Ces prestations sociales par lesquelles l’État vous emprisonne

Une scène de la série "Le Prisonnier"-Capture d'écran Youtube -The Prisoner Fall Out "Number 1" Scene in HD

Les programmes d’État ne seront jamais des cadeaux : ils sont tous soumis à conditions. Et ce sont ces conditions qui nous lient et nous emprisonnent. 

Par Paul Cwik.
Un article de Foundation for Enconomic Education

Les prestations sociales fournies par l’État, dites « universelles »,  ne sont pas des cadeaux, mais bien des contrats.

C’est bientôt l’heure de la remise de diplômes, et bon nombre d’étudiants vont quitter leurs chères écoles pour entrer dans le monde du travail. Prenons l’exemple d’un étudiant imaginaire qu’on appellera Johnny. Ses parents lui font un cadeau pour l’obtention de son diplôme. Ils ont décidé de prendre en charge les derniers paiements de sa voiture. Quel fantastique cadeau de fin d’études ! Johnny est fou de joie, et toute la famille est ravie.

Quelques mois plus tard, Johnny vit toujours chez ses parents, mais il a un travail. Ce n’est pas extraordinaire, mais c’est un début. Un jour, sa mère lui fait remarquer que la voiture est sale et qu’elle a besoin d’être nettoyée. Hmm. Johnny acquiesce mais n’en tient pas trop compte. Plus tard, son père l’interroge sur la dernière vidange qui a été faite et suggère qu’il serait temps de la renouveler.

Quelques semaines plus tard, le voile se lève sur cette situation. Ses parents lui expliquent : « Puisque nous payons pour cette voiture, tu pourrais quand même en prendre soin ». C’est alors que Johnny réalise que ce que ses parents lui ont offert lors de l’obtention de son diplôme n’était pas vraiment un cadeau. Mais qu’il s’agissait plutôt d’un contrat.

La différence ? Un cadeau autorise celui qui le reçoit à en faire l’usage qu’il veut. Si Johnny voulait se servir de sa voiture pour faire du Stock-car, ça ne tiendrait qu’à lui. Et personne n’aurait rien à redire. Un cadeau laisse le choix à celui qui le reçoit d’en faire ce qu’il veut, car il est libre de tout engagement. Alors qu’un contrat, ça n’est pas la même chose. Un contrat implique chaque partie dans son engagement. Certains contrats sont plutôt stricts et contraignants. D’autres, comme celui de Johnny, peuvent être plus souples.

Au départ, voici le contrat de Johnny : « Nous, tes parents, prenons en charge le paiement de la voiture, et toi Johnny, tu en profites. » La clause implicite dans le contrat est que depuis que ses parents payent, ils détiennent une part du véhicule qui s’étend à son lavage, à la vidange et à tout ce qui permet de le conserver en bon état de marche.

Quand nous jetons un coup d’œil au monde occidental, nous observons que certains pays opèrent selon le même processus, quoique de manière moins évidente. Je voudrais ici en mettre deux en avant : les soins de santé universels et le revenu universel (parfois appelé revenu de base).

Deux tragédies : celles de Charlie Gard & d’Alfie Evans

Deux affaires ayant eu lieu au Royaume-Uni ont fait les gros titres internationaux. Ces affaires concernaient le meurtre de deux bébés par l’État. Ces deux jeunes enfants (Charlie est mort à 11 mois et 24 jours, et Alfie aurait fêté son deuxième anniversaire le 9 mai prochain) ont été amenés à l’hôpital car ils n’allaient pas bien. L’État dans un premier temps, a tenté de les soigner, avant d’y renoncer puis de mettre fin à leurs jours.

Les parents ont engagé des poursuites contre l’hôpital, représentant du système de Santé. La cour trancha en défaveur des parents, leur déniant le droit de décider pour leur propre enfant, l’État ayant une légitimité supérieure. Ces décisions ont été prises en dépit des faits suivants : (1) L’Italie a accordé la citoyenneté italienne à Alfie, (2) le Vatican a délivré des passeports, (3) le Pape a mis à disposition des moyens de transport et (4) l’Italie et le Vatican auraient assumé la responsabilité du traitement des enfants.

Des fonds ayant été recueillis, ces enfants ne pouvaient plus être considérés comme des fardeaux pour le système de santé britannique. Aucun de ces arguments n’avait d’importance. Le tribunal a non seulement ordonné qu’il soit mis fin au maintien de leurs fonctions vitales mais également de leur alimentation et hydratation.

En acceptant le système de Santé universel, les Britanniques n’ont pas accepté un cadeau mais un contrat. Dans un tel système, vous ne vous appartenez plus vous-même, vous devenez pupille de l’État. C’est un contrat, que certains nomment par ailleurs contrat social. En acceptant le système de Santé, vous acceptez le contrat. L’État a d’abord déclaré qu’il prenait en charge tous les paiements restants de la voiture, exception faite qu’il ne s’agit pas d’une voiture mais du paiement des soins de santé. Il en résulte qu’il a désormais une légitimité plus grande que la vôtre sur vos propres soins.

Le revenu minimum universel, moins flagrant mais non moins inquiétant

Dernièrement, la Finlande a annoncé revenir sur son expérimentation de revenu universel. Celle-ci se terminera à la fin de l’année. Pas déconcertée par ce revirement de la Finlande, la ville de Stockton en Californie a décidé de tenter à son tour l’expérience. Nombreux sont ceux qui soutiennent le principe d’un revenu minimum universel.

Évidemment, ils sont beaucoup du côté de la gauche, notamment dans la Silicon Valley (Elon Musk, entre autres), à la défendre. Ces personnes la soutiennent notamment parce qu’il s’agirait d’un pas supplémentaire vers une société égalitaire. J’évoque la Silicon Valley car de nombreux ingénieurs sur place pensent que le remplacement progressif des travailleurs par l’intelligence artificielle va induire un chômage de masse, puisque les postes ainsi libérés ne seront pas, ou peu remplacés ; il faudra mettre en place un système pour survivre à ce changement. Dès lors, l’idée se répand de l’instauration d’un revenu minimum universel.

Plus étonnant, un certain nombre de libertariens, tels que Milton Friedman, Friedrich Hayek, ou encore Charles Murray, sont aussi en sa faveur. Plusieurs arguments, notamment économiques, font sens, bien qu’ils passent à côté d’une vision plus approfondie. En effet, un revenu de base n’est pas un cadeau qui rend son bénéficiaire libre de tout engagement, et où il pourrait user de son cadeau comme bon lui semble.

De la même manière que le système de Santé, le revenu de base est un contrat. Les modalités du contrat ne sont pas importantes puisque ce qui compte réellement dans le fondement de ce contrat, c’est que l’État est propriétaire du bénéficiaire. De la même façon que les parents de Johnny ont certaines exigences vis-à-vis de la voiture parce qu’ils la payent, l’État paie pour vous, et de fait, vous possède.

À qui appartenez-vous ?

Un danger réside dans ces programmes dits « universels ». Ils peuvent être efficaces économiquement (personnellement, j’en doute, mais admettons.) Le point important est que sous contrat, vous abandonnez votre indépendance. À qui appartenez-vous ? Êtes-vous maître de vous-mêmes ? Ou bien appartenez-vous à l’État ? Il est important de souligner la différence entre un cadeau et un contrat. Ces programmes d’État ne seront jamais des cadeaux ; ils sont tous soumis à conditions. Et ce sont ces conditions qui nous lient et nous emprisonnent. Ainsi, est-ce qu’un jour Johnny vivra sa propre vie, ou bien restera-t-il à jamais une marionnette ? Même Pinocchio réalisa l’importance de couper ses liens pour devenir un vrai garçon.

Ce que l’État offre peut être une confortable prison, mais jamais vous ne pourrez échapper à l’inévitable réalité. Tout cela me rappelle une ancienne série anglaise, « Le Prisonnier », dans laquelle le personnage principal est envoyé au village. Il y dispose du nécessaire : logement, vêtements, nourriture, soins ; en échange de renseignements.

Alors nous nous redresserons et clamerons comme le fait le prisonnier : « Je ne veux pas conclure un quelconque marché avec vous. J’ai démissionné. Je ne veux pas me faire ficher, estampiller, enregistrer, me faire classer, puis déclasser, ou numéroter. Ma vie m’appartient, vous ne me retiendrez pas. Je démissionne. »

Dans un monde où existe un système de santé universel ou un revenu de base, vous ne pouvez pas démissionner. Bienvenue au village. « Bonjour chez vous ! »

Traduction par Contrepoints de The Dystopian Threat of Universal « Benefits ».