75 % des Français inquiets de la dette publique et des déficits

Selon un sondage Ifop pour la fondation Concorde, alors que les Français se déclarent inquiets face au déficit public et à la dette de l’Etat (à 75%), ils n’ont jamais été aussi peu à se dire prêts à faire des efforts pour redresser les comptes du pays.

Par Frédéric Mas.

Une étude de l’Insee pour la Fondation Concorde en date de février 2018 montre que tout en se déclarant inquiets du niveau de la dette publique et des déficits de l’État, les Français n’étaient pas pour la majorité prêts à faire des efforts pour les résorber.

Toujours selon cette étude, la priorité de nos concitoyens en matière économique demeure la lutte contre le chômage et pour le pouvoir d’achat.

Pour les mois qui viennent, pour chacun des thèmes suivants diriez-vous qu’il est tout à fait prioritaire, important ou secondaire ? (source ifop)

Alors que les attentes des Français restent stables, l’inquiétude à l’endroit de la dette et des déficits publics décroît légèrement depuis mars 2010. Faut-il voir ici le signe d’une plus grande confiance des Français en la capacité de sa classe dirigeante à surmonter l’épreuve ou tout simplement d’une plus grande ignorance des effets de la dette sur la croissance économique globale, et donc sur la création potentielle d’emplois ?

 

Vous personnellement, en pensant au déficit public et à la dette de l’Etat, diriez-vous que vous êtes… ? (source ifop)

Le problème de la dette publique

Plusieurs économistes et commentateurs ont cherché à dédramatiser la situation, ce qui a pu avoir un impact sur l’opinion publique : la dette publique ne serait pas un problème, car la France posséderait suffisamment d’actifs pour la rembourser à tout moment. Cependant comme l’a rappelé Eddie Willers : « l’actif de l’État au 31 décembre 2016, selon la Cour des comptes, atteignait 978 Md€ pour des dettes de 2 181 Md€ et des engagements hors-bilan (majorité de pensions de fonctionnaires, donc concrètement des dettes) de plus de 4 000 Md€ », soit un rapport de 15 %. En cas de coup dur, vendre le château de Versailles ne suffirait pas.

En imaginant même que la situation économique mondiale reste suffisamment stable pendant les quelques années à venir, la dette publique fait peser des contraintes et sur le budget national, et sur notre dynamique de croissance.

Avec une dette publique de plus de 2000 Md€, la France doit emprunter sur les marchés 800 M€ par jour sur les marchés, et plus les emprunts s’élèvent, plus il devient cher de se financer. La charge de la dette pèse sur des finances publiques devenues dépendants d’un taux d’emprunt sur les marchés qui peut à tout moment s’envoler, et pèse aussi sur la croissance économique du pays.

Comme l’a rappelé Romain Ryon, il existe une corrélation entre le niveau d’endettement public et ralentissement de la croissance : « Les travaux de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff attestent empiriquement d’une corrélation négative entre le taux de croissance et le niveau de la dette publique. S’inspirant de la théorie de l’équivalence ricardienne, les auteurs ont démontré qu’à partir de 90 % du PIB, l’impact négatif de la dette sur la croissance était accru. »

L’État peine à réformer

Seulement, les commentateurs et certains économistes ne sont pas les seuls à minorer le problème de la dette, et l’État ne semble pas prendre de mesures franches allant dans le sens d’une rationalisation dans le domaine. Alors que la situation financière du pays demeure problématique l’État continue d’embaucher des fonctionnaires qu’il faudra payer, et dont il faudra payer les retraites par la suite, que ça soit par l’impôt, ou, beaucoup plus probablement par encore plus de dette publique.

Face à la menace de la dette publique, 60 % des Français ne se disent pas prêts à faire des efforts pour redresser les comptes du pays.

Vous personnellement, êtes-vous prêt à faire des efforts pour redresser les comptes du pays ? (source ifop)

Faut-il voir ici un signe d’inconséquence de la part des Français ? Il faut rester prudent dans le domaine, et rappeler que face aux problèmes d’endettement et de déficit, nos dirigeants restent malheureusement fidèles au levier de la pression fiscale. Ce n’est pas une nouveauté, Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman rappellent même dans leur dernier essai Transformer la France que l’hyperfiscalité est une tradition nationale presque millénaire.

Plutôt que de réformer et de freiner les dépenses publiques, nos dirigeants pourraient donc demander à nos concitoyens de contribuer à la résorption des déficits et de la dette par une pression fiscale accrue, bien que celle-ci nous place déjà en tête des pays de l’OCDE avec 45,2 % du PIB en 2015.

C’est d’ailleurs dans cette tradition dirigiste bien française que s’est engagé le gouvernement Macron de manière plus ou moins discrète, préférant ainsi sacrifier l’épargne des Français et endetter les générations futures plutôt que de sortir de la spirale franco-française de la dépense, de la dette et de l’impôt. Il ne suffira pas à Édouard Philippe de « croiser les doigts » pour que le déficit français reste inférieur à 3 % du PIB en 2018 : c’est tout l’édifice de la dépense publique qu’il faut repenser.