L’humanité crée davantage de richesses qu’elle ne consomme de ressources

On prétend souvent que la croissance démographique entraînera l’épuisement des ressources naturelles, la famine et la pauvreté. À tort.

Par Marian L. Tupy.

Beaucoup de gens sont convaincus que la croissance de la population mondiale entraîne davantage de pauvreté et de famines. Pourtant les faits prouvent le contraire. Entre 1960 et 2016, la population mondiale a augmenté de 145%. Au cours de la même période, le revenu annuel réel moyen par habitant dans le monde a augmenté de 183%.

Davantage de populations, davantage de richesses, davantage de progrès !

Au lieu d’une augmentation des taux de pauvreté, le monde a connu la plus grande réduction de la pauvreté de l’histoire de l’humanité. En 1981, la Banque mondiale estimait que 42,2% de l’humanité vivait avec moins de 1,90$ par personne et par jour (chiffre ajusté pour tenir compte de l’évolution du pouvoir d’achat). En 2013, ce chiffre s’élevait à 10,7%. Cela représente une réduction de 75%. Selon les estimations les plus récentes de la Banque mondiale, la pauvreté absolue est tombée à moins de 10% en 2015.

L’augmentation des revenus a permis de réduire le taux de mortalité infantile de 64,8 pour 1 000 naissances vivantes en 1990 à 30,5‰ en 2016. C’est une réduction de 53%. Au cours de la même période, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est passé de 93,4‰ à 40,8‰. C’est une réduction de 56%. Le nombre de décès maternels est passé de 532 000 en 1990 à 303 000 en 2015, soit une baisse de 43%.

La famine a quasiment disparu en dehors des zones de guerre. En 1961, les apports nutritionnels dans 54 des 183 pays étaient inférieurs à 2 000 calories par personne et par jour. Cela n’était plus le cas que pour deux pays en 2013. En 1960, l’espérance de vie moyenne dans le monde était de 52,6 ans. En 2015, elle était de 71,9 ans, soit une augmentation de 37%.

En 1960, les Américains travaillaient en moyenne 1 930 heures par an. En 2017, ils ont travaillé 1 758 heures en moyenne, soit une réduction de 9%. Les données pour le monde sont disparates. Cela étant, un calcul personnel basé sur les données disponibles pour 31 pays riches et pays à revenu intermédiaire suggère une baisse de 14% du nombre d’heures travaillées par travailleur et par an1.

Les effectifs à tous les niveaux de scolarité sont en hausse. Par exemple, le taux de réussite dans le primaire est passé de 74% en 1970 à 90% en 2015, soit une augmentation de 20%. Le taux de réussite dans le premier cycle du secondaire est passé de 53% en 1986 à 77% en 2015, soit une augmentation de 45%. Le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur est passé de 10% en 1970 à 36% en 2015, soit une augmentation de 260%.

Même notre air est de plus en plus pur. Aux États-Unis, par exemple, les émissions globales de six polluants courants (monoxyde de carbone, plomb, dioxyde d’azote, ozone, particules fines et grossières et dioxyde de soufre) ont diminué de 67% entre 1980 et 2016.

Et malgré l’augmentation récente du nombre de victimes du terrorisme et du nombre de guerres civiles, le monde est beaucoup plus sûr qu’il ne l’était au plus fort de la guerre froide. Enfin et surtout, une personne ordinaire a un meilleur accès à l’information que jamais auparavant.

Dans l’ensemble, nous vivons sur une planète plus sûre, plus propre et plus prospère qu’en 1960.

L’heureuse convergence de la croissance démographique et de l’accroissement des richesses

Comment expliquer cette amélioration sans précédent du bien-être mondial ? Une part doit être attribuée aux progrès technologiques et scientifiques. En outre, la spécialisation et le commerce ont joué un rôle vital dans l’amélioration de l’état du monde. La mondialisation a fait en sorte qu’une augmentation de la population mondiale se traduise par une augmentation de la productivité mondiale.

Bien sûr, la croissance a nécessité l’utilisation de quantités massives de ressources naturelles. Quelle part de notre richesse naturelle reste-t-il ? Bien que nous ne connaissions pas la taille de la plupart des réserves de ressources naturelles, nous pouvons déterminer leur rareté ou leur abondance en regardant les prix. Comme nous le montrons dans ce qui suit, après 56 ans d’utilisation et d’exploration par l’homme, la grande majorité des matières premières suivies par la Banque mondiale sont moins chers qu’elles ne l’étaient auparavant – soit en termes absolus, soit en termes relatifs par rapport au revenu.

Ces résultats ne surprendraient pas le regretté Julian Simon (1932-1998) qui, il y a quelques années, expliquait et prédisait l’heureuse convergence de la croissance démographique, de l’accroissement de la richesse et de la chute des prix des matières premières. Dans The Ultimate Resource2, son ouvrage de 1981, Simon soulignait que les humains sont une espèce intelligente qui innove pour s’extraire de la rareté au moyen d’une plus grande efficience, ou grâce à un meilleur approvisionnement ou à la découverte de substituts. En d’autres termes, l’ingéniosité humaine est « la ressource ultime » qui rend les autres ressources plus abondantes.

Une canette en aluminium, par exemple, pesait environ 90g en 1959. Aujourd’hui, elle pèse moins de 15g. Dans d’autres cas, nous avons remplacé des ressources rares par des ressources plus abondantes. Au lieu de tuer des baleines pour le pétrole lampant, par exemple, nous brûlons du charbon, du fioul et du gaz. En fait, l’humanité n’a pas encore épuisé une seule ressource non renouvelable.

Bien que les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs, les incessantes prédictions pessimistes et moroses doivent être relativisées. L’humanité a résolu de nombreux défis dans le passé, et il n’y a aucune raison de croire que nous ne serons pas en mesure de résoudre les problèmes à l’avenir. En d’autres termes, il n’y a pas de preuves convaincantes à l’appui des appels en faveur d’une réduction obligatoire de la reproduction et de la consommation humaine.

Les données de la Banque mondiale

Pour apprécier l’évolution des prix mondiaux des matières premières, j’ai réalisé une analyse des données fournies par la Banque mondiale3.

Entre 1960 et 2016, la population mondiale a augmenté de 145% et le revenu moyen par habitant a augmenté de 183%, chiffre corrigé des effets de l’inflation. Sur les 42 prix distincts de matières premières mesurés par la Banque mondiale, 19 ont baissé en termes absolus. En d’autres termes, corrigées des effets de l’inflation, ces matières premières étaient moins chères en 2016 qu’en 1960. 23 matières premières ont vu leur prix augmenter au cours des 56 dernières années. Toutefois, sur ces 23 matières premières, seulement 3 (pétrole brut, or et argent) se sont appréciées plus que le revenu. Dans la grande majorité des cas, les matières premières sont donc devenues moins chers, soit en valeur absolue, soit en valeur relative (cf. le tableau 1 et la figure 1).

Tableau 1 : Prix des « commodités », 1960-2016 (en dollars américains de 2010)

Note : bbl = baril ; cfr = coût et fret ; dmtu = unité de tonne métrique sèche ; HRW = Hard Red Winter ; kg = kilogramme ; mmbtu = million d’unités thermiques britanniques ; mt = tonne métrique ; MYS = Malaisie ; oz = once ; SGP = Singapour ; troy oz = troy once.

Figure 1 : Évolution en pourcentage des prix des « commodités », de la population et du revenu, 1960-2016

Source : Calculs personnels fondés sur les données de la Banque mondiale concernant les prix des « commodités » et les estimations du revenu et de la population. Voir : http://www.worldbank.org/en/research/commodity-markets ; http://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.PCAP.KD ; http://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.PCAP.KD ; https://data.worldbank.org/indicator/SP.POP.TOTL.

Note : cfr = coût et fret ; HRW = Hard Red Winter ; kg = kilogramme ; MYS = Malaisie ; SGP = Singapour.

 

La sagesse de Simon dans une perspective historique

On prétend souvent que la croissance démographique doit inévitablement entraîner l’épuisement des ressources naturelles, la destruction de l’environnement et même la famine. Prenons par exemple le rapport The Limits to Growth (littéralement « Les limites à la croissance »), publié par le Club de Rome en 1972. Fondé sur les projections informatiques du Massachusetts Institute of Technology, le rapport examinait les liens entre le développement industriel, la croissance démographique, la malnutrition, la disponibilité des ressources non renouvelables et la qualité de l’environnement. Sa conclusion était la suivante :

Si les tendances actuelles de croissance de la population mondiale, de l’industrialisation, de la pollution, de la production alimentaire et de l’épuisement des ressources ne changent pas, les limites de la croissance sur cette planète seront atteintes au cours des cent prochaines années. […] Le résultat le plus probable sera un déclin plutôt soudain et incontrôlable de la population et des capacités industrielles. […] Compte tenu des taux actuels de consommation des ressources et de l’augmentation prévue de ces taux, la grande majorité des ressources actuellement non renouvelables sera extrêmement coûteuse dans 100 ans.

Ce genre d’alarmisme n’est pas que de l’histoire ancienne. Dans un article récent de la revue Nature Sustainability, on peut lire ce qui suit :

Le défi de l’humanité est de parvenir à une qualité de vie élevée pour plus de 7 milliards de personnes sans déstabiliser les processus planétaires critiques. En utilisant des indicateurs conçus pour mesurer un espace de développement « sûr et équitable », nous quantifions l’utilisation des ressources associées à la satisfaction des besoins humains de base, et nous la comparons aux limites planétaires pour plus de 150 pays. Nous constatons qu’aucun pays ne répond aux besoins fondamentaux de ses citoyens à un niveau d’utilisation des ressources soutenable pour la planète. Les besoins matériels tels que la nutrition, l’assainissement, l’accès à l’électricité et l’élimination de l’extrême pauvreté pourraient probablement être satisfaits pour tous sans transgresser les limites planétaires. Cependant, la réalisation universelle d’objectifs plus qualitatifs (par exemple, une satisfaction de vie élevée) exigerait un niveau d’utilisation des ressources qui est 2 à 6 fois plus élevé que le niveau soutenable, fondé sur les relations actuelles. […] Nos résultats suggèrent que la poursuite du développement humain universel […] peut potentiellement miner les processus du système terrestre dont dépend en fin de compte le développement. […] Si tout le monde veut mener une bonne vie dans les limites planétaires, alors le niveau d’utilisation des ressources associé à la satisfaction des besoins de base doit être considérablement réduit.

Les arguments ci-dessus sont étonnamment similaires à ceux présentés dans The Limits to Growth il y a 46 ans. Pourtant, aucune des sombres prédictions faites par les auteurs de ce rapport ne s’est réalisée. Au contraire, nous avons assisté à une baisse générale des prix des matières premières par rapport au revenu – malgré la croissance de la population mondiale. Cette tendance heureuse peut-elle se poursuivre ? Pour avoir un aperçu de l’avenir, il faut d’abord comprendre le concept de rareté.

La meilleure façon d’apprécier la rareté, ou « l’écart entre des ressources limitées – c’est-à-dire rares – et des besoins théoriquement illimités », est d’examiner les prix. Une denrée rare voit son prix augmenter, alors qu’une denrée abondante devient moins chère. C’était la prémisse d’un célèbre pari entre le professeur Paul Ehrlich de l’Université de Stanford et le professeur Julian Simon de l’Université du Maryland. Ehrlich partageait les sombres prédictions du Club de Rome. Dans son livre à succès de 1968, The Population Bomb, Ehrlich pensait que la surpopulation conduirait à l’épuisement des ressources naturelles et à des méga-famines4 :

La lutte pour nourrir toute l’humanité est perdue. Dans les années 1970, des centaines de millions de personnes mourront de faim, malgré tous les programmes d’urgence lancés aujourd’hui. Il est trop tard pour empêcher une augmentation substantielle du taux de mortalité dans le monde.

Simon, en revanche, était beaucoup plus optimiste. Dans son livre The Ultimate Resource de 1981, Simon a mobilisé des données empiriques pour montrer que l’humanité a toujours contourné le problème de rareté en augmentant l’offre de ressources naturelles ou en développant des substituts aux ressources sur-utilisées. Selon lui, l’ingéniosité humaine est « la ressource ultime » qui rend toutes les autres ressources plus abondantes. En 1980, les deux penseurs ont accepté de mettre leurs idées à l’épreuve.

Comme l’a raconté Ronald Bailey dans son livre The End of Doom : Environmental Renewal in the 21st Century5 :

En octobre 1980, Ehrlich et Simon ont conclu un contrat à terme obligeant Simon à vendre à Ehrlich les mêmes quantités qui pouvaient être achetées en 1980 pour 1 000$ de cinq métaux (cuivre, chrome, nickel, étain et tungstène) dix ans plus tard à des prix corrigés de l’inflation. Si les prix combinés dépassaient 1 000$, Simon paierait la différence. S’ils tombaient en dessous de 1 000$, Ehrlich paierait la différence à Simon. Ehrlich a envoyé un chèque de 576,07$ à Simon en octobre 1990. Il n’y avait aucun commentaire dans la lettre. Le prix du panier de métaux choisi par Ehrlich et ses collègues avait chuté de plus de 50%. Le cornucopien Simon a gagné.

Les critiques de Simon, y compris Ehrlich, ont depuis lors soutenu que Simon avait eu de la chance. Si son pari avec Ehrlich s’était déroulé sur une autre décennie, le résultat aurait pu être différent. Entre 2001 et 2008, par exemple, le monde a connu une expansion économique sans précédent qui a fait monter en flèche le prix des matières premières. Mais le point le plus important de Simon concernant la baisse à long terme du prix des matières premières est toujours valable. Selon Simon, lorsqu’une ressource particulière devient plus rare, son prix augmente, et ce changement incite les gens à découvrir davantage de cette ressource, à la rationner, à la recycler ou à en développer un substitut. Ainsi, la croissance démographique et l’utilisation des ressources n’entraînent pas automatiquement une hausse des prix des matières premières à long terme.

Des prédictions sur l’épuisement des ressources inutilement alarmistes

Prenons un exemple concret. Les recherches suggèrent que les prix des matières premières évoluent dans des super-cycles qui durent entre 30 et 40 ans. Pendant les périodes de forte croissance économique, la demande de matières premières augmente. Quand cela arrive, le prix des matières premières augmente. C’est pendant cette période que les prix élevés des matières premières encouragent la découverte de nouveaux approvisionnements et l’invention de nouvelles technologies. Une fois les nouvelles fournitures mises sur le marché, les prix des « matières désormais abondamment fournies »6 chutent.

Par conséquent, le cycle actuel des matières premières semble avoir culminé en 2008. En juin 2008, par exemple, le prix au comptant du pétrole brut West Texas Intermediate atteignait 154$ le baril (en dollars américains de 2016). En janvier 2016, il s’établissait à 29$. Toutefois, le prix élevé du pétrole a conduit au fracking (la fracturation hydraulique), qui a révolutionné l’industrie pétrolière. Fin 2017, alors que l’économie mondiale se redressait, le prix du pétrole se situait autour de 60 dollars le baril. Le fracking, qui permet aux gens d’accéder à des réserves de pétrole jusqu’alors inaccessibles dans des volumes records, semble freiner les hausses massives des prix. Ce que l’on nomme « bande de schiste » désigne le « niveau de prix auquel la plupart des gisements nord-américains […] peuvent être exploités grâce à la technologie de fracturation hydraulique et devenir rentables ». Actuellement, la bande de schiste se situe dans une fourchette de 40$ à 60$. Quand le prix du pétrole descend bien en dessous des 40$, les plates-formes pétrolières américaines ferment leurs portes. Quand il s’approche des 60 dollars, les plates-formes pétrolières américaines se remettent au travail, ce qui fait baisser le prix du pétrole.

En fait, l’humanité n’a pas encore épuisé une seule ressource non renouvelable. Malheureusement, beaucoup de gens croient encore que la réponse à la rareté est de limiter la consommation des ressources naturelles. Ce groupe comprend Paul Ehrlich et son épouse Anne, qui revisitent les sombres avertissements du professeur de l’Université de Stanford dans un article de la Royal Society intitulé « Can a Collapse of Global Civilization Be Avoided? » (« Peut-on éviter un effondrement de la civilisation mondiale ? »). Sans se laisser décourager par un demi-siècle de preuves contraires, ils parviennent à des conclusions similaires à celles que Paul Ehrlich avait déjà proposées dans les années 1960. Le Club de Rome est toujours là et publie. En 2017, est publié un nouveau rapport intitulé Come On! Capitalism, Short-termism, Population and the Destruction of the Planet7, qui insiste sur le fait que « les avertissements du Club de Rome publiés dans le livre Limits to Growth sont toujours valables » et avertit que « les perspectives mondiales actuelles ne sont pas soutenables ».

À ces avertissements sur l’avenir de l’humanité, on peut ajouter toute une panoplie de publications similaires. Il y a notamment le livre de Naomi Klein, This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate, dans lequel l’essayiste canadienne soutient8 que :

Notre économie est en guerre contre de nombreuses formes de vie sur Terre, y compris la vie humaine. Ce dont le climat a besoin pour éviter l’effondrement, c’est d’une contraction de l’utilisation des ressources par l’humanité.

Il y a également l’ouvrage de 2013 de Rob Dietz et Dan O’Neill, Enough Is Enough: Building a Sustainable Economy in a World of Finite Resources. Selon les économistes américain et canadien9 :

Nous surexploitons les ressources limitées de la Terre, et pourtant la consommation excessive ne parvient pas à améliorer nos vies.

Mais limiter la consommation est impopulaire et difficile à faire respecter. Le plus souvent, ce sont les plus vulnérables qui sont frappés les plus durement par de telles mesures. Le passage des combustibles fossiles aux sources d’énergie « renouvelables », par exemple, a fait augmenter le prix du gaz et de l’électricité dans de nombreux pays européens à tel point qu’un nouveau terme, pauvreté énergétique, a été inventé. Selon le magazine allemand Der Spiegel, « l’expansion agressive et imprudente de l’énergie éolienne et solaire en Allemagne s’est soldée par des prix élevés pour les consommateurs, et les coûts frappent souvent de manière disproportionnée les pauvres ». Dans les démocraties, de telles politiques ne sont pas viables à long terme. Plus important encore, elles sont inutiles, car les vraies solutions à la pénurie future ont davantage de chance de provenir de l’innovation et du changement technologique.

Huile, or et argent

Comme indiqué précédemment, trois matières premières ont affiché des valeurs aberrantes et ont augmenté plus que les revenus. Entre 1960 et 2016, l’or a augmenté de 530%, l’argent de 234% et le pétrole de 367%. Est-ce que cela réfute la thèse de Simon ? Loin de là.

Pendant de nombreuses décennies, le marché pétrolier a été partiellement protégé des forces concurrentielles par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), un cartel de pays producteurs de pétrole. Les pays de l’OPEP se sont souvent entendus pour restreindre la production de pétrole afin de maintenir son prix artificiellement élevé. La raison pour laquelle l’OPEP a pu parvenir à ses fins dans le passé fait l’objet de nombreux débats, mais plusieurs experts considèrent que la capacité de l’OPEP d’influer sur le prix futur du pétrole est en déclin. Cela s’explique en partie par le fracking des réserves de pétrole auparavant inaccessibles dans les pays non membres de l’OPEP, comme les États-Unis, et en partie par les progrès technologiques, comme l’abandon accéléré des véhicules à moteur à combustion. Dans l’attente d’une baisse permanente des prix du pétrole, les compagnies pétrolières, comme Shell, et les pays producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite, se diversifient lentement pour réduire leur dépendance à l’égard de la production pétrolière. En d’autres termes, les gens qui ont un intérêt dans le pétrole supposent maintenant que les prix du pétrole suivront la prévision de Simon dans l’avenir.

L’or et l’argent ont des caractéristiques plus inhabituelles. En plus de leurs utilisations commerciales, comme servir de conducteurs d’électricité dans les commutateurs et les téléphones portables, l’or et l’argent sont aussi des « réserves de valeur » ou des actifs qui peuvent être sauvegardés, récupérés et échangés ultérieurement. Historiquement, les gens de tous niveaux de revenu ont utilisé l’or et l’argent pour soustraire leurs richesses à l’avidité des fonctionnaires et en temps de guerre. Plus récemment, les prix des deux métaux ont augmenté au cours de la période inflationniste des années 1970, alors qu’une bonne partie des monnaies les plus importantes du monde, y compris le dollar américain, perdaient rapidement de leur valeur en raison d’une mauvaise gestion monétaire. Ils ont de nouveau atteint des sommets après la flambée de la Grande Récession et l’incertitude qui s’en est suivie quant à la solidité du système financier.

Il y a des raisons de faire confiance en l’ingéniosité humaine

Le propos de ce billet n’est pas de banaliser les défis auxquels l’humanité est confrontée ou d’insinuer que nous serons capables de résoudre tous les problèmes à venir. Il s’agit plutôt de montrer que le cerveau humain, la ressource ultime, est capable de résoudre des défis complexes. Nous l’avons fait avec la maladie, la faim et l’extrême pauvreté, et nous pouvons le faire en ce qui concerne l’utilisation des ressources naturelles.

Thomas Babington Macaulay, historien et homme politique britannique du XIXe siècle, a un jour posé la question suivante :

Selon quel principe, alors qu’on ne voit que progrès derrière soi, ne peut-on espérer que déclin devant soi ?

Lorsque Macaulay a écrit ces mots en 1830, le monde commençait tout juste à s’industrialiser. 188 ans plus tard, non seulement l’humanité est encore là, mais elle est florissante comme jamais auparavant. Peu de gens aujourd’hui renonceraient à l’espérance de vie, à la nutrition, aux soins de santé et à l’éducation dont ils jouissent maintenant en échange du train de vie que connaissaient les contemporains de Macaulay.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

  1. Mon calcul est basé sur les pays suivants, qui étaient les seuls pour lesquels des données étaient disponibles : Allemagne, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hong Kong, Irlande, Italie, Japon, Mexique, Norvège, Pays-Bas, Pérou, Pérou, Portugal, Singapour, Corée du Sud, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Taïwan, et Venezuela.
  2. Julian Simon, The Ultimate Resource, Princeton, NJ: Princeton University Press, 1981.
  3. Les lecteurs intéressés pourront consulter la méthodologie employée pour cette analyse dans l’article original, en vision anglaise.
  4.  Paul Ehrlich, The Population Bomb, New York: Ballantine Books, 1968, p. 11.
  5. Ronald Bailey, The End of Doom, New York: St. Martin’s Press, 2015, p. 45.
  6.  Bailey, The End of Doom, p. 37.
  7. Ernst von Weizsaecker and Anders Wijkman, Come On! Capitalism, Short-termism, Population and the Destruction of the Planet, Zurich, Switzerland: Club of Rome, 2017.
  8.  Naomi Klein, This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate, New York: Simon & Schuster, 2015, p. 21.
  9.  Rob Dietz and Dan O’Neill, Enough Is Enough: Building a Sustainable Economy in a World of Finite Resources, Oakland, California: Berrett-Koehler Publishers, 2013.