Management : la malédiction du talent

Comment vaincre la malédiction du talent, et se sortir de ce gentil comportement de « suiveur exceptionnel » en entreprise ?

Par Gilles Martin.

Ce sont des individus que l’on reconnaît facilement : on dit d’eux qu’ils sont bons, bons managers, bons experts, bons consultants. Ce qui leur vaut ces louanges : ils exécutent à la perfection ce que l’on attend d’eux. Ils ont travaillé dur parfois pour acquérir les qualités qui les ont rendus spéciaux au début, et ainsi être à la hauteur des attentes des autres.

Donc, tout va bien, non ?

Le conformisme dangereux

Et bien, non, si l’on en croit Jennifer Petriglieri et Gianpiero Pietriglieri, profs à l’INSEAD, qui parlent dans le dernier numéro de la version française de HBR, de « la malédiction du talent ».

Le problème, tel que l’ont observé les auteurs, c’est que ces qualités qui ont rendu spéciaux et talentueux ces bons élèves ont tendance à être enterrées. Ils deviennent tellement conformes qu’ils finissent par se comporter « comme tout le monde », et peuvent alors se mettre à exécuter machinalement leur travail, sans challenge, ou à chercher une sortie de secours, et donc quitter le job.

De fait, ces personnes se sentent piégées par les attentes des autres et obsédées de démontrer qu’elles sont méritantes. Résultat : elles finissent par se conformer platement à l’idéal d’excellence que portent les responsables de leur organisation, et perdent ainsi toute trace de singularité. Ces « bons managers » sont ainsi ce que les auteurs appellent des « suiveurs exceptionnels ».

Encourager les comportements déviants

Les entreprises portent aussi une part de responsabilité dans le développement de ces « suiveurs exceptionnels ».

Les entreprises qui voient ces « suiveurs » proliférer sont celles qui encouragent cette conformité fade, les pensées peu inclines au risque, et un comportement un peu guindé, qui la ramène pas. Car accepter les comportements déviants, et même les encourager, sans les réprimer, cela demande d’abord du courage, et ce n’est pas toujours la qualité première des dirigeants.

Alors, pour ces managers devenus ainsi victimes de la malédiction du talent, et « suiveurs exceptionnels », y-a-t-il moyen de s’en sortir ?

Comment s’en sortir ?

Trois étapes, selon les auteurs.

  1. Possédez votre talent, ne soyez pas possédé par lui : le développement ne consiste pas à acquérir une somme finie de compétences qui constitueraient la « performance », la course étant alors de courir pour acquérir au plus vite ces compétences une par une, mais de considérer que le processus d’apprentissage est infini, et que chaque palier est le début d’un autre. C’est pourquoi, quel que soit son « talent », il y a toujours à apprendre. Il n’est donc pas recommandé de se plier systématiquement aux exigences des autres (ni forcément d’être un rebelle permanent), mais d’être attentifs aux besoins des autres, et à ses propres besoins.
  2. Amenez votre personnalité tout entière au travail, et pas seulement le meilleur de votre personnalité : car la créativité et l’originalité vont aussi naître de l’angoisse, de la ténacité, des émotions. Cacher ses émotions pour être conforme nous rend… conforme.
  3. Accordez de l’importance au présent : donner de l’importance au présent, c’est considérer chaque instant comme une destination, et non une étape de la course à la performance, à la carrière. C’est en savourant chaque présent que le futur parait se dérouler avec moins de douleur. Les pressions, les doutes, ne sont pas des mauvais moments à passer mais font partie de l’apprentissage, et plus on avance dans l’art de diriger, soi-même et les autres, plus il y en aura. Ce qui compte, là encore, c’est le courage.

Prêts pour vaincre la malédiction du talent, et se sortir de ce gentil comportement de « suiveur exceptionnel » ? Suivez le guide : le guide, c’est vous.

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