Les Dix Commandements de la rationalité

La personne authentiquement rationnelle garde sa logique enracinée dans la vérité et ne la laisse jamais se transformer en une simple ruse verbale.

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Les Dix Commandements de la rationalité

Publié le 31 janvier 2018
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Par Daniel Lattier.
Un article de Foundation for economic education

Être rationnel ne consiste pas seulement à mémoriser et appliquer des formules, ou à apprendre à faire la différence entre un syllogisme valide et un syllogisme invalide. Il s’agit plutôt de cultiver des habitudes et des compétences intellectuelles qui, bien qu’elles puissent sembler toutes simples, ne sont acquises qu’après des années d’efforts et d’éducation.

Dans son livre Being Logical: A Guide to Good Thinking, le professeur de philosophie D. Q. McInerny énonce 10 principes que cultivent les individus rationnels pour penser efficacement.

1) Attentif, tu seras.

« De nombreuses erreurs de raisonnement s’expliquent par le fait que nous ne prêtons pas suffisamment attention aux situations dans lesquelles nous nous trouvons« , écrit McInerny. Une personne rationnelle s’est alors entraînée à toujours être attentive aux détails – même dans des situations familières – de peur de porter un jugement erroné.

2) Directement aux faits, tu iras.

« Si une chose couramment admise est un élément auquel nous avons directement accès, alors le moyen le plus sûr d’en établir la véracité est de s’en assurer par nous-même. Nous en avons alors des preuves directes. Si nous ne pouvons pas établir le caractère factuel par des preuves directes, nous devons alors rigoureusement vérifier l’authenticité et la fiabilité de toute preuve indirecte à laquelle nous faisons appel afin que, sur la base de cette preuve, nous puissions établir avec confiance le caractère factuel de la chose. »

3) D’avoir les idées claires, tu t’assureras.

Nos idées sont le moyen par lequel nos esprits structurent et comprennent le monde. Les idées claires reflètent fidèlement ce monde, alors que les idées floues nous donnent une vision déformée de celui-ci. Une personne rationnelle teste constamment ses idées pour s’assurer qu’elles correspondent bien à leurs objets.

4) Vigilant sur l’origine des idées, tu seras.

La personne rationnelle sait laquelle de ses idées est basée sur des choses qui existent réellement dans le monde. Il sait, par exemple, que son idée de « Chat » correspond à des choses dans le monde connu sous le nom de « chats ». Comme contre-exemple, certaines personnes ont l’idée qu’il y aurait eu une papesse nommée Jeanne au 9ème siècle. Mais s’ils prenaient le temps de vérifier l’origine de cette idée, ils constateraient qu’il est largement admis par des historiens renommés et respectables que cette idée prend sa source dans une légende.

5) Correspondre les idées aux faits, tu feras.

McInerny écrit : « Pour éviter que mon idée ne soit le produit d’un pur subjectivisme, auquel cas elle ne pourrait être communiquée aux autres, je dois continuellement m’appuyer sur ces nombreux faits dans le monde objectif d’où l’idée est apparue. Autant cela est facile avec des idées qui ont une correspondance simple avec les choses du monde extérieur (par exemple, mon idée de « chat » se réfère à un vrai chat), autant c’est beaucoup plus difficile à faire, comme nous en avons tous fait l’expérience, avec des idées plus complexes comme le capitalisme et le socialisme, ou le conservatisme et le libéralisme. Pour que ces idées restent fiables et sensées, il faut qu’elles soient constamment en lien avec des faits qui les soutiennent, et accessibles à tous. »

6) Correspondre les mots aux idées, tu feras.

Nous ne pouvons communiquer nos idées aux autres que si nous employons des mots qui expriment ces idées avec précision. Mais trouver les bons mots peut être difficile. En cas de difficulté, il faut revenir aux sources :

« Comment pouvons-nous nous assurer que nos paroles correspondent aux idées que nous cherchons à transmettre ? Le processus est le même que celui que nous suivons pour confirmer la clarté et la justesse de nos idées : en revenir à la source-même de l’idée. Souvent, nous n’arrivons pas à trouver le mot juste pour une idée parce que nous n’avons pas une bonne compréhension de l’idée elle-même. Habituellement, lorsque nous clarifions l’idée en la confrontant à sa source dans le monde objectif, alors le mot juste nous parviendra. »

7) Efficacement, tu communiqueras.

Être logique consiste en fin de compte à déterminer quels énoncés sont vrais ou faux. Pour que les autres puissent déterminer avec exactitude la véracité d’une déclaration, celle-ci doit leur être communiquée de manière claire et précise.

McInerny propose alors les lignes directrices suivantes pour une telle communication :

– Ne présumez pas que votre auditoire comprend ce que vous dites si vous ne le rendez pas explicite.

– Parlez en phrases complètes.

– Ne traitez pas les énoncés évaluatifs (p. ex. »Telle œuvre d’art est laide ») comme s’ils étaient des énoncés de faits objectifs.

– Évitez les doubles négatifs.

– Adaptez votre langage à votre auditoire.

8) Employer un langage vague et ambigu, tu éviteras.

« Vague » et « ambiguë » viennent tous deux de mots latins qui signifient « errant ». Un langage vague et ambigu tend à errer dans les idées plutôt qu’à avoir un sens fixe et défini. Une personne rationnelle utilise un langage précis pour que son auditeur sache exactement de quoi elle parle et puisse évaluer la véracité de ses affirmations. Si elle fait référence à des termes plus complexes comme « liberté » ou « égalité », elle s’assure d’établir sa compréhension particulière de ces termes.

9) D’employer un langage évasif, tu éviteras.

« Le problème du langage évasif (c’est-à-dire un langage qui n’énonce pas exactement ce qu’un orateur a en tête), est double. Premièrement, c’est qu’il peut évidemment leurrer un public. Deuxièmement, et plus subtilement, il peut aussi avoir un effet délétère sur les personnes qui l’utilisent, en déformant leur propre sens de la réalité. L’utilisateur façonne le langage, mais la langue façonne aussi l’utilisateur. Si nous utilisons constamment un langage qui déforme la réalité, nous finirons par croire notre rhétorique tordue. »

10) À parvenir à la vérité des choses, tu chercheras.

L’objet de la logique, selon McInerny, est d’arriver à la vérité des choses. Il explique qu’il existe deux formes fondamentales de vérité : la vérité « ontologique », c’est-à-dire ce qui existe réellement, et la vérité « logique », c’est-à-dire la vérité des déclarations.

En fin de compte, il nous rappelle que : « Ce qui détermine la vérité ou la fausseté d’une déclaration, c’est ce qui existe véritablement dans le monde réel. En d’autres termes, la vérité « logique », est fondée sur la vérité « ontologique ». »

La personne authentiquement rationnelle garde donc sa logique enracinée dans la vérité et ne la laisse jamais se transformer en une simple ruse verbale.

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  • Récemment j’ai eu une discussion sur un forum, au cours de laquelle j’affirmais que « le communisme n’est possible qu’après une période totalitaire appelée la dictature du prolétariat. »
    Ayant reçu une bordée d’injures, je me demande ce que j’ai mal fait car je pense avoir respecté de nombreux points présentés dans cet article, ce qui devrait être suffisant pour m’éviter la damnation éternelle promise par mon interlocuteur.
    D’où ma question :
    Aurais-je dû mettre des majuscules à  » Dictature du Prolétariat  » ?

  • Les contraintes 5,6,8,9 et 10 interdisent à celui qui les respecte de finir homme politique. C’est gênant, tout de même.

    • @ JRDC
      Qui a bien pu vous dire que la politique était logique?

      Chaque fois que vous entendez / lisez qu’une décision s’est imposée « pour raison politique », c’est que, au mieux, la logique ne suffisait pas pour la justifier!

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