SNCF : de bien coûteuses erreurs

Finalement, la grève à la SNCF pourrait durer nettement plus longtemps que prévu. Les dindons de la farce tragique qui se joue actuellement seront, quoi qu'il en soit, toujours les mêmes : les contribuables.
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SNCF : de bien coûteuses erreurs

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 mai 2018
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L’erreur est à la fois humaine et facile à commettre. Elle le semble d’autant plus lorsqu’elle l’est par des gens haut placés, et que cela aura des répercussions coûteuses pour tous.

Pour illustrer mon propos, il me suffira de reprendre un exemple saillant de l’actualité somme toute très calme de ce mois de mai louchement pépère, avec l’inénarrable SNCF qui nous offre quasiment tous les jours de bonnes raisons de rire et de pleurer.

Ainsi, on apprend avec un degré d’étonnement relativement bas que les choses ne se dérouleront pas tout à fait comme prévu. On se souvient en effet des dernières saillies de Guillaume Pépy qui, il y a moins de deux semaines, nous annonçait crânement avoir une solide confiance dans son personnel : pour lui, aucun doute possible, même si ces joyeux salariés ont le goût de la gréviculture solidement chevillé au corps, il n’était pas question que ce goût peu modéré pour les saucisses grillées sur le temps de travail aboutisse à saboter les projets des Français au-delà du mois de juin.

Selon notre brave Pépy,

Il n’y aura pas de grève cet été car les cheminots sont des gens responsables. (…) Personne n’admettrait qu’un jeune qui se présente à un examen le rate parce qu’il est arrivé en retard

Las, comme je le disais en introduction, l’erreur est humaine et Pépy est, bien qu’énarque, résolument humain : comme je le soupçonnais dès le 23 avril dernier, le gang des syndicalistes du rail n’entend pas se laisser ramener aussi facilement à la raison et à la responsabilité : selon ce qui se murmure de plus en plus dans les milieux informés que nos médias fréquentent assidûment, gros micro mou à bout de bras, les cheminots pourraient bien prolonger leur mobilisation jusqu’à la fin du mois de juillet.

Eh oui, la grève va finalement durer plus longtemps que prévu, et enfoncer mollement la société nationale ferroviaire dans un conflit dont tout laisse maintenant à penser qu’il va pourrir jusqu’en août, mois auquel tout ce petit monde festif passera d’une odeur de merguez grillée à une odeur d’huile solaire surchauffée. Avec un peu de bol, les petites revendications des forçats du rail seront plus ou moins oubliées en septembre et d’ici là, les Français se seront largement habitués à se passer définitivement du train (« ♫ SNCF : à nous de vous faire préférer la voiture ♬ »).

Reste néanmoins la délicate période avant ces vacances méritées : les bravades inconséquentes de Pépy, loin de ramener les syndicalistes à leur mission de service public, semblent leur avoir donné de nouvelles envies de saboter consciencieusement les vacances des uns et la scolarité des autres.

D’ici juillet et compte tenu de ce qu’on peut voir actuellement, on pourra en tout cas assez difficilement miser sur une résolution pacifique du conflit : les négociations entre les syndicats et le gouvernement sont au point mort, le président Macron n’ayant plus aucune marge de manoeuvre après avoir abandonné toute réforme de fond. Reste l’abandon du statut, seulement pour les nouveaux entrants, le passage de la SNCF en Société Anonyme (mais toujours totalement sous direction étatique) et l’ouverture à la concurrence, non négociable puisqu’imposée par les traités européens.

L’idée de demander à cette future S.A. de réaliser sinon des profits, au moins des budgets équilibrés n’effleure personne ; la socialisation des pertes étant toujours en vogue dans ce pays, privatiser ce qui peut l’être pour éponger une partie de la dette colossale de l’entreprise n’intéresse pas plus de monde ; virer ceux des syndicalistes qui intimident ou forcent leurs opinions et piquets de grèves sur leurs collègues non-grévistes n’est pas non plus dans les cartons, l’ajustice française continuant à s’installer ; du reste, on pourra en mesurer l’étendue lorsqu’il s’agira de juger du paiement ou non des jours de repos entre deux grèves. Soyez confiant, d’autant plus que l’argent sortira de votre poche et non de celles des juges.

Bref, la réformette pousse doucement, et ses premiers fruits sont déjà visibles : l’entreprise ferroviaire aura un excellent retour d’expérience sur ses méthodes de prévision du trafic, globalement calamiteuses.

Outre l’évident manque-à-gagner de ces jours de grève pour l’entreprise nationale et qui se compte déjà en dizaine de millions d’euros par jour chômé, l’impact économique de ces tristes pitreries se ressentira de nombreux mois, voire de nombreuses années encore : tous les touristes qui verront compromises, annulées ou complètement fichues leurs allées et venues dans le pays risquent de conserver un souvenir mitigé du pays et leurs dépenses futures ne seront probablement pas pour la France. Les entreprises qui dépendent étroitement du fret ou des compétences de salariés, devenus intermittents à la suite de ces grèves, encaisseront surtout des déconvenues. Les étudiants qui échoueront à leurs examens, n’ayant pu les passer, n’iront qu’assez peu probablement grossir les rangs des usagers satisfaits et des futurs soutiens à ces gréviculteurs compulsifs… Certains s’étonnent parfois du mal que la SNCF éprouve à recruter chez elle : avec une telle publicité auprès des jeunes générations, on ne se demande pas longtemps pourquoi.

Enfin, les syndicats manœuvrent déjà pour s’accaparer la petite cagnotte Leetchi d’un million d’euros récoltée auprès des partisans des grévistes, ce qui promet une ambiance pulsée dans les mois qui viennent.

Guillaume PepyBref, on le comprend : Pépy, en misant ainsi sur la responsabilité des grévistes, a commis une bien lourde erreur, qui vient s’ajouter à celles, fort nombreuses, qui jonchent sa carrière.

Au passage, il serait probablement injuste de ne charger que le pauvre énarque alors que les responsables gouvernementaux, depuis des décennies, se sont tous montrés en dessous de tout : depuis Juppé, consternante carpette sur laquelle se seront essuyées toutes les organisations syndicales en 1995, jusqu’à Philippe qui, après avoir lâché sur les petites lignes et la grande progressivité de l’ouverture à la concurrence, commence déjà à évoquer une reprise de la dette par l’État, en passant par tous les politicards inconséquents qui ont pondu de la ligne TVG ou LGV comme d’autres des voiturettes électriques, ruinant l’entreprise et le contribuable, rien n’a jamais été fait pour mettre les acteurs de la société ferroviaire devant leurs responsabilités, leur devoir de service public et la nécessité de s’adapter à un XXIème siècle décidément bien entamé.

Bref, la dernière erreur en date de Pépy vient s’ajouter à toutes celles qui ont permis d’aboutir à la situation qu’on connait, où le rail français n’est plus qu’un gouffre financier, aux performances sociales, commerciales et technologiques de plus en plus médiocres…

Oui, l’erreur est humaine mais pour une vraie catastrophe, il faut impliquer l’État.
—-
Sur le web

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  • Et ce sont les mêmes grêvistes et autres incapapables de la fonction publique qui parlent de patriotisme économique………….

  • la majorité des dirigeants de la SNCF sortent de L’ENA et nommé par leur pair ,aucune responsabilité pénal et financière bien entendu.!!! c’est avec nos impôts …quand à mettre là SNCF en concurrence …vous avez déjà vu 2 trains qui partent en même temps pour la même destination…!!!!

  • il y a de quoi se bidonner quand on entend certains dirigeant parler  » de la grandeur de la France …. »quel merdier ce pays…..

  • La seule solution correcte est de fermer définitivement la SNCF et de tout mettre en vente

  • l’inénarrable SNCF qui nous offre quasiment tous les jours de bonnes raisons de rire JAUNE… lorsqu’il faudra éponger le sinistre.

  • La seule action gouvernementale correcte dans ce conflit est de n’avoir entrainé d’autres transporteurs comme RATP et routiers.

    • Ca tombe bien, les seuls concurrent qui voudrait reprendre le rail sont la DeutchBahn et la RATP… Lol pour indication la Deutch ont des statuts plus avantageux que la SNCF.

  • La seule bonne chose dans cette affaire (qui ruine cependant pas mal d’hôteliers, de restaurateurs, de tous ces commerces qui vivent des touristes et voyageurs (et ça fait un paquet de gens), c’est que nous avons là probablement la dernière grève majeure de notre pays. Ils n’obtiendrons rien et seront désormais en concurrence !

    • Ils n’obtiendront rien, mais la convention collective qui s’appliquera à eux et à leurs concurrents garantira que l’usager n’aura rien obtenu non plus.

  • Le train n’est un moyen de transport efficace que si il est parfait…Arrivée à l’heure (prévisible), desserte proche, ponctualité, fréquence…Tout ça la SNCF ne sait plus faire…Supprimons la SNCF, envoyons toute sa ferraille à la fonte, et utilisons ses voies pour du transport de fret en trains de camions sur sites dédiés pour les marchandises et en bus pour les passagers

    • Combien de bus pour remplacer un TGV ?

      • 6 heures mais peu d’attente pour embarquer contre deux jours et demi…

      • Question inepte…Le TGV est incapable de vous déposer à votre porte ou même dans votre quartier…Le bus si…Le train de camion (un tracteur routier peut tirer 6 remorques de 40 tonnes) peut être éclaté en quelques minutes pour des livraisons sur sites différenciés, sans déchargement…Qui sait ce qu’est un « dolly »?

  • Pour les entreprises on peut espérer qu’elles ne seront pas trop impactées – elles sont certainement au courant que quand on dépend fortement du transport de marchandises et qu’on a besoin du train passer par exemple par la DB ou ses filiales est beaucoup plus sûr.

  • En France nous avons la S.N.C.F avec 50 milliards de dettes, plus les millions qu’elle pert tous les jours avec les grèves, renflouée par les contribuables.
    Outre Atlantique, Gibson, fabriquant de guitares, dépose le bilan avec une ardoise de 375 millions de dollars, sur une de ses branches (le rachat d’une branche de Philips). Bilan déposé le 1er mai, Plan de continuation d’activité déjà sur pied avec l’accord des créanciers qui ont approuvé le plan de restructuration.
    « Ce processus sera pratiquement invisible pour les clients, qui pourront continuer à bénéficier de produits et d’un service clients sans égal », a commenté Henry Juszkiewicz, PDG de Gibson Brands »
    Le PDG de Gibson n’est pourtant pas énarque, comme l’est G. Pepy. Il n’est pas non plus dans les petits papiers du gouvernement américain, puisqu’une de ses agences fédérales (Le U.S. Fish and Wildlife Service), en 2009, et en 2011, a fait un raid dans les locaux de Gibson pour donner un « day off » aux employés. « Raid » parce que les agents étaient étaient plusieurs dizaines, et qu’ils étaient armés, et qu’ils ont dit aux employés qu’il risquaient de faire de la prison. Evidemment, iln ‘est pas question de « day off », les fédéraux ont investi les entrepôts pour trouver du bois provenant d’Inde.
    « https://www.challenges.fr/economie/le-fabricant-de-guitares-gibson-est-en-faillite_584551 »
    « https://www.youtube.com/watch?v=JExaZHOfxfY »
    C’est quand même mieux d’être copain avec les chefs.

  • Supprimer la SNCF, vendre à la « récure » tout son matériel (y compris le foireux), et laisser des entreprises privées organiser les transports ferroviaires passagers et fret, c’est la seule solution pour en finir avec ce service public coûteux et médiocre. Chez nos voisins, depuis plusieurs années, ce sont des privés qui les gèrent et cela fonctionne très bien ! Pourquoi serait-ce impossible chez nous ?
    Si nos politiques se déculottent devant la SNCF, la concurrence internationale se chargera de l’anéantir. Cela risque d’être plus radical… mais se révélera être une excellente chose !

  • La piste a été montrée par Air France : limoger Pepy, et ne pas le remplacer. Si ça ne suffit pas, pareil avec la ministre.

  • L’intox Macronienne consiste à montrer du doigt les agents SNCF comme s’ils étaient responsables de la dette ce qui est FAUX. Celle –ci historiquement à commencé en 1938. Les compagnies privées économiquement asphyxiées, sont nationalisées. Leur déficit cumulé est alors de 37 milliards de francs confrontées à la concurrence de la route ( déjà). Les compagnies du nord et de l’est ont souffert des destructions de la première guerre mondiale. Leur nationalisation est un sauvetage. (Nécessaire, indispensable, à l’aménagement du territoire)… En 1991 . Service annexe ni vue ni connue joliment qualifié « d’objet financier non identifié »par Hervé Mariton , alors député de la Drôme, le service annexe d’amortissement de la dette ( SAAD) a permis de loger à sa création, en 1991, 38 milliards de francs, soit 57 milliards d’€ de dette de la SNCF sans qu’ils apparaissent ni dans les comptes de l’État ni dans ceux de la SNCF ; Une forme singulière du ni ni mitterrandien. Commode pour que l’entreprise ne présente pas des comptes trop dégradés et que le pays se prépare à se conformer aux critères de Maastricht de 1992. A la création de RFF en 1997 le SAAD va recevoir 4,3 milliards d’€ de la dette de la SNCF en plus , puis 0,6 deux ans plus tard. La formule a couru jusqu’en 2007 date de suppression à la demande de Bruxelles de ce numéro de prestidigitation financière… La suite c’est la volonté de l’État de développer le réseau à grande vitesse.
    Et récemment Hollande , puis Macron ont obligé la SNCF à acheter de nouvelles rames TGV dont elle n’a pas besoin !

    • « 38 milliards de francs, soit 57 milliards d’€ » … Et la virgule ?
      Ben voilà ! Depuis 1991, la SNCF a exactement multiplié par 10 cette dette grâce à ses déficits récurrents. Les cheminots ont oublié de dénoncer ces déficits payés par le contribuable pour conserver leur statut, leur poste, leur retraite, etc. Si encore en échange ils faisaient arriver les trains à l’heure et évitaient les grèves politiques, on pourrait discuter et chercher ensemble des solutions. Mais là, plus tôt cessera le racket du contribuable, mieux ce sera.

  • Il faut détruire l’ENA.
    Caton l’avait dit : « delenda est ENA ».

  • Cher H16
    Je vous invite à vous intéresser à l’ANTS, nouveau Titanic de l’excellence française en matière de choc de simplification.
    Mes sources parlent de 500 000 permis de conduire et autant de cartes grises qui manquent à l’appel.
    Si l’ANTS était une entreprise, des dirigeants seraient déjà en garde à vue…
    PS : que sont devenus tous les personnels des préfectures chargés précédemment du traitement manuel ? Placardisés ? RTTisés ?
    Très cordialement
    Un admirateur
    (de votre style)

  • à Olivier,Bonjour.. .le probléme des administrations:ils ont un budget annuel,si celui-ci n’est pas utilisé l’année suivante il est diminué. .donc aucun intérêt de faire des économie. .c’est comme çà que cela fonctionne en France…
    regarder le Bordel pour les cartes grises depuis l’instauration de la demande par informatique….sans commentaire !!!!

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