Youpi, la lutte contre le cash progresse dans la joie et la technologie

Youpi ! J’apprends une information rafraîchissante et pleine de peps : le plafond du paiement par carte bancaire à puce sans contact, jusqu’à présent limité à 20 euros, va passer à 30 euros lors du renouvellement de la carte dans les prochaines années. C’est vraiment une nouvelle technoïde à la fois kewl, jeune, fraîche, à la mode et surtout extrêmement rassurante sur l’avenir numérique de la monnaie.

Qu’y a-t-il en effet de plus rassurant de savoir qu’inexorablement, l’État s’insinue partout dans notre vie et notamment dans toutes les transactions monétaires que nous formons avec notre environnement ? Après tout, l’État a déjà amplement démontré tous les bienfaits que ses interventions apportent, tant en matière d’urbanisme, de société, de santé, d’éducation ou même de démocratie à coup de bombes guidées au laser que son extension au domaine des transactions monétaires numériques laisse présager du meilleur.

Dans ce cadre, cette augmentation du plafond de paiement sans contact tombe à pic : ce dernier devant progressivement remplacer le paiement des petits montants, on comprend que l’idée générale vise à la disparition du porte-monnaie traditionnel, et le retrait progressif des encombrantes petites pièces et des enquiquinants petits et gros billets de banque que les autorités ont tant de mal à tracer avec soin.

En effet, pour l’État, il importe toujours plus de pister l’intégralité des transactions monétaires, pour enfin savoir où passe chaque euro qui est échangé. N’oubliez pas, en effet, qu’en définitive, absolument rien ne vous appartient. L’État vous concède simplement une propriété temporaire de vos biens et des services qui vous sont rendus. Car l’État veut votre bien, tout votre bien et il entend en ponctionner une partie d’autant plus grande qu’il sait qu’il aura toujours un petit manque-à-gagner.

Pour cela, la lutte contre le paiement en liquide est primordiale, et chaque mois qui passe voit son lot, discret mais cohérent, de petites modifications dans le statu quo pour aboutir à la situation rêvée pour l’État, à savoir un contrôle total.

On se souvient sans mal de la décision récente de retirer le billet de 500 euros qui entre complètement dans cette tendance. À l’époque, la Banque Centrale Européenne avait lourdement insisté sur le fait que non, non, cette mesure ne vise pas à faire disparaître le cash, mais seulement à lutter contre les méchants qui abusent des gros billets. Ouf, nous fûmes rassurés.

En février 2016, on découvrait stupéfait, toujours à ce sujet, que l’Allemagne — dont les citoyens sont pourtant très attachés aux billets — poussait l’Europe à se doter d’un plafond pour les dépenses autorisées en liquide. Encore une fois, il s’agissait de — je vous le donne en mille, ou plutôt en 2×500 tant qu’on le peut encore — lutter contre les méchants qui ne font rien qu’à acheter des choses très chères avec plein de billets sortis d’on ne sait où.

Pour rappel, la France avait, par la main de Sapin (l’excuse bouffie qui sert actuellement de ministre de l’absence d’Économies et du Trou à Finances français) largement revu ce plafond, déjà fort bas puisque situé à 3000 euros, en le fixant à 1000 euros pendant l’été 2015, la torpeur estivale étant toujours propice aux petites saloperies crapuleuses de politiciens hontectomisés jeunes. Là encore, il s’agissait pour le conifère fiscal de lutter contre les méchants qui font rien qu’à planifier des attentats terroristes avec des billets de 500 euros.

Il y a quelques jours enfin, c’est une nouvelle idée en provenance directe d’une des directions de la Commission européenne, pour le moment au stade préparatoire, qui continue les petits pas guillerets vers l’interdiction pure et simple de tout argent liquide.

À chaque fois, on nous ressort sans sourciller la même rengaine utilisant le levier grotesque de la lutte contre le crime, ce dernier utilisant le liquide pour ses transactions, comme si l’achat de Kalachnikovs, du matériel nécessaire pour la fabrication de TATP ou de résine de cannabis se faisait majoritairement en billets de 500 euros. Le plus beau reste que cette lamentable parodie d’excuse semble fonctionner auprès des scribouillards qui tentent honteusement de se faire passer pour des journalistes et ne remettent jamais en question l’explication officielle fournie toute prête par les autorités.

Bien évidemment, aux excuses de lutte contre le banditisme s’ajoutent celles, plus classiques, de la lutte contre la méchante fraude. Au moins cette explication semble-t-elle plus crédible que la précédente, notamment concernant la fraude aux encaissements qui serait, selon nos fins experts fiscalistes, pratiquée à tours de bras par les commerçants : soit ces derniers n’enregistreraient pas toutes les transactions avec leur caisse enregistreuse, soit cette caisse est truquée, soit leur comptabilité, pourtant informatisée, contient d’intéressants algorithmes pour amoindrir les déclarations. Salauds d’algorithmes ! Quand on vous dit qu’ils sont partout !

La riposte étatique ne tarde évidemment pas. Petit-à-petit se mettent en place des caisses enregistreuses dites « intelligentes » pour autant qu’un procédé pensé par des officines étatiques puisse approcher, même de loin, ce concept. En Belgique, le déploiement de ces caisses a commencé. Sans surprise, les commerçants et les artisans renâclent et des milliers ont déjà subi les foudres de l’administration (qui, pour rappel, vit pourtant du travail de ceux qu’elle persécute ainsi).

Rassurez-vous : en France, c’est pour bientôt puisque l’obligation de disposer de logiciels agréés et de caisses « intelligentes » est prévue pour le premier janvier 2018.

Au passage, si les experts ont probablement raison en expliquant que beaucoup de commerçants pratiquent ainsi « l’encaissement discret », peu se risquent à essayer de comprendre pourquoi tant d’individus y ont recours. Pourtant, ils devraient. Certes, l’exercice promet quelques douleurs cérébrales et la découverte, pour certains sicaires du fisc, d’un monde qu’ils ne soupçonnaient pas, mais surtout, cela leur permettrait de comprendre que le liquide et les facilités qu’il offre sont une véritable soupape de sécurité pour un pays face à une fiscalité galopante.

Difficile d’oublier que si les encaissements « au noir » sont illégaux, ils permettent aussi, très souvent, de salarier un ou plusieurs individus. Oh, que c’est vilain, ces personnes employées au noir ! Sauf qu’à côté de cette fraude, il reste un mécanisme qui est, en lui-même, la démonstration par l’exemple du décalage existant entre ce que les gens sont prêts à travailler et du montant qu’ils veulent effectivement toucher en face, lorsqu’aucun parasitage étatique n’interfère entre celui qui emploie et celui qui est employé. Plus le travail au noir augmente dans un pays, et plus on sait qu’il y a un marché de l’emploi légal corseté, fermé, aux barrières trop élevées et qui génère donc du chômage.

Pire : en supprimant toute échappatoire, l’État croit pouvoir augmenter ses rentrées fiscales. Il va en réalité les diminuer de façon inexorable : ceux qui ne pourront plus travailler au noir ne pourront plus travailler du tout. Autrement dit, ce seront des consommateurs qui ne consommeront plus, ou nettement moins. Ce seront des individus qui, auparavant un minimum autonomes puisque capables de travailler pour assurer tout ou partie de leur existence, ne le seront plus et deviendront, directement et indirectement, une charge pour tout le reste de la société. Belle réussite.

Parallèlement, ce seront des travaux qui ne seront plus effectués, qui ne génèreront donc plus d’activité économique et donc plus d’entrées fiscales non plus. Les individus, devant l’impossibilité de dégager une partie de leurs bénéfices d’un impôt ou de taxes étouffantes, vont simplement repousser ou annuler toutes leurs dépenses inutiles ou qui peuvent l’être, modifier leurs habitudes pour tenir compte de l’absence de cette soupape.

De façon intéressante, l’Histoire nous rappelle que lorsque les pays de l’Est européen sont sortis du communisme, certains ont plutôt choisi d’appliquer une fiscalité simple et robuste avec une Flat Tax pas trop élevée et un moyen de collecte simple, au lieu d’assommer ses citoyens sous des taxes et des myriades de contrôles périphériques, voie actuellement choisie par l’Europe et plus particulièrement la France. Pour ces ex-pays communistes, l’effet bénéfique s’est immédiatement ressenti sur l’économie avec une baisse du travail au noir, une augmentation du travail déclaré, une augmentation des dépenses de consommation et, in fine, une hausse des rentrées fiscales.

Avec cette lutte permanente contre le travail au noir, on peut parier sans risque qu’on va observer le contraire : une baisse du travail tout court, de la consommation afférente, et une baisse des rentrées fiscales.

La lutte contre le cash, le rêve humide des étatistes d’un contrôle parfait de toutes les transactions monétaires et l’acharnement contre le travail au noir participent tous de la même dystopie totalitaire catastrophique.

Heureusement, réjouissez-vous : nous n’y allons qu’à petits pas.