L’homme et l’animal, de Laurent Berthod

Laurent Berthod aborde en érudit la question animale sous l’angle philosophique, mais aussi scientifique et pratique.

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L’homme et l’animal, de Laurent Berthod

Publié le 31 mai 2018
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Laurent Berthod était inactif sur son blog depuis deux années. Lassitude ? Peut-être, mais pas que ! L’ingénieur agronome à la retraite préparait un livre, finalement publié aux éditions Edilivre en février 2018. L’homme et l’animal, un essai qui tombe bien, au moment où les vidéos de l’association L214 font le buzz, avec l’appui d’une célèbre actrice en mal de causes à défendre.

Le thème de l’antispécisme avait déjà été traité avec talent et humour sur Imposteurs par Luc Marchauciel :  L’émancipation des canards sera l’œuvre des canards eux-mêmes !

Depuis, ces lubies se sont aggravées. Certes, les actes de terrorisme du Front de Libération Animale (ALF) ont démarré dans les années 1970, comme le rappelle Laurent Berthod, mais ces actes qui pouvaient passer à l’époque comme l’œuvre de quelques excentriques ont atteint en partie leur objectif. La cause est regardée avec sympathie, au point de trouver des relais à l’Assemblée nationale et parmi les intellectuels qui pèsent dans le débat public. Berthod se désole d’un manifeste signé en 2013, réclamant que les animaux soient reconnus par le Code civil comme des êtres vivants et sensibles… Ces intellectuels n’ont manifestement pas vraiment réfléchi aux implications pratiques d’une telle mesure.

Les contradictions de la cause animale

Laurent Berthod aborde en érudit la question animale sous l’angle philosophique, mais aussi scientifique et pratique. Il montre les contradictions des partisans de la cause animale, et le fait que le refus de reconnaître en pratique une hiérarchie entre les espèces, aboutit non pas à tirer les animaux vers le haut, mais plutôt à une régression du statut de l’espèce humaine.

Et de citer le précurseur du mouvement antispéciste, Peter Singer qui « ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. ». Et de poser les questions qui fâchent : comparer l’élevage industriel à la Shoah, à la manière d’un Derrida, n’est-ce finalement banaliser la Shoah ? Nous apprenons aussi que ce genre de délire s’est manifesté jusque dans les publications de l’INRA !

Sur le plan biologique, le livre rappelle les différences très importantes entre l’homme et les primates les plus proches de lui. Sur le plan quantitatif, la proximité génétique aboutit à des différences considérables sur le plan qualitatif. L’éthologie, c’est-à-dire la science qui étudie le comportement des animaux, n’aboutit pas à réduire le fossé, et Laurent Berthod rappelle à juste titre tous les biais anthropomorphiques qui peuvent polluer l’interprétation des phénomènes observés par les éthologues.

Applications de l’antispécisme

Deux aspects abordés dans le livre m’ont particulièrement interpellé sur les conséquences possibles d’une application pratique de l’antispécisme, conséquences que je minimisais sans doute.

Tout d’abord concernant la revendication d’inscrire dans le Code civil le statut des animaux « êtres vivants et sensibles ». La protection des animaux contre les mauvais traitements existe déjà dans le Code pénal, qui réprime déjà de tels agissements. Mais Berthod souligne :

Dans le Code civil, c’est absurde. Le Code civil établit les droits qui prévalent entre les personnes dans la vie civile : mariage, filiation, propriété, héritage, échanges de biens, etc. L’animal est-il une personne ? Imagine-t-on un animal de compagnie venir au tribunal revendiquer d’être confié à tel ou tel conjoint lors d’un divorce ? Le juge entend bien un enfant s’il l’estime utile, comment entendre un chien ou un chat ? Et comment juger de l’intérêt d’un animal d’élevage ou de compagnie dans sa vente d’un propriétaire à un autre ?

Sur la prétention des défenseurs de la cause animale à réformer l’élevage, on mesure à quel point le biais anthropomorphique pèse sur leurs visions des bonnes pratiques. Par exemple, en résumé pour eux, si enfermer un homme dans une cage est inhumain, alors, enfermer une poule dans une cage serait inanimal ?

Pourtant, selon les résultats d’expériences scientifiques, il est loin d’être avéré que les alternatives aux élevages en cage traditionnelle améliorent le bien-être des volatiles. Réflexion de notre ami Berthod :

Est-il possible à l’être humain que nous sommes de nous mettre à la place d’une poule que nous ne sommes pas, et d’imaginer ce que nous préférerions : pouvoir prendre les bains de poussière commandés par notre instinct et nous faire déchiqueter plus souvent, éventuellement jusqu’à la mort, par les coups de becs de nos congénères, ou l’inverse ? Bien malin qui peut se mettre à la place d’une poule et répondre à une telle question !

Pour inciter nos lecteurs à acheter le livre, nous nous arrêterons là. Ils ont encore plein de choses intéressantes à découvrir. Bonne lecture !

Laurent Berthod, L’homme et l’animal, Edilivre, 2018. 

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  • « Pourtant, selon les résultats d’expériences scientifiques, il est loin d’être avéré que les alternatives aux élevages en cage traditionnelle améliorent le bien-être des volatils. »
    Assurément…
    D’ailleurs c’est pas compliqué… Si vous posez la question à un humain, s’il préfère vivre dans une prison de 5 m2 ou dans une propriété de 300 m2 avec un parc d’un hectare mais avec le risque de se faire cambrioler… Vous le verrez froncer les sourcis, se gratter la tête, réfléchir longuement pour finir par vous avouer qu’il n’en sait fichtrement rien !

    • « mais avec le risque de se faire cambrioler »
      Vous réduisez les possibles risques de l’autre terme de la proposition pour ridiculiser la comparaison. Petite manipulation…
      Il aurait plus adéquat de dire:
      … vivre dans une prison de 5 m2, nourri, soigné et protégé de l’agression de vos congénères… …un parc d’un hectare mais avec le risque de se faire régulièrement tabasser et/ou priver de nourriture par les autres habitants de la propriété, de voir votre progéniture (œufs ou poulets) finir à la casserole. Tout cela pendant de nombreuses année pour finir systématiquement vous-même dans la même casserole (qui aurait été utilisée si vous aviez vécu dans vos 5 m²)…
      Devant l’absence totale de possibilité d’évasion, je ne suis pas sûr de ce que la plupart choisirait.

      • Dans le genre, et conformément à la doctrine du site, vous auriez quand même pu faire l’effort de nous sortir un petit couplet sur la pression fiscale s’abattant sur le pauvre propriétaire foncier, l’ingérence des pouvoirs publics qui l’empêche de louer son bien en zone tenue via Airbnb, et les frais de mutation/succession qui viennent écorner d’autant plus un bien durement acquis…

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