). Inutile de dire que le résultat n’a rien à voir en termes d’efficacité et d’acceptation.

Pourquoi alors un tel acharnement contre la voiture ? Parce que la véritable raison, comme à chaque fois que l’on constate ce type d’incongruité, n’est pas celle annoncée. L’écologie ou la sécurité sont évidemment des leurres, bien commodes car politiquement corrects.

La réduction des libertés individuelles

Nous assistons en réalité à un phénomène général, dont l’automobile n’est qu’un aspect : la réduction croissante et irréversible des libertés individuelles. En étendant sans cesse les contrôles, les sanctions, les taxes et les normes administratives, on transforme en faveur révocable à tout moment ce qui devrait normalement être un droit fondamental : celui de se déplacer librement par le moyen de son choix.

La voie publique n’est plus un lieu de libre circulation, mais un espace dont on vous concède unilatéralement un bail temporaire, de plus en plus coûteux, sous conditions de plus en plus drastiques. Dans une société où l’État grossit chaque jour, où il devient progressivement l’intermédiaire et le chef d’orchestre de tous les flux et de tous les échanges, l’automobile privée et ses déplacements incontrôlés font figure d’anachronisme, au même titre que l’argent liquide, le secret des correspondances ou la liberté médicale.

Il semble donc logique que l’automobile, instrument se rattachant directement à la plus importante des libertés, celle de déplacement, soit particulièrement attaquée. Grâce au renfort des idiots utiles détestant la liberté des autres, mais se donnant une légitimité par des arguments écolo-sécuritaires, un boulevard s’est ouvert pour nos dirigeants : il faut désormais faire sentir à tout automobiliste que sa présence n’est que tolérée, et que ses jours sont comptés.

Dégoûter les conducteurs

On en voit particulièrement les symptômes dans cette manie consistant à parsemer la voie publique de toutes sortes d’obstacles à la circulation. Ces derniers (chicanes, ralentisseurs, réductions de voies, sens uniques, voies piétonnes, feux tricolores en surnombre et mal synchronisés, etc) ne visent bien évidemment pas à rationaliser ou améliorer la circulation, ni à réduire la pollution ou les nuisances, mais très précisément à faire le contraire. Il s’agit d’une part de dégoûter un maximum de conducteurs, et d’autre part de pouvoir imputer encore plus de maux à l’automobile. En effet, si l’on transforme la voie publique en un insupportable chaos généralisé, à l’instar de Paris, cela permet de taper encore plus sur cette dernière.

Que vous soyez automobiliste ou non, ne vous y trompez pas : sous couvert d’écologie vertueuse et de pseudo-compassion surjouée pour les victimes de la route, les attaques contre l’automobile ne sont qu’une composante d’une idéologie destructrice bien plus large quant à ses intentions.

Il s’agit avant tout de détruire progressivement toute velléité d’indépendance et de responsabilité personnelle, condition sine qua non à la mise en place du « meilleur des mondes » dont rêve depuis longtemps une certaine élite. Le renoncement imposé à une mobilité individuelle libre s’inscrit dans un schéma plus général de renoncements à la liberté dans tous les domaines, au profit d’un État omnipotent prétendant faire votre bien à votre place.