Macron : rien de nouveau pour les quartiers populaires

Emploi franc, emploi aidé, emploi jeune, contrat unique d’insertion, etc. Combien faudra-t-il d’inventions ratées pour se poser les vraies questions ?

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Macron : rien de nouveau pour les quartiers populaires

Publié le 24 novembre 2017
- A +

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Par une approche étatiste, Emmanuel Macron a avancé ses plans pour sortir les « quartiers » que nous dirions populaires ou déshérités des difficultés dans lesquelles ils sont empêtrés depuis des années. Sans surprise puisque c’est la marque de fabrique des politiques français, quoiqu’on ait cru un moment avoir des « hommes nouveaux », les propositions sont éculées.

Emplois francs ou emplois aidés ? Quelles différences ?

L’une d’elle, particulièrement, est une reprise de ce qui n’a pas marché, mais un peu renforcée : les emplois francs. Ils existaient déjà lors de l’intérim de François Hollande mais n’avaient guère rencontré de demande. Prenant acte de cet échec, Emmanuel Macron propose de recommencer, mais pour plus cher et plus grand : de 5 000 à 15 000 € seront versés à l’employeur des employés domiciliés dans les villes enregistrées au programme, selon la durée et le type de contrat.

Emmanuel Macron, pourtant, a vilipendé justement les contrats aidés dont « personne ne veut ». Mais qu’est-ce que l’emploi franc si ce n’est un emploi aidé ?

Cette forme d’emplois aidés sera-t-elle plus à même d’atteindre les objectifs fixés, à savoir réduire le chômage, permettre d’offrir un premier emploi ou rompre une longue période d’inactivité (la nouvelle mouture est sans limite d’âge), ces deux derniers aspects pouvant être critiques ?

La mesure coûtera jusqu’à 1 md € lorsqu’elle sera complètement déployée et sous réserve que ces emplois trouvent employeurs. Une telle somme n’aurait-elle pas été plus utile pour baisser globalement les charges des entreprises et leur donner plus de marge pour créer des vrais emplois durables ?

Des subventions vers quelle destination ?

La nouveauté, c’est que, plus largement subventionnée, la mesure s’adresse aussi à une plus large population. Il s’agirait de celle habitant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) tels que définis par le commissariat général à l’égalité des territoires (sic) et fixés par décret. « Les quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains sont des quartiers situés en territoire urbain et caractérisés par un nombre minimal d’habitants et un écart de développement économique et social apprécié par un critère de revenu des habitants. »

Cela concernerait 467 000 chômeurs. Les départements les plus touchés par le chômage ne sont pourtant pas ceux auxquels on pense, et ne sont pas forcément les plus urbanisés.

Taux de chômage (%)

Source : INSEE 2016

Ainsi donc, de nombreux candidats urbains qui n’ont pas besoin de cette prime pour travailler pourront néanmoins en faire profiter leur employeur tandis que des candidats ruraux qui en auraient besoin seront laissés pour compte !

La prime permet d’effacer totalement les charges pesant sur le salaire et plus encore puisque les charges patronales, après les réductions dites « Fillon » et les réductions qui remplaceront le CICE, représentent 1000 € par an contre 5000 € de prime nouvelle pour un CDD de deux ans.

La totalité des charges au niveau du SMIC s’établit à 5000 € annuellement contre 15 000 € de primes sur trois ans pour un CDI. Plutôt que de créer des niches fiscales supplémentaires, il aurait été préférable de remettre à plat le système d’assurances sociales pour le faire évoluer vers une prise en charge par chacun de ses assurances sous réserve d’un système de solidarité au profit des plus démunis.

Le futur chantier du gouvernement

Et on aura beau faire des cadeaux aux entreprises, elles n’embaucheront pas les jeunes des banlieues s’ils ne sont pas formés. Même pour un salaire dérisoire, une entreprise ne pourra employer un individu si celui-ci ne peut se rendre utile. C’est le futur « chantier » du gouvernement et de l’avis général, il est colossal tant la formation est en panne en France.

Il faut dire qu’elle est délaissée depuis toujours aux syndicats qui en ont fait une source de revenus conséquente. Mais là encore il faut craindre que les solutions technocratiques prévalent sur celle qui consisterait à ouvrir l’école et l’université à la concurrence.

Emploi franc, emploi aidé, emploi jeune, contrat unique d’insertion, contrat Initiative-Emploi (CUI-CIE), contrat de génération, emploi d’avenir, CDD d’insertion, contrat de génération… Combien faudra-t-il d’inventions ratées pour se poser les vraies questions autour du travail et de la formation ? L’État doit cesser de donner d’une main ce qu’il a pris abondamment de l’autre ! Ce n’est pas de la politique, ce sont des tours de passe-passe.

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  • Vous pourrez verser des tombeaux de monnaie, rien ne changera.
    J’habite en Chine dans une banlieue, y’a 40 tours de plus de 30 étages, et pourtant pas un seul problèmes des banlieues françaises, pas une seule voiture ou poubelle brulée, ni ascenseur casse, pourtant il n’y a aucun allocation logement, aucune allocation familiale, aucun RSA, aucune CMU, et le smic est inférieur a 200 euros/ mois. Le problème ne vient pas des banlieues mais de la population qui y habite.

    • @marc « de la population qui y habite » : surtout du clientélisme dont bénéficie la population en question. Si l’état s’autorisait à sanctionner les habitants perturbateurs aussi fermement qu’elle sanctionne les autres ils fileraient doux. Mais bon ce n’est pas le choix de nos politiques européens.

      • ‘le clientélisme dont bénéficie la population » … ET dont vivent les élus et particulièrement le PC

        – La Courneuve : maire SFIO, PSU puis PCF depuis 1945
        – Saint Denis : maire PCF depuis 1945
        – Grigny : maire PCF depuis 1945
        – Montfermeil : maire PCF de 1945 à 1983
        – Aulnay sous Bois : maire PCF ou SFIO de 1945 à 1983
        – Venissieux : maire PCF depuis 1945
        – Corbeil-Essonne : maire PCF ou SFIO de 1945 à 1995

        Inutile de chercher midi à 14 heures et de se demander si les tombereaux d’argent public finissent dans poches des habitants (ça se saurait) ou ailleurs.

      • @ Val
        L’Europe, votre bouc-émissaire privilégié, n’a rien à voir dans la ghettoïsation de vos quartiers de HLM! Strictement rien!

  • Dans son traité sur le Hold ’em, Mike Caro affirme que « L’important n’est pas de gagner ou de perdre mais de prendre à chaque fois les meilleures décisions. Votre profit sur le long terme est égal à la somme de vos bonnes décisions moins la somme de vos mauvaises décisions ». C’est un concept fondamental qui dépasse allègrement le cadre du poker et peut s’appliquer à n’importe quelle activité, y compris la politique. Ici, de toute évidence, les décisions prises sont mauvaises et, même si de petits gains peuvent être générés, ils cacheront immanquablement d’énormes pertes. Aucun politicien ne devrait être autorisé à exercer s’il n’a pas au moins une fois été en table finale d’un tournoi de Hold ’em.

  • Quartiers « populaires » !!!! En quoi sont-ils populaires ? Qualificatif de la novlangue pour faire oublier ce qu’ils sont : des zones de non-droit. Les autochtones et les immigrés honnêtes les fuient comme la peste quand ils le peuvent.

    • @ Pluton92
      Vous avez raison!
      En contrepartie, il n’est pas complètement désagréable de voir l’autorité avouer aussi lamentablement son impuissance: ça montre que sans les citoyens, l’autorité est vide!

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