Iran-Ispahan : le lobby jette un voile trompeur sur la dictature des mollahs

Ispahan en Iran était un foyer de résistance contre l’obscurantisme des mollahs qui ont cherché à imposer la tyrannie au nom de la religion. Aujourd’hui, le lobby des mollahs passe sous silence sa répression sanglante.

Par Hamid Enayat.

La « semaine culturelle d’Ispahan à Paris » est la nouvelle initiative du lobby des mollahs pour redorer l’image de la théocratie islamiste qui sévit en Iran. Un régime dénoncé par les ONG pour ses graves violations des droits de l’homme et pour détenir le record mondial du nombre d’exécutions par habitant, dont de nombreux mineurs.

Ispahan est la vitrine de l’Iran depuis des siècles, avec son bazar, ses jardins et son art de vivre qui ont fait rêver les Romantiques. Capitale d’empire sous la dynastie safavide, Ispahan est réputée pour ses sublimes roses et ses merveilleux monuments historiques et son quartier arménien qui a contribué à la richesse de cette glorieuse cité. Mais Ispahan est également célèbre pour avoir été un foyer de résistance contre l’obscurantisme des mollahs qui ont cherché à imposer la tyrannie au nom de la religion dans cet antique pays.

Ce ne serait pas rendre service à Ispahan et à ses habitants si l’on ne rappelait pas sa réalité entière. Ispahan souffre aujourd’hui d’une gestion calamiteuse par les intégristes qui ont usurpé le pouvoir depuis 39 ans et détruit tant la vie citadine que la vie culturelle de ce pays pourtant si riche en potentialités humaines et naturelles. Un régime plus occupé à financer son arsenal nucléaire et balistique et promouvoir ses ingérences extraterritoriales, que de se préoccuper du bien-être d’une population excédée par la misère économique qui l’étouffe.

Au pied de l’un des plus célèbres ponts d’Ispahan, le lit de la rivière Zayandeh Roud (le fleuve qui fait naître), celui qui a fait de la ville une oasis au milieu du désert, est à sec. Complètement. L’exploitation anarchique par les pasdaran à des fins militaires et pour les champs cultivés à leurs comptes, a épuisé le fleuve et les nappes phréatiques. Cette sécheresse a aggravé la misère de la population et déclenché une explosion de colère sociale, notamment parmi les cultivateurs démunis.

Une proximité dérangeante

« Cette semaine culturelle fera vivre Paris au rythme d’Ispahan pendant sept jours, avec des débats, conférences, projections cinématographiques, gastronomie, expositions, concerts », proclament les annonces du lobby qui s’affirme « heureux de vous convier à cette manifestation où nos intervenants prestigieux vous feront découvrir Ispahan sous un angle original et pluridisciplinaire. » Parmi les intervenants, le vice-président des mollahs et le maire d’Ispahan, qui est un ancien membre des sinistres pasdaran, l’armée répressive du Guide suprême.

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L’inauguration s’est fait lundi à l’Assemblée nationale sous l’égide du « Groupe d’amitié France-Iran », présidé par la députée Delphine O. Critiquée pour sa proximité par trop dérangeante avec les autorités iraniennes, cette dernière a organisé la semaine de propagande en collaboration avec le régime théocratique qui se tient derrière l’initiative à travers « le centre culturel iranien de Paris, la municipalité d’Ispahan, le ministère des Affaires étrangères des mollahs ». Une légion d’agents des services iraniens ont été dépêchés à Paris pour faire la promotion du business avec les mollahs.

Les activités du Groupe d’amitié France-Iran à l’Assemblée nationale visent principalement à promouvoir les investissements en Iran. Mais comment travailler avec un régime honni comme celui d’Ali Khamenei, sans au préalable blanchir l’image détestable qui lui colle à la peau ?

Ce n’est pas anodin si Delphine O est également cofondatrice d’un groupe de lobby, « Lettres Persanes », dont l’activité vise essentiellement à aider le régime à « quitter le statut de paria pour réintégrer la scène internationale ».

La révolte des Iraniens

La propagande du lobby a été mise à mal, quand éclata récemment une révolte populaire de grande ampleur qui ébranla les fondements de la dictature.

Les Iraniens ont manifesté à Ispahan et dans plus de 140 villes du pays contre la tyrannie et pour un changement de régime. Aux cris de « à bas la dictature », « à bas Khamenei-Rohani », « libérez les prisonniers politiques », « laissez la Syrie, occupez-vous de l’Iran ! », les manifestants ont laissé exploser une rage redoutable, étouffée par une machine de répression implacable.

Ni Madame O ni son Groupe d’Amitié n’ont condamné la répression qui a fait une cinquantaine de morts par balles, dont quatorze tués à la suite de sévices en détention.

Un véritable groupe d’amitié France-Iran doit être avant tout un groupe d’amitié avec le peuple iranien s’il veut jouir de l’estime des démocrates iraniens et français. Le respect d’Ispahan et la grande culture perse appellent à se désolidariser de cette opération de lobbying qui profite avant tout aux dictateurs qui ne représentent ni Ispahan ni l’Iran.