Revenu universel : ce qu’on ne vous dit pas

Que va réellement vous coûter le revenu universel ? Voici ce qu’on ne vous dit pas…

Par Anthony Alberti.

Le principe d’un revenu universel en euros semble n’être finalement qu’une nouvelle utopie à la mode, agitée par quelques porte-parole d’idéologies dépassées qui espèrent ainsi faire oublier leur incapacité à répondre aux problèmes économiques et sociétaux que traverse la France en ce moment.

Pire encore, l’essentiel de la communication lénifiante faite autour de ce sujet — qui, reconnaissons-le, a peu de chance de dépasser le stade de la théorie — se concentre sur ses avantages, et occulte totalement (volontairement ?) ses inconvénients.

Rien ne se crée, tout se transforme

Qui dit revenu universel en devise, dit nécessairement déshabiller Paul pour habiller Pierre. Exprimé autrement, il faudra bien prendre l’argent quelque part pour créer cette super-allocation généralisée, et peu nombreux sont ceux qui ont jusqu’ici donné des clés de réflexion aux citoyens afin qu’ils se fassent leur propre idée.

À ce titre, le Conseil départemental de Gironde fait figure d’exception, car il vient de mettre en ligne un site web proposant un simulateur de revenu universel. Grâce à cet outil dynamique, on peut ainsi choisir le montant versé chaque mois aux bénéficiaires, sélectionner les catégories de personnes qui pourront percevoir ce revenu (ce qui rend d’ailleurs caduque la notion d’universalité, mais passons) et même moduler la somme en fonction des individus (enfants, étudiants, actifs, retraités…).

Mais là où le simulateur présente un intérêt tout particulier, c’est qu’il offre la possibilité de déterminer le mode de financement de ce revenu universel. Et là, on comprend les réticences de certains politiques à aborder cet aspect de la question en détail.

Le simulateur propose par défaut 3 montants de revenu de base correspondant plus ou moins aux sommes les plus souvent avancées par les partisans du procédé : 500, 750 et 1000 euros par mois. On peut bien évidemment choisir un montant différent, mais le système reste le même. Immédiatement en regard du montant choisi, on nous donne le coût annuel de la mesure, et la possibilité (ou non !) de l’équilibrer avec les recettes publiques.

Premier enseignement, et non des moindres, il est impossible de financer le revenu universel dans l’état actuel des finances du pays sans couper très durement dans ce que certains aiment à appeler les « acquis sociaux » ni faire supporter le surcoût à ceux qui ont déjà l’impression de servir un peu trop souvent de vaches à lait.

Pas de revenu universel sans suppression d’allocations

Ainsi, pour pouvoir verser 500 € par mois à toute personne majeure (et 30% par enfant), il en coûterait 331 milliards d’euros par an, décomposés comme suit :

  • 16,4 millions de mineurs à 150 €/mois/personne : 30 milliards d’euros
  • 5,3 millions de 18-24 ans à 500 €/mois/personne : 32 milliards d’euros
  • 31,2 millions d’adultes à 500 €/mois/personne : 187 milliards d’euros
  • 13,7 millions de retraités à 500 €/mois/personne : 82 milliards d’euros

La seule manière de financer cette somme serait alors de supprimer certaines aides et de remanier plus ou moins profondément la politique fiscale du pays. Par exemple, le simulateur propose par défaut de supprimer le RSA et la prime d’activité (15 milliards d’économie), l’exonération sur les bas salaires (39 milliards) mais aussi et surtout les allocations familiales (36 milliards).

Rien que sur ces trois points, il n’est pas évident que les ménages les plus fragiles en sortent gagnants (par exemple les familles monoparentales bénéficiant pour l’instant du RSA et des prestations sociales).

Mais le financement impliquerait bien d’autres sacrifices à la société, à commencer par l’abandon des niches fiscales (ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, cela dit) et l’augmentation brutale de l’impôt sur le revenu (+ 150% environ !). Là, en revanche, on sent déjà poindre le ferment d’un mécontentement probable des classes moyennes à très court terme.

Le revenu universel comme outil de retour dans le passé

On comprend alors aisément que pour un revenu universel plus proche des aspirations enthousiastes de ceux qui espèrent aujourd’hui l’imposer en France, soit aux alentours de 750 euros par mois, la note risque d’être encore plus salée.

Pour une même répartition (100% à chaque adulte et 30% par enfant), on arrive à un coût global de 496 milliards d’euros par an. Et là, le financement imposerait de supprimer non seulement le RSA, la prime d’activité et les allocations familiales comme précédemment, mais aussi les différentes aides au logement. Finie aussi la déclaration de revenus commune pour un couple (donc probablement plus de « parts » non plus permettant de réduire son imposition) : chacun paiera son impôt sur ses revenus propres, comme s’il était célibataire. Et cet impôt verrait d’ailleurs son niveau passer de 9% en moyenne aujourd’hui à… 25% ! Idem pour la CSG qui augmenterait d’environ 25%, comme les différentes taxes sur le patrimoine.

Finalement, on pourrait aussi jouer à se faire peur avec l’option « revenu universel à 1000 euros par mois » (plus de 660 milliards d’euros par an). Mais est-ce seulement envisageable de tripler l’impôt sur le revenu ainsi que la taxe sur le patrimoine (nul doute qu’on verrait ressurgir alors l’idée de la taxation sur les loyers non perçus), sans oublier le passage de la TVA à 25% ?

C’est vrai aussi qu’on pourrait s’abstenir de toucher à la fiscalité et la garder telle qu’elle est actuellement, mais cela signifierait alors par exemple la suppression du système de retraites (219 milliards d’euros économisés) ainsi que de l’assurance chômage (38 milliards supplémentaires). Du côté des bénéficiaires, il faudrait également ne plus rémunérer les enfants et commencer le versement à partir de 25 ans (comme le RSA actuellement). Sachant que, même comme ça, le système serait en déficit chronique de plus de 50 milliards d’euros par an.

Décidément, sous des dehors de modernité, le revenu universel en euros s’annonce surtout comme le moteur d’un considérable retour en arrière sur le plan social.

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