Le pitoyable retour de Framatome

La centrale nucléaire de Cattenom By: Gilles FRANCOIS - CC BY 2.0

Le retour de Framatome, ainsi renommée par EDF, vient souligner l’immense gâchis opéré depuis l’immixtion de l’Etat dans cette entreprise.

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Framatome (Franco-Américaine de Constructions Atomiques) a été créée en 1958 par deux entreprises françaises, Schneider et Merlin Gerin et par l’Américaine Westinghouse Electric qui possédait une licence pour l’exploitation des réacteurs à eau pressurée.

Public ou privé, le développement nucléaire oscille entre deux voies mais la deuxième l’emporte.

Le début de la politique du nucléaire civil français est marqué par des choix raisonnés en termes de technologie, d’indépendance et d’économie. L’État décide, à travers le parlement, de l’orientation stratégique nucléaire et délègue à EDF la mise en place du programme électronucléaire français.

Auparavant, en 1945, le CEA est créé selon les vœux du général de Gaulle pour lancer la recherche et l’industrialisation de l’énergie nucléaire en France. La solution qu’il préconise (réacteur nucléaire modéré au graphite, UNGG) est appliquée pour la première génération de réacteurs.

Elle s’avère cependant plus coûteuse et moins sûre que la technologie de refroidissement par eau pressurée (REP) proposée par Framatome. Malgré ses avantages en termes d’indépendance stratégique, cette première technologie est abandonnée en faveur de la solution portée par Framatome.

L’entreprise privée a gagné ; le choix de la libre concurrence permettra la mise en place d’une solution efficace meilleur marché. En plus de la solution du CEA, une proposition de la Compagnie Générale d’Électricité (CGE), alliée à General Electric, est repoussée.

C’est donc par le jeu sain de l’économie de marché que la construction électronucléaire française se poursuit. L’État, par ailleurs, limite les risques d’EDF qui les reportent partiellement sur des sous-traitants privés.

L’erreur originelle, la nationalisation

Pourtant, prenant le contrepied de ce processus, le 6 août 1975, le Conseil des ministres impose une concentration complète de l’industrie nucléaire nationale. Espérant des gains par la standardisation, il décide de ne retenir qu’une seule filière (REP), celle de Framatome.

Alors que le jeu de marché a empêché la filière de s’enfermer dans des technologies sans issue, le gouvernement fait le choix d’abandonner la compétition grâce à différents fournisseurs. Le CEA, dont la solution proposée n’avait pas donnée satisfaction, entre alors au capital. C’est le début de la nationalisation. En contrepartie, l’Etat accorde le monopole de la construction de chaudières nucléaires. La collusion public-privé est à ses débuts.

Fort d’un monopole public et de participations étatiques, Framatome devient alors incontournable. Les jeux de transfert de capitaux ne vont plus cesser, cornaqués par les services étatiques. De Westinghouse, le capital est transféré à Creusot Loire. Cette entreprise fera faillite malgré les coûteuses aides étatiques.

Framatome se retrouve nationalisée totalement une première fois. Le capital est ensuite redistribué au gré des plans gouvernementaux. CGE qui devient Alcatel-Thomson, EDF, groupe Dumez qui deviendra Vinci, le Crédit Lyonnais, le CEA, l’Etat multiplie les montages financiers.


Le destin de toutes ces sociétés, qu’elles soient publiques ou privées, est peu reluisant. Elles ont participé de trop près aux tractations financières imaginées dans les couloirs du pouvoir public. Thomson n’existe plus, le Crédit Lyonnais non plus. Alcatel et EDF enregistrent des résultats médiocres dont témoignent leurs parcours boursiers.


Les mouvements de capitaux se poursuivent, Siemens entrant au capital de la partie strictement nucléaire de Framatome. En 2001, toutes les composantes nucléaires françaises fusionnent (filiale du CEA, Framtome et Cogema) et deviennent alors Areva. Siemens se retire en 2009 et vend, pour 1,62 Mds €, ses parts à Areva, qui possède alors la totalité d’AREVA NP (nuclear power). La société est de nouveau 100% publique. Depuis sa valeur a été divisé par 9.

Source : Abcbourse (5 janvier 2018)

Finalement, l’État propose de nouveau de restructurer le secteur nucléaire, autour d’EDF. L’entreprise publique récupère ce qui reste de l’activité nucléaire d’Areva NP avec des participations minoritaires de MHI, une entreprise japonaise, et d’Assystem.


Le grand puzzle continue, absorbant et détruisant de nombreuses sociétés. La France est le pays du monde utilisant le plus d’électricité nucléaire dans son mix énergétique, grâce à 58 réacteurs répartis dans 19 centrales. Que restera-t-il de ce savoir-faire ?

Sous prétexte d’indépendance et d’efficacité économique, les gouvernements ont nationalisé de nombreuses sociétés du secteur. Il en ressort fragilisé et les finances publiques en ont pâti. Pour autant, la France n’est en rien indépendante, moins qu’avant peut-être et la construction de la dernière centrale n’est en rien un exemple d’efficacité financière. Pour couronner le tout, l’État souhaite réduire l’utilisation d’énergie nucléaire. Quel est le sens de tout cela ?

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