L’homme et l’animal, de Laurent Berthod

Laurent Berthod aborde, en érudit, la question animale sous l’angle philosophique, mais aussi scientifique et « pratique ».

Par Anton Suwalki.

Laurent Berthod était inactif sur son blog depuis 2 ans. Lassitude ? Peut-être, mais pas que ! L’ingénieur agronome à la retraite préparait un livre, finalement publié aux éditions Edilivre en février 2018. L’homme et l’animal, un essai qui tombe bien, au moment où les vidéos de l’association L214 font le buzz, avec l’appui d’une célèbre actrice en mal de causes à défendre.

Le thème de l’antispécisme avait déjà été traité avec talent et humour sur Imposteurs par Luc Marchauciel :  L’émancipation des canards sera l’œuvre des canards eux-mêmes !

Depuis, ces lubies se sont aggravées. Certes, les actes de terrorisme du « Front de Libération Animale » (ALF) ont démarré dans les années 1970, comme le rappelle Laurent, mais ces actes qui pouvaient passer à l’époque comme l’œuvre de quelques excentriques ont atteint en partie leur objectif. La cause est regardée avec sympathie, au point de trouver des relais à l’Assemblée nationale, et parmi les intellectuels qui pèsent dans le débat public. Laurent se désole d’ un manifeste signé en 2013, réclamant que les animaux soient reconnus par le Code civil comme des êtres « vivants et sensibles »… Des intellectuels, qui n’ont manifestement pas vraiment réfléchi aux implications pratiques d’une telle mesure.

Les contradictions de la cause animale

Laurent aborde, en érudit, la question animale sous l’angle philosophique, mais aussi scientifique et pratique. Il montre les contradictions des partisans de la cause animale, et le fait que le refus de reconnaître en pratique une hiérarchie entre les espèces, aboutit non pas à tirer les animaux « vers le haut », mais plutôt à une régression du statut de l’espèce humaine.

Et de citer le précurseur du mouvement antispéciste, Peter Singer « [qui] ne pense pas que tuer un nouveau-né soit jamais équivalent à tuer une personne. ». Et de poser les questions qui fâchent : comparer l’élevage industriel à la Shoah, à la manière d’un Derrida, n’est-ce finalement banaliser la Shoah ? Nous apprenons aussi que ce genre de délire s’est manifesté jusque dans les publications de l’INRA !

Sur le plan biologique, le livre rappelle les différences très importantes entre l’homme et les primates les plus proches de lui. La proximité génétique, sur le plan quantitatif, aboutit à des différences considérables sur le plan qualitatif. L’éthologie, c’est-à-dire la science qui étudie le comportement des animaux, n’aboutit pas à réduire le fossé, et Laurent rappelle à juste titre tous les biais anthropomorphiques qui peuvent polluer l’interprétation des phénomènes observés par les éthologues.

Applications de l’antispécisme

Deux aspects abordés dans le livre m’ont particulièrement interpellé sur les conséquences possibles d’une application pratique de l’antispécisme, conséquences que je minimisais sans doute :

  • Tout d’abord concernant la revendication d’inscrire dans le Code civil le statut des animaux « êtres vivants et sensibles ». La protection des animaux contre les mauvais traitements existe déjà dans le Code pénal, qui réprime déjà de tels agissements. Mais « Dans le Code civil, c’est absurde. Le Code civil établit les droits qui prévalent entre les personnes dans la vie civile : mariage, filiation, propriété, héritage, échanges de biens, etc. L’animal est-il une personne ? Imagine-t-on un animal de compagnie venir au tribunal revendiquer d’être confié à tel ou tel conjoint lors d’un divorce ? Le juge entend bien un enfant s’il l’estime utile, comment entendre un chien ou un chat ? Et comment juger de l’intérêt d’un animal d’élevage ou de compagnie dans sa vente d’un propriétaire à un autre ? »
  • Sur la prétention des défenseurs de la cause animale à réformer l’élevage, on mesure à quel point le biais anthropomorphique pèse sur leurs visions des bonnes pratiques. Par exemple, en résumé pour eux, si enfermer un homme dans une cage est inhumain, alors, enfermer une poule dans une cage est… « inanimal » ?

Pourtant, selon les résultats d’expériences scientifiques, il est loin d’être avéré que les alternatives aux élevages en cage traditionnelle améliorent le bien-être des volatils. Réflexion de notre ami Berthod :

Est-il possible à l’être humain que nous sommes de nous mettre à la place d’une poule que nous ne sommes pas, et d’imaginer ce que nous préférerions : pouvoir prendre les bains de poussière commandés par notre instinct et nous faire déchiqueter plus souvent, éventuellement jusqu’à la mort, par les coups de becs de nos congénères, ou l’inverse ? Bien malin qui peut se mettre à la place d’une poule et répondre à une telle question !

Pour inciter nos lecteurs à acheter le livre, nous nous arrêterons-là. Ils ont encore plein de choses intéressantes à découvrir. Bonne lecture !

Laurent Berthod, L’homme et l’animal, Edilivre, 2018. 

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