Castro, Chavez, Trump : des promesses aux mensonges

De Castro à Trump en passant par Chavez : les mécanismes de manipulation politique sont bien les mêmes.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Castro, Chavez, Trump : des promesses aux mensonges
Castro, Chavez, Trump : des promesses aux mensonges By: UKBERRI.NET Uribe Kosta eta Erandioko agerkari digitalaCC BY 2.0

 

À l’heure, la nôtre, où l’on vit dans un monde gagné de plus en plus par le virtuel, la politique n’a pas manqué de se mettre au diapason. Elle est entrée dans une ère dénommée « post-factuelle » (post-fact en anglais), où les faits ne comptent pas [http://granta.com/why-were-post-fact/]. Il devient politiquement rentable d’assener des contrevérités, car elles sont mieux à même d’appâter un public désabusé, prêt à donner du crédit à des discours incantatoires et avide de tenter autre chose et pourquoi pas n’importe quoi.

Asséner des contrevérités

On a vu la méthode à l’œuvre chez les promoteurs du Brexit, quand ils prétendaient – avant de se démentir eux-mêmes une fois le référendum gagné – que la sortie de l’Union Européenne permettrait de gonfler les caisses du NHS (la sécu britannique) de £350 millions (415 millions d’euros) par semaine. On la voit également opérer, cette méthode, chez Vladimir Poutine, par exemple quand il affirme, contre toute évidence, qu’il n’y a pas eu de troupes russes en Ukraine ou que l’État russe n’a rien à voir dans l’affaire du dopage d’athlètes russes. On la voit, enfin, chez Donald Trump, qui a construit sa popularité en battant tous les records de contrevérités.

Que ces personnages tiennent un discours divorcé de la réalité ne refroidit nullement leurs admirateurs. Ceux-ci allèguent volontiers que tous les politiques mentent ; tant qu’à faire, se disent-ils, pourquoi ne pas donner une chance à ceux qui font rêver ?

Tout compte fait, le monde post-factuel n’est pas aussi nouveau qu’on peut le croire. Il y a belle lurette qu’il a pris racine en Amérique latine, promu par une gauche radicale acquise au castrisme et au chavisme, deux idéologies jumelles qui, après avoir suscité espoir et admiration dans de vastes secteurs d’opinion, se sont avérées être de véritables cauchemars pour les peuples sous leur contrôle.

Après la débâcle économique et politique qu’ils ont eux-mêmes créée, le castrisme et le chavisme continuent d’égrener des contrevérités. Ils prétendent qu’ils ne sont pour rien dans cette débâcle, laquelle est le fruit de complots ourdis par l’Empire (lisez : les États-Unis) et ses « fers de lance locaux » : les « contre-révolutionnaires » ou « mercenaires » à Cuba ; « l’opposition fasciste » et « la bourgeoisie parasite » au Venezuela.

L’exemple de Cuba

La plus vieille contrevérité véhiculée par cette gauche a trait à l’embargo imposé par les États-Unis à Cuba en réaction à des expropriations non indemnisées de firmes américaines au début du régime castriste.

Conformément à la définition d’embargo, celui appliqué à Cuba interdit ou restreint les opérations commerciales et financières entre d’une part, des firmes opérant aux États-Unis et, de l’autre, Cuba. Toutefois, pour mieux se poser en victime et rejeter sur l’embargo américain la faute du fiasco économique du socialisme cubain, la propagande castriste et ses caisses de résonance emploient le terme blocus (et non pas embargo ), ce qui suppose un encerclement de l’île. Or, tel n’est pas le cas, puisque le régime castriste a tout le loisir d’échanger avec le reste du monde.

Attribuer l’échec économique du castrisme à l’embargo américain – comme le fait la propagande officielle – est une affirmation d’autant plus fallacieuse que les États-Unis, nonobstant cet embargo, sont l’un des cinq partenaires commerciaux les plus importants de Cuba, fournissant à l’île 16% de ses importations de produits agricoles.

En bon élève du castrisme, Hugo Chavez aura porté la « post-factualité » vers des sommets inédits.

Le tremblement de terre qui ravagea Haïti fut, aux dires de Chavez, l’œuvre des États-Unis. Et si l’on ne détecte pas de vie sur Mars, eh bien, c’est, toujours selon Chavez, parce que le capitalisme avait produit de tels ravages sur cette planète, que toute civilisation y a disparu.

Et au Venezuela

Le successeur d’Hugo Chavez et actuel Président du Venezuela, Nicolas Maduro, n’est pas en reste. On ne compte plus le nombre de fois qu’il aura dénoncé des conspirations orchestrées par les États-Unis pour renverser son régime, voire pour l’assassiner, et qu’il aura accusé les Etats-Unis d’avoir inoculé le cancer à Chavez, s’engageant à apporter des preuves de ces imputations sans jamais honorer ses promesses.

Amusant ? Oui. Ridicule ? Sans aucun doute. Contreproductif surtout. Car pendant que les régimes en place à La Havane et à Caracas s’évertuent à justifier leur échec par d’incessantes conspirations de l’Empire et ses agents locaux, ils ratent l’essentiel, à savoir : la nécessité de jeter par-dessus bord un modèle étatiste qui a partout échoué.

Et maintenant, Trump

De même que le castrisme et le chavisme, le candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald Trump, a construit sa fulgurante carrière politique en tenant des promesses mirobolantes destinées à séduire les électeurs lésés par la globalisation rétifs aux mutations démographiques, et en désignant un prétendu coupable de leurs difficultés. À la nuance près que, dans le cas de Trump, l’ennemi à abattre, ce ne sont pas les mercenaires du castrisme ou les fascistes du chavisme, mais les élites corrompues de Washington et de Wall Street. Et à l’instar du castrochavisme en Amérique latine, Trump se pose en seul véritable défenseur du petit peuple face à ces élites.

Un autre point commun entre Trump et le castrochavisme se trouve dans leur refus d’accepter l’opinion majoritaire si celle-ci venait à leur être défavorable.

En effet, au Venezuela, quand les sondages commencèrent à prédire la victoire de l’opposition aux élections parlementaires de décembre 2015, le Président Maduro menaça qu’en cas de défaite de son parti, il occuperait la rue.

Puis, à propos des prochaines élections présidentielles américaines, Maduro déclara que « si elles étaient vraiment libres, Bernie Sanders l’emporterait ». Aussi, pour être jugées libres par Maduro, il faudrait que ces élections soient gagnées par le candidat de son choix.

Même type de réaction chez Donald Trump. Comme il décroche dans les derniers sondages, Trump se montre déjà mauvais perdant et déclare que les élections de novembre prochain vont être truquées.

Bien sûr, les États-Unis ne sont pas Cuba ou le Venezuela, où les institutions démocratiques ont été réduites à néant par des leaders politiques qui n’ont que faire du libre débat d’idées et du jeu de l’alternance. En Amérique, les mécanismes des contre-pouvoirs sont bien ancrés et pourraient tenir bon face aux assauts d’un Donald Trump.

Il n’empêche que, comme l’a souligné l’hebdomadaire britannique The Economist, l’économie américaine ne se porte pas aussi mal que Trump ne veut le faire croire, et pourrait perdre énormément (« an awful lot » sont les mots du magazine) à cause des distorsions que les politiques protectionnistes, isolationnistes et réglementaristes prônées par lui ne manqueraient pas de créer.

De sorte que, même si le mécanisme des contre-pouvoirs aux États-Unis parvenait à limiter la casse, les dommages produits par une éventuelle présidence de Donald Trump seraient tout sauf négligeables. Avec la circonstance aggravante que, compte tenu du poids de l’Amérique au niveau planétaire, si celle-ci venait à dérailler économiquement et politiquement à cause de Trump, le monde entier en subirait les conséquences.