L’impact de la révolution numérique sur le travail

Quelles sont les transformations du travail portées par la révolution numérique ?

Par Vladimir Vodarevski.

Dans un premier article, j’ai montré que les formes de travail qualifiées d’atypiques, comme le travail indépendant, avaient toujours existé (L’évolution du travail : non, il n’y a pas de révolution).

Ensuite, j’ai montré que la forme du travail changeait, mais pas sa nature. Le travail est une prestation de service. Le problème étant qu’on s’est trop attaché à la forme du travail. Les évolutions sont alors vues comme des révolutions, ce qu’elles ne sont pas. Je me suis appuyé sur le découpage d’Alvin Toffler pour cet article : Une brève histoire du travail.

Maintenant, ce nouvel article traite des transformations du travail dues à l’évolution technologique. Quelle est cette évolution technologique ? On l’appelle révolution numérique, big data.

Je préfère la déjà vieille expression : technologies de l’information et de la communication. Mais peu importe à ce stade de la réflexion. C’est un fait que cette évolution technologique se diffuse à de nombreux niveaux dans l’économie.

La diffusion des technologies de l’information et de la communication

Un article de l’IREF souligne que l’emploi dans le numérique ne représente que 5 % du total de l’emploi privé aux États-Unis, selon les chiffres du Bureau of Labor Statistics. Ce qui montre que ce qui est appelé la révolution numérique n’est pas une révolution en termes de volume d’emplois, mais parce qu’elle se diffuse à travers toute l’économie. Tous les secteurs, des plus qualifiés aux moins qualifiés, sont touchés.

Aujourd’hui, l’expression à la mode est big data. Ce qui traduit le fait que l’informatique actuelle est capable de traiter des montagnes de données (data en anglais). Ce qui permet de trouver des corrélations entre vos consultations internet et des propositions commerciales par exemple.

Dans le domaine industriel, grâce à l’informatique, on se passe de prototype dans bien des domaines. Tout est modélisé, ce qui permet de voir immédiatement toutes les conséquences d’une modification. L’un des leaders mondiaux en la matière est l’entreprise française Dassault Systèmes.

Dans un autre domaine, un comptable va utiliser aujourd’hui un logiciel qui va lui calculer automatiquement les ratios financiers. Il va utiliser un tableur pour faire ses calculs, et mettre en forme ses tableaux.

Cela fait longtemps que dans les grandes surfaces la gestion des stocks se fait en temps réel : le passage en caisse met à jour automatiquement le stock. L’information juridique est disponible sur le web. Là où il fallait soit une connaissance encyclopédique, soit une multitude de codes, il suffit aujourd’hui de rechercher l’information sur internet.

Tous les métiers peuvent être impactés. Ainsi, dans la restauration, les serveurs disposent de tablettes. Ils y inscrivent les commandes et un bon est émis au bar ou en cuisine, permettant de lancer la commande.

Ou encore c’est en saisissant les commandes sur une caisse que le processus se déclenche. De même, les livreurs de pizzas suivent leur chemin sur leur smartphone. Les chauffeurs de VTC sans expérience peuvent également utiliser une application pour les guider.

Enfin, on voit le développement de place de marché où chacun peut proposer ses compétences. Une foule de métiers est concernée. Des plus qualifiés, comme des aides ménagères ou pour le bricolage. Ou simplement partager son logement ou sa voiture. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication irriguent toute l’économie

Traitement et mise à disposition de l’information

Vers quoi tend cette technologie qui se diffuse à toute l’économie ? Elle tend au traitement et à la mise à disposition de l’information. D’où ma préférence pour la terminologie technologies de l’information et de la communication, ou TIC.

Ainsi, le big data est le traitement de données. Ce traitement est ensuite mis à disposition d’un certain nombre de personnes. De même, les logiciels de conception industrielle traitent une multitude de données, et donnent un résultat qui retranscrit les relations entre elles.

De même, un simple tableur traite des données, et met à disposition une synthèse sous forme de tableaux. Idem pour les logiciels comptables, qui traitent les données qu’on y entre, et peuvent ressortir toutes sortes de tableaux et synthèses. On y trouve même les factures dématérialisées.

Enfin, on a aujourd’hui toutes sortes d’informations mises à disposition. Là où il fallait posséder une grande bibliothèque, renouvelée tous les ans pour être à jour des codes juridiques en tout genre, il suffit d’aller sur internet. Une information gratuite, ou moins onéreuse que l’information-papier d’autrefois, est disponible. Sans compter qu’elle est actualisée beaucoup plus souvent.

Le livreur de pizza utilise aussi une application de traitement et de mise à disposition de l’information. Il entre une adresse, une application analyse une carte avec les sens de circulation, et ressort un itinéraire. Tout comme le chauffeur de VTC. Tout comme le restaurateur qui scrute les variations de météo sur son smartphone.

Et une place de marché met en relation acheteurs et vendeurs. Les vendeurs de biens ou de services peuvent être notés. Ils indiquent leurs disponibilités. À nouveau un traitement et une mise à disposition d’informations.

L’autonomisation du travail

Concernant spécifiquement les formes du travail, que signifie l’évolution technologique ? Comme les précédentes évolutions, elle accroît les capacités de l’individu. Précédemment, ce sont les capacités physiques qui ont été augmentées, la machine faisant ce qui n’est pas possible à l’homme, ce qui entraîne de nouvelles possibilités pour l’individu. Il peut fabriquer des choses de plus en plus complexes.

On parle généralement de progrès de productivité. C’est juste. Il y a une baisse des coûts. On construit un objet plus perfectionné, à moindre coût qu’auparavant. Mais ce sont aussi de nouvelles possibilités qui apparaissent : on construit des objets impensables avant les progrès de la technologie.

Aujourd’hui, ce sont les capacités de traitement et de mise à disposition de l’information qui sont augmentées chez les individus. On ne peut pas parler vraiment d’augmentation des capacités intellectuelles. Car seule la simple mise à disposition de l’information est concernée. Un juriste par exemple n’utilisera pas une application informatique pour rédiger un mémoire, mais il utilisera l’information dont il peut désormais disposer avec facilité.

Il y a là un gain de productivité. Là où il fallait disposer de la place pour stocker toute l’information juridique, il suffit d’un ordinateur. Par conséquent, un juriste, un comptable, n’a plus forcément besoin de la puissance d’un cabinet qui pouvait mutualiser ce genre d’informations.

De même, pour trouver des clients, ce même juriste ou comptable peut aller sur une place de marché. Il peut faire sa communication sur les réseaux tels que Facebook ou LinkedIn, en disposant à bon prix d’outils de ciblage autrefois réservés à des entreprises puissantes.

On constate ainsi une autonomisation du travailleur. De plus en plus, l’individu dispose à bon prix des moyens de mettre en œuvre une activité en tant qu’indépendant. Il n’a plus forcément besoin de la structure d’un cabinet d’avocat, de celle d’une entreprise. Il n’a plus besoin d’énormément de moyens pour communiquer, trouver des clients, même à l’étranger. D’où la résurgence du travail indépendant, qui est par exemple très visible aux États-Unis d’Amérique (voir ici).

Conclusion : l’emploi aujourd’hui et demain

Quelles sont les caractéristiques de l’emploi d’aujourd’hui et de demain ? Il faut souligner qu’il se diversifie et se transforme. Il n’y a pas forcément de disparition d’emplois, de remplacements. La situation est très diversifiée.

Par exemple, Amazon, symbole de la nouvelle économie, emploie beaucoup de manutentionnaires, symboles de la vieille économie. On a tendance à raisonner en termes de destruction créatrice, selon la théorie de Schumpeter : une nouvelle activité remplace une ancienne.

Mais selon la théorie autrichienne, l’entrepreneur saisit des opportunités. Une activité peut en remplacer une autre, peut venir s’ajouter, une activité peut se modifier. (voir ici). Une activité ancienne peut se renouveler, d’anciennes activités peuvent perdurer.

Les nouvelles technologies provoquent une évolution du travail. Elles se diffusent dans toute l’économie. Certaines activités ne sont pas touchées. D’anciennes activités se développent, comme la manutention et la logistique par exemple.

D’autres activités encore se modifient, intégrant les nouvelles technologies, comme les livreurs, qui utilisent une application pour trouver leur chemin. Comme les comptables, qui utilisent la documentation sur le net et de nouvelles applications. De nouvelles activités apparaissent, toutes celles en lien avec les nouvelles technologies.

Une tendance est l’autonomisation de l’individu. Ce qui correspond à ce que nous avons vu auparavant : le travail est une prestation de service. Une époque a vu une tendance au salariat.

Le salariat était juste une forme de travail. Et même une forme archaïque car elle provient du contrat de louage, d’avant la révolution industrielle, qui a été adapté au travail post révolution industrielle. Aujourd’hui, l’évolution technologique libère l’individu qui a la possibilité de maîtriser sa vie, dans la tradition humaniste.

Les nouveaux entrants dans le monde du travail doivent choisir une activité. Ils doivent être prêts à évoluer. Ils doivent apprendre à se vendre sur les réseaux sociaux, les places de marché.

C’est une évolution, par rapport au modèle du salariat. Mais ce n’est pas une révolution. Le travail indépendant a déjà été important en proportion avant que le salariat s’impose (voir ici).

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