Formation continue : pour rester citoyens, n’arrêtons jamais d’apprendre !

OPINION : la formation continue n’est pas seulement un moyen pour relancer l'ascenseur social, elle est nécessaire pour appréhender les transitions liées à notre temps.
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Ampoule électrique (Crédits : Helen Flamme, Creative Commons)

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Formation continue : pour rester citoyens, n’arrêtons jamais d’apprendre !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 décembre 2021
- A +

Par Alexandre Arlin1.

La recherche de la vérité et son lot d’interrogations ont permis l’émergence de principes basés sur l’égalité des droits pour tout homme, femme ou enfant. La vérité permet au peuple d’argumenter face à des dirigeants qui voudraient le duper. La difficulté intervient lorsque dans un flux continu d’informations coexistent des vérités alternatives et que chacun choisit, consciemment ou non, celle qui correspond le mieux à l’idée préconçue qu’il se fait du sujet.

Entretenir le discernement

L’information est un bien dont la disponibilité a fortement augmenté ces dernières années. Quand à la fin du XXe siècle, un citoyen recevait quotidiennement un nombre très limité d’informations, celles-ci sont aujourd’hui disponibles en grand nombre, prenant différentes formes et émanant de sources diverses. Face à cette « infobésité », la capacité de discernement est devenue indispensable pour différencier ce qui relève de la vérité scientifique, d’articles de journaux, de positionnements politiques, de croyances collectives ou d’anecdotes personnelles.

Ces dernières sont devenues légion, favorisées par la dictature de la concision imposée par les réseaux sociaux au détriment de controverses plus complexes et argumentées. Face à cette omniprésence de l’immédiateté, la nuance a-t-elle encore sa place dans notre société ?

La vitesse du traitement de l’actualité privilégie les réactions instantanées et confuses là où le discernement nécessite analyse et recul. Avec ces espaces numériques, notre civilisation a créé un séduisant mécanisme de déconstruction implicite de l’esprit critique qui donne l’illusion de l’entretenir tout en opérant un écrasement de la hiérarchie des valeurs. « N’allez pas à l’hôpital, vous avez dix fois plus de chances d’y mourir que chez vous », disait Coluche.

Cultiver les incertitudes

La culture générale, la curiosité intellectuelle, l’ignorance consciente, apportées par la connaissance, sont autant de ressources qui préviennent du relativisme. Kant disait que l’on peut mesurer l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitude qu’il est capable de supporter.

Durant la pandémie, nous avons vu se développer à grande échelle l’effet de Dunning-Kruger – biais cognitif selon lequel les compétences que l’on estime avoir sur un sujet sont inversement proportionnelles à celles que l’on a réellement. Ce mécanisme est favorisé par la propension que nous avons à partager des informations que nous pensons vraies, même si peu vraisemblables, car elles seraient plus confortables que des incertitudes anxiogènes.

C’est ainsi qu’au début de la crise sanitaire, l’infime proportion de scientifiques affirmant avoir « découvert un traitement » bénéficiait d’une couverture médiatique plus importante que l’immense majorité restante disant « ne pas savoir avec certitude ». Paradoxalement, la manifestation de l’incompétence est en réalité une marque de compétence.

Pour retrouver le goût nécessaire du discernement et de l’esprit critique, nous devons cultiver notre illusion de l’incompétence en améliorant notre compétence en la matière.

Apprendre tout au long de sa vie

En France, si vous commencez un nouveau travail à 45 ans, votre employeur sera davantage préoccupé par le diplôme que vous avez obtenu il y a 25 ans que par ce que vous savez réellement faire. Notre système accorde une telle importance à la notoriété de l’établissement qui délivre la validation académique, qu’il incite les usagers à concentrer tous leurs efforts sur la formation initiale pour ne plus avoir à apprendre durant le reste de leur vie.

En 1881, Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, rendait l’école laïque et obligatoire pour tous, pour que la République prépare au « pays une génération de bons citoyens ». Pour continuer à tenir cette promesse républicaine, le système éducatif doit s’adapter d’urgence. Arrêter de faire croire à toute personne qu’une fois son instruction terminée « elle sait » est indispensable pour lui permettre la compréhension d’un monde qui n’a rien d’autre à promettre que lui-même.

Un système de formation qu’on ne quitterait jamais complètement permettrait de sortir de la position de sachant pour retourner à celle d’apprenant tout au long de sa vie. Alors que ce changement de schémas est uniquement envisagé pour répondre aux évolutions du marché de l’emploi, il est de bon aloi de rappeler, dans ce contexte de prolifération d’experts en tous genres, les nombreuses autres vertus qu’auraient l’émergence « d’universités de la formation tout au long de la vie ».

Renouement avec une humilité intellectuelle passée, développement du gout pour la curiosité, familiarisation avec la culture scientifique et la recherche, accroissement du niveau général d’éducation… La formation tout au long de la vie n’est pas seulement un moyen pour relancer l’ascenseur social et permettre les reconversions professionnelles, elle est nécessaire pour que nous puissions appréhender les transitions liées à notre temps.

Réseaux sociaux, Métaverse… ne subissons plus ces nouvelles technologies mais investissons-les pour en faire des outils d’éducation. Changeons de paradigme : faisons de l’apprentissage un chemin à arpenter tout au long de notre vie plutôt qu’une étape à valider.

Continuons à préparer, à notre nation, des « générations de bons citoyens » !

  1. Alexandre Arlin est chef de cabinet au Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres). Ses propos sont tenus à titre personnel et n’engagent pas l’institution.
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  • C’est dans tous les domaines qu’il faut une  » formation continue  » selon le vieil adage qu’une journée perdue est une journée où l’on n’a rien appris .

    -1
  • Je suis farouchement contre les formations continues. Il n’est de meilleur endroit pour se former que le travail: C’est en forgeant que l’on devient forgeron.
    L’enseignement académique est en faillite, pour apprendre une langue par exemple, rien de mieux que l’immersion linguistique.

    • Tout à fait! C’est à l’individu de se connaître et savoir quelle activité il souhaite exercer, et donc se former pour réaliser ses objectifs? Pour avoir eu à « subir » deux licenciements économiques au cours de ma carrière, je ne les ai pas vraiment subis, vu qu’étant prévoyant, j’avais anticipé ces événements en me formant à d’autres activités, ce qui m’a évité de longues périodes de chômage. Mais la formation continue en entreprise est une bonne chose pour qui veut gravir les échelons dans une boîte solide, ce qui craint, ce sont les formations « bidon » que l’on vous propose ( ou impose) en cas de crash!

    • Je suis pour les formations continues pour deux raisons principales:
      1. Ca permet aux formateurs d’être rémunérés.
      2. Ceux qui se forment ainsi de manière volontaire (je pense en particulier aux cours du CNAM) sont de bien meilleurs apprenants que ceux qui subissent un enseignement quelconque qui ne leur apprend rien. Ils en veulent. Un métier, ce n’est pas que du « on the job training », il faut un minimum de connaissances théoriques et d’entraînement pratique sur les B-A-BA.

      • « 1. Ca permet aux formateurs d’être rémunérés. »
        Vous êtes formateurs?
        « 2.meilleurs apprenants que ceux qui subissent un enseignement quelconque qui ne leur apprend rien. »
        Vous défoncez les portes ouvertes. On apprend moins bien quand on apprends rien.
        PS les exemples que j’ai connu des formations continues étaient consternantes, on remplissait des obligations d’horaires avec des matières qui n’avaient rien à voir (mais qui devaient être dispensées par des copains), par exemple yoga ou video pour être soignant.

  • Alexandre Arlin est à la direction nationale des Jeunes Avec Macron (JAM).

    Je comprends mieux le ton de l’article:

    dernier paragraphe:
    « ne subissons plus »
    « investissons-les »
    « Changeons »
    « faisons »
    « Continuons »

    Ah, le monsieur donne des ordres et il a l’air d’aimer cela…

    • Si vous prévoyez de faire une carrière politique,

      Apprenez à faire de la désinformation continue…
      La formation continue c’est pour les vaches à lait !

  • Continuons à préparer, à notre nation, des « générations de bons citoyens » !

    Seriously ?

    Sans moi s’il vous plaît. Je vais continuer d’essayer d’être un meilleur homme, cela me convient mieux, ainsi qu’à mes enfants.
    Merci ?

    • C’est sur.

      Chacun se lève le matin en se disant : que vais-je faire aujourd’hui pour être un bon citoyen ?

      Ou pas ?

      On apprend pour soi. Par ambition (pouvoir), par recherche de bénéfice (argent) ou de récompense (honneurs), par curiosité (liberté).

      Pour être une bonne fourmi, un bon élément de la meute, un bénéficiaire du RSA, pourquoi apprendre ?

  • Il existe un job pour lequel la formation continue est inutile et que de nombreux français occupent. Un job extrêmement bien payé au regard de sa productivité. Il s’agit du RSA.
    Rapport salaire/productivité = infini. Et sans aucune formation : pas besoin de se fatiguer LE neurone. Juste à suivre le foot à la télé.

  • Récemment, Denis Dupuy écrivait sur CP :

    « La demi-vie des connaissances médicales est de 5 ans et il serait hasardeux d’en rester à ce que j’ai appris quand mon internat a débuté ».

    J’y vois une double vérité :

    – dans tous des domaines, il est nécessaire de continuer à apprendre car le monde change. La rapidité du changement n’est même pas perçue si on ne continue pas à apprendre.

    – le terme « demi-vie » me semble très bien adapté. Les connaissances ne deviennent pas nécessairement fausses ou obsolètes, mais leur importance ou leur véracité diminue régulièrement au fil du temps.

    Les « élites » auraient fortement intérêt à prendre en compte ce second point , en particulier quand elles font une fixation sur Karl Marx.

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