Les sciences cognitives peuvent contribuer à améliorer l’enseignement

Les sciences cognitives peuvent-elles faire évoluer le modèle éducatif français ?

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Jean-Michel Blanquer by Institut des Amériques(CC BY-ND 2.0)

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Les sciences cognitives peuvent contribuer à améliorer l’enseignement

Publié le 3 février 2018
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Par Cyril Couffe.
Un article de The Conversation

L’enseignement en France est aujourd’hui mis à mal par deux tendances fortes et présentes depuis plusieurs années. D’une part, le niveau scolaire des écoliers français est actuellement en pleine diminution selon plusieurs classements internationaux tandis que, dans le même temps, la transformation digitale continue de modifier l’organisation traditionnelle du travail et pose de réelles questions sur les futurs besoins en compétence. Faut-il réinventer notre modèle éducatif ?

Un Conseil Scientifique observé de près

En guise de réponse, Jean‑Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a opté pour la création du Conseil Scientifique de l’Éducation nationale dont la l’installation a eu lieu le 10 janvier 2018. Cette nouvelle instance consultative a pour mission de repenser la pédagogie à l’école en s’appuyant pour cela sur des preuves scientifiques solides. Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive expérimentale au Collège de France, en est le président et il a tenu sa première grande conférence internationale le 1er février sur le thème de l’expérimentation dans le domaine éducatif.

L’annonce de la création de ce Conseil a soulevé de nombreux questionnements de la part de chercheurs, enseignants et syndicats autour d’un risque de focalisation trop importante sur les neurosciences dans ce projet. L’une des peurs était que les nouvelles propositions recourent à une approche mécaniste, basée uniquement sur le fonctionnement du cerveau, qui nierait d’autres aspects de la situation en classe et passerait à côté de la réalité du terrain.

Pour répondre à ces inquiétudes, Stanislas Dehaene a réaffirmé le recours à une approche pluridisciplinaire, expliquant par exemple qu’ils n’allaient pas « faire des IRM à tous les écoliers » (ndlr : une technique d’imagerie cérébrale). De plus, la liste définitive des 21 membres du conseil aura permis de calmer un temps ces craintes. En effet, même si plusieurs experts sont directement issus des sciences cognitives, d’autres disciplines sont représentées comme la sociologie, l’informatique, les sciences de l’éducation, les mathématiques et l’économie.

Des chantiers sociétaux à lancer

Les enjeux sociétaux auxquels doit répondre ce conseil sont de taille : infléchir au plus vite la diminution du niveau scolaire de nos écoliers et les préparer au mieux à s’adapter à la complexité du monde et à un futur de plus en plus flexible et technologique. Les sciences cognitives, qui se destinent à décrypter les mécanismes de la pensée humaine, permettent justement aujourd’hui de mieux comprendre la situation pédagogique et d’augmenter l’efficience de notre système de formation. C’est pourquoi ce conseil devra poser plusieurs grands chantiers autour des méthodes de partage et d’évaluation des connaissances.

D’ores et déjà, de nombreux paramètres en classe ont fait l’objet d’études en sciences cognitives, offrant un bon niveau de maturité scientifique pour assurer un transfert efficace des connaissances. Il est à noter que les exemples qui vont suivre sont issus des réflexions de l’auteur et non du conseil scientifique. Un premier chantier pourrait s’appuyer sur la mise en application de notre compréhension du fonctionnement individuel des élèves et notamment de la triade attention, intention, émotions.

Dans ce domaine, de nombreux modèles et travaux nous expliquent comment l’attention peut être captée ou dirigée, quelles multiples opérations mentales sont nécessaires pour adopter un comportement flexible et adapté, mais également quelle influence ont les émotions sur nos comportements. La réunion de ces vastes domaines de connaissances augmente la compréhension de la situation pédagogique du point de vue de l’élève et permet de mieux repenser les temps de formation.

Un second chantier pourrait s’appuyer sur la compréhension empirique de la situation d’apprentissage et notamment l’existence de plusieurs « lois cognitives » à même de guider différentes méthodes pédagogiques. Qu’il s’agisse de la profondeur de traitement de l’information, de la répétition de l’information ou bien encore l’apprentissage distribué, plusieurs techniques peuvent être utilisées et combinées afin d’augmenter la rétention des informations.

Apprendre à apprendre

Seulement, l’école ne doit pas servir uniquement qu’à transférer une quantité d’informations d’un individu à l’autre. Elle doit également aider les apprenants à prendre du recul, à la fois sur les informations présentées afin de développer un esprit critique mais également sur leur propre mode de fonctionnement.

Cette réflexion constitue pour Stanislas Dehaene un chantier potentiel, ciblé sur l’objectif d’« apprendre à apprendre aux élèves, pour qu’ils développent leur autonomie et leur confiance en eux ». Ce domaine, aussi appelé la métacognition, était jusqu’alors rarement évoqué à côté des apprentissages fondamentaux que sont la lecture, l’écriture et le comptage.

Pourtant, cette capacité à s’adapter et à constamment apprendre de nouvelles connaissances et compétences a de nombreuses fois été citée comme centrale dans l’adaptation au futur marché du travail et à l’évolution de notre société. La mise en application d’actions dans ce domaine sera donc à suivre de très prés.

Expérimentations, tests et transmissions

Comment le conseil souhaite-t-il passer des mots aux actes ? Dès le début, celui-ci a affiché sa volonté très forte de mettre en place des expérimentations afin de développer des nouveaux outils d’évaluation physiques et numériques des performances de écoliers, ceux disponibles actuellement n’étant pas toujours satisfaisant sur le plan des délais et des mesures. Il s’agira par exemple d’aider les professeurs des écoles à évaluer par des tests éprouvés, tout au long du CP, le niveau de chaque élève.

Dans un second volet, il s’agira également de passer rapidement à la mise en place de test des nouveaux protocoles pédagogiques afin de mesurer leur efficacité sur le terrain. En revanche, les moyens associés à ces expérimentations devront être conséquents afin de mettre en place des études directement en classe, au moyen notamment de réseaux d’écoles à même de les accueillir et de chercheurs et jeunes chercheurs capables de porter ces projets.

Dans un troisième volet, il faudra impérativement sensibiliser et former les professeurs des écoles à la pratique pédagogique nourrie des recherches en sciences cognitives. Cela risque d’être malheureusement complexe sans repenser les temps de formation des enseignants et futurs enseignants. Pourtant, nombreux sont ceux qui aimeraient bénéficier de ces connaissances, qui se révèlent être un réel appui au quotidien.

Trois défis à relever

Ainsi, ce projet répond à des ambitions très fortes en lien avec la réussite des générations futures en se basant sur le constat actuel plutôt inquiétant de la baisse du niveau scolaire en France. Seulement, les moyens investis devront être à la hauteur des défis et écarter plusieurs dangers en lien avec le fonctionnement des réformes d’état, les ressources ou encore nos choix de société.

Premièrement, il faut à tout prix éviter un mode de fonctionnement vertical qui n’inclurait pas les enseignants. Ainsi, les professeurs des écoles devront être impliqués de façon précoce aux différents groupes de travail qui sélectionneront et piloteront les projets. En plus d’enrichir les débats grâce à leur vision irremplaçable du terrain, cette association permettra d’augmenter la légitimité des propositions de cette instance et les chances qu’elles puissent ultimement nourrir les pratiques pédagogiques actuelles.

Il ne faudra pas nous plus négliger la montée en compétence du personnel enseignant, et bannir l’idée d’un système qui ne ferait qu’ajouter des préconisations sur la formation des profs sans dégager les moyens financiers et temporels nécessaires.

The ConversationEnfin, il a déjà été souligné combien il est essentiel que le modèle éducatif soit relié à l’évolution du travail et de la société, notamment au regard de la transformation digitale. Néanmoins, il convient de réfléchir ensemble à un modèle pédagogique lucide et à même de faire grandir nos écoliers tant sur le plan des compétences que de la connaissance de soi, des autres, et de la culture.

Cyril Couffe, Directeur de la chaire « Talents de la transformation digitale », Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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