Daval, Cahuzac et l’insécurité

Jérôme Cahuzac (Crédits : Parti socialiste, licence CC BY-NC-ND 2.0)

Il y a 3 mois, les images tournaient en boucle dans la médiasphère, on regardait avec compassion Jonathann Daval en larmes, en tête d’une marche blanche en mémoire de son épouse assassinée.

Par Richard Guédon.

Soutenu par ses beaux-parents, le mari éploré prenait la parole pour confesser son amour pour son épouse Alexia, sauvagement étranglée puis à moitié brûlée dans un bois près de Gray (Haute Saône) : « elle était mon oxygène ».

Stupeur ! Le mari est l’assassin

Et puis stupeur, les policiers, après une enquête discrète dont les éléments essentiels s’appuient sur les technologies d’aujourd’hui, découvrent qu’en fait d’oxygène c’est le veuf inconsolable qui a serré le cou de la femme aimée, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Cette triste affaire me fait irrésistiblement penser à l’affaire Cahuzac : dans les deux cas, le coupable proclame son innocence, larmes pour le premier, serments solennels pour le second, les images tournent en boucle et nous sommes transformés en témoins concernés.

Jérôme Cahuzac et Jonathann Daval

Cahuzac nous interpelle, ses gros yeux dans nos yeux, « Je n’ai pas, Monsieur le Député, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant ni avant ».

Daval nous touche, ses grosses larmes dans nos cœurs prompts à l’identification et à la compassion.

Et patatras ! Cahuzac, qui aurait dû nous protéger de la fraude, s’avère fraudeur lui-même et Daval, qui aurait dû protéger son épouse des assassins, s’avère être l’assassin lui-même. Et ces gros mensonges nous écœurent d’autant plus que nous avons été, médias obligent, individuellement témoins.

Les boucs émissaires

Dans les deux cas, comme toujours, on a d’abord montré du doigt des boucs émissaires bien pratiques, à Gray un « exhibitionniste à camionnette blanche », un « meurtrier en liberté qui nous menace tous », à Bercy les « riches » et autres « grands capitalistes ».

La perte irrémédiable des parents

Daval sera jugé, Cahuzac l’est déjà, condamné à 3 ans de prison, et sera rejugé en appel ces jours-ci. Mais la comparaison s’arrête là : si Cahuzac a été remplacé, facilement, par un autre politicien, et devra, nous l’espérons, rendre l’argent détourné, personne ne rendra jamais Alexia à ses parents qui ont perdu en 3 mois leur fille et… leur gendre, ange déchu devenu démon.

Hélas la norme

Cet homicide est-il si surprenant ? Il est hélas la norme : les statistiques montrent que lorsqu’une femme est assassinée, dans un cas sur deux le coupable est soit son mari, soit son compagnon soit son amant, soit un ex.

Si l’on étudie l’ensemble des homicides élucidés, et on en élucide de plus en plus grâce à la science, on s’aperçoit que, dans deux cas sur trois, la victime connaissait son meurtrier.

L’époque la moins violence

La tendance historique est à la baisse constante du nombre d’homicides. En France métropolitaine 825 homicides ont été commis en 2017 contre 892 en 2016 et 872 en 2015, années durant lesquelles le terrorisme a fait « légèrement » remonter le chiffre.

Nous vivons en fait la période la moins violente de toute l’Histoire malgré le sentiment d’insécurité ressenti par beaucoup de nos concitoyens. Au Moyen Âge on assassinait vingt fois plus, en ne comptant pas les guerres.

Ce sentiment n’est d’ailleurs nullement illogique puisqu’il est à l’origine même de la baisse du recours à la violence, qui diminue justement parce que les gens ne la supportent plus.

Les causes des décès

Pour situer ce nombre de décès intentionnels de la main d’autrui rappelons qu’en France, environ 600 000 personnes meurent chaque année, dont la grande majorité de maladie, puisque la médecine moderne ne connait plus ni la belle mort, ni la mort de vieillesse.

Ainsi, chaque année les cancers et maladies cardiovasculaires sont responsables de 300 000 décès, suivies par les maladies respiratoires.

Les accidents de la vie courante (domestiques, sports, loisirs…) sont à l’origine de 20 000 décès, les suicides 10 000, les accidents de la route 3500.

De la rationalité dans la perception des risques

Utilisons maintenant ces chiffres pour introduire un peu de rationalité dans notre sentiment d’insécurité : quels sont les risques graves dont nous devons nous protéger ?

D’abord les cancers et les maladies cardiovasculaires ; la meilleure façon de les éviter est de pratiquer une hygiène de vie de base : pas de tabac, une alimentation équilibrée et pas trop calorique, une demie heure d’exercice physique chaque jour, ne serait-ce que de la marche. Par ces moyens simples, nous pouvons, en moyenne, diviser par deux notre risque de mourir de ces deux maladies de civilisation.

Ensuite les accidents de la vie courante nous menacent d’autant plus que nous nous sentons en parfaite sécurité à la maison et que cette impression est trompeuse. Un certain nombre de précautions pour éviter les accidents des petits enfants, les risques du bricolage ou les chutes en vieillissant, permettent de diminuer les risques.

La question des accidents de la route repose avant tout, nous le savons, sur notre comportement de conducteurs.

La mort violente

Si maintenant nous craignons de mourir de mort violente, il nous faut d’abord craindre notre propre violence sur nous-mêmes, puisque nous avons 12 fois plus de risques de nous suicider que d’être victimes d’un homicide, et c’est toute la question, dramatique, des maladies mentales qui est posée. Et la réponse n’est pas simple.

Moins de 1 cas sur 250 000

Si maintenant nous avons peur d’être assassinés, les chiffres montrent qu’il faut craindre d’abord nos proches ; si nous sommes une femme, il faut surtout craindre les hommes qui disent nous aimer, et ensuite seulement les inconnus. Chaque année nous avons moins de 1 risque sur 250 000 d’être assassinés par un inconnu, et encore moins par un étranger : risque infinitésimal !

Je ne me hasarderai pas à chiffrer le risque annuel, infiniment plus élevé sans doute, de nous faire dévaliser par un ministre du Budget et laisse cela aux spécialistes.