Emmanuel Macron ou comment éviter l’usure du pouvoir

Quand Emmanuel Macron explique que sa femme est son ancre et ajoute qu’il « est crucial d’avoir à la maison quelqu’un [qui lui] dise la vérité », il nous dévoile peut-être un de ses atouts pour éviter de perdre pied.

Par Cécile Philippe.
Un article de l’Institut économique Molinari

Dans une interview, la correspondante internationale pour CNN Christiane Amanpour a demandé à Emmanuel Macron ce qu’il pensait de l’amour. Question osée à laquelle il a donné une réponse intéressante.

Elle donne un aperçu de la relation que le chef de l’État entretient, non pas avec sa femme, mais avec le pouvoir. Brigitte Macron semble être un rempart au sentiment de surpuissance qui menace le Président et qui, paradoxe, pourrait lui faire perdre le pouvoir s’il n’y prend pas garde.

L’abus de pouvoir

L’abus de pouvoir est un phénomène si courant qu’il semble impossible d’y échapper. Dans une conversation avec la journaliste américaine, le dirigeant des conférences Ted Chris Anderson se montrait lui aussi déçu du comportement des leaders auxquels il consacre ses conférences.

Comme l’écrivait Lord Acton, « le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais ». Toute personne en situation de pouvoir serait vulnérable au risque d’en abuser.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant que comme l’explique le psychologue Dacher Keltner, le pouvoir est présent dans toutes les interactions humaines  ; il ne concerne donc pas que les grands de ce monde. Il y aurait même une forme de lutte de pouvoir entre la mère et son enfant au cours de la grossesse.

L’expérience toxique du pouvoir

Dans son livre The Power Paradox  : How We Gain and Lose Influence, Keltner explique que le pouvoir est rarement obtenu par la seule force mais qu’il est, au contraire, donné par les autres qui reconnaissent en quelqu’un la capacité d’améliorer le bien commun au sein d’une communauté.

Le pouvoir, comme l’exprime Hannah Arendt, c’est de pousser les gens à l’action collective. Mais au moment où nous commençons à expérimenter le pouvoir que nous donnent les gens, en raison de nos qualités, nous les perdons car le pouvoir nous intoxique.

Libération d’ocytocine

Pour gagner le pouvoir, il faut avoir certaines qualités, à commencer par celle de comprendre ce que pensent et ressentent les autres. Cette empathie s’exprime à travers cette capacité à imiter les autres, à mimer leur rire, leur peine et d’être ainsi en résonance avec leurs sentiments.

Une autre qualité consiste à prendre le temps de serrer les mains, de donner une tape amicale dans le dos, de toucher les gens. C’est l’un des moyens les plus simples et les plus anciens de récompenser les autres. Cela déclenche la libération d’ocytocine, connue pour favoriser confiance, coopération et partage.

Le défi vient de ce que l’exercice du pouvoir produit un déferlement d’émotions positives  : excitation, euphorie, joie, inspiration que l’on détourne des autres à son propre profit.

C’est ainsi que ceux qui expérimentent le pouvoir perdent de vue ceux qui le lui ont accordé, au point que l’on constate en laboratoire l’anesthésie des neurones « miroirs » de ceux auxquels on demande de se sentir puissants, rendant la résonance avec l’autre plus difficile.

Remédier à la pathologie du pouvoir

C’est ainsi qu’on observe nombre d’abus de pouvoir de la part de ceux qui sont en situation de pouvoir  : ils mangent de façon plus compulsive, ont davantage de relations extraconjugales, mentent, trichent, chapardent, communiquent de façon brutale et irrespectueuse.

Y a-t-il des moyens d’y remédier  ? Il semblerait qu’il soit impossible d’empêcher le sentiment de puissance d’affecter nos cerveaux. Mais il serait possible d’éviter de se sentir puissant ou surpuissant. Le sentiment de puissance étant avant tout un état mental, l’aptitude à se remémorer des situations où l’on a ressenti des sentiments d’impuissance pourrait aider à garder les pieds sur terre.

Un proche qui, envers et contre tout, pratique le langage de vérité pourrait aider à susciter ce sentiment de non-puissance. Ce fut le cas de Clementine Churchill qui, le jour de l’invasion de Paris par les Allemands, notifiait son mari de ce que ses bonnes manières semblaient se détériorer.

Quand Emmanuel Macron explique que sa femme est son ancre et ajoute qu’il « est crucial d’avoir à la maison quelqu’un [qui lui] dise la vérité », il nous dévoile peut-être un de ses atouts pour éviter de perdre pied. L’avenir nous le dira.

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