Intelligence artificielle : faisons confiance aux entrepreneurs, pas aux bureaucrates

Le rapport Villani sur l’Intelligence artificielle a permis au gouvernement Macron de débloquer 1, 5 milliards d’euros pour l’innovation dans le domaine. N’aurait-il pas mieux fallu s’attaquer aux structures pour favoriser les entrepreneurs ?

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Au lieu de débloquer 1.5 Md€, on aurait mieux fait d’encourager l’innovation par moins d’État, de bureaucratie et d’impôts. Mais les politiques aiment les rapports et l’interventionnisme, même s’ils sont inutiles et coûteux.

Le mercredi 28 mars, le rapport Villani sur l’intelligence artificielle a été présenté officiellement. Dès le lendemain, le gouvernement a annoncé 1,5 Md€ consacré à l’intelligence artificielle d’ici la fin du quinquennat afin notamment de « revenir dans la course dans ce domaine jugé stratégique et dominé jusqu’à présent par les mastodontes américains et chinois », selon l’Élysée. « Donner un sens à l’IA » est le titre du rapport Villani.

Résoudre les problèmes d’avenir

Loin de nous l’idée de sous-estimer les compétences de notre illustre mathématicien. Néanmoins, des rapports réalisés dans le passé par des personnalités de tous horizons n’ont pas pour autant résolu les problèmes d’avenir.

En 1978 par exemple, le rapport Simon Nora et Alain Minc sur l’informatisation de la société à l’attention du président Valéry Giscard d’Estaing ne prévoit pas les révolutions informatiques à venir, laissant les Français croire en la gloire future du Minitel. Plus tard, en 1994, le rapport intitulé « Les autoroutes de l’information », réalisé par des polytechniciens et ingénieurs des télécoms (Gérard Théry, Alain Bonnafé, Michel Guieysse), sous-estime complètement le rôle de l’Internet :

Par sa large diffusion et son faible coût d’utilisation, Internet tend à s’imposer au reste du monde et pourrait devenir, après amélioration, le vecteur américain prioritaire des autoroutes de l’information, avec le bénéfice d’une implantation internationale et d’une avance concurrentielle en termes de services et d’équipements. Cependant, son mode de fonctionnement coopératif n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux. Sa large ouverture à tous types d’utilisateurs et de services fait apparaître ses limites, notamment son inaptitude à offrir des services de qualité en temps réel de voix ou d’images…

De plus il n’existe aucun moyen de facturation sur Internet, si ce n’est l’abonnement à un service, auquel on accède avec un mot de passe. Ce réseau est donc mal adapté à la fourniture de services commerciaux. Le chiffre d’affaires mondial sur les services qu’il engendre ne correspond qu’au douzième de celui du Minitel. Les limites d’Internet démontrent ainsi qu’il ne saurait, dans le long terme, constituer à lui tout seul, le réseau d’autoroutes mondial.

Et les auteurs du rapport de conseiller au Premier ministre, Édouard Balladur, d’accorder les sommes nécessaires à la société France Télécom pour mettre en place les « nouvelles autoroutes de l’information ».

L’argent public ne comblera pas le retard français

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans le cas de l’IA, nous sommes encore plus dans le flou qu’on ne l’était en 1994 lorsque le potentiel de l’internet était déjà visible, sauf pour ceux qui pensaient que l’argent public pouvait compenser les retards français. Cela fut le cas une nouvelle fois plus tard, en 2008, avec le projet « Quaero », cher à Jacques Chirac, et qui devait torpiller Google. On connaît les résultats.

Le problème avec les politiques c’est qu’ils veulent toujours tout prévoir. Pour cela, ils ont besoin de rapports. Ceux qui veulent faire des rapports ne manquent jamais à l’appel et ceux qui en profitent ensuite sont encore plus nombreux. La distribution d’argent public et la mission – louable en soi – de mettre le pays à la pointe de l’innovation, est une aubaine pour beaucoup.

Sauf que les Microsoft, Google, Amazon et autres ne se décrètent pas. C’est l’entrepreneuriat et l’innovation qui s’en chargent. Au lieu de débloquer 1.5 Md€, on aurait mieux fait d’encourager l’innovation par moins d’État, de bureaucratie et d’impôts. Car les entrepreneurs savent mieux que l’État ce qu’il faut faire.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.