L’Afrique a-t-elle vraiment besoin d’un plan Marshall ?

La culture africaine n’est pas inférieure et l’histoire africaine n’est pas si unique et compliquée pour que les pays africains ne puissent pas formuler de manière indépendante des politiques de développement saines.

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Aide au développement en Afrique (Crédits : MAECD-DFATD, Jean-François Leblanc, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

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L’Afrique a-t-elle vraiment besoin d’un plan Marshall ?

Publié le 27 octobre 2017
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Par Stacy Ndlovu.
Un article de Libre Afrique

Lors de la dernière conférence de presse qui a suivi le sommet du G20 en Allemagne, un journaliste ivoirien avait demandé au président français, Emmanuel Macron, pourquoi il n’y avait pas de plan Marshall pour l’Afrique. Nous avons déjà essayé cela et cela n’a pas fonctionné, avait reconnu M. Macron. Et il avait raison.

En effet, au cours des deux dernières années, les gouvernements européens ont créé, entre autres initiatives, le Fonds d’affectation spéciale d’urgence de l’UE pour l’Afrique, le Plan européen d’investissement extérieur (EEIP), et en juillet dernier le Fonds européen pour le développement durable (EFSD), la meilleure initiative de l’UE. Ce ne sont que quelques exemples, mais historiquement, il y a eu de nombreux plans de développement de l’Europe vers l’Afrique qui se sont avérés inutiles.

Aider l’Afrique

Rappelons qu’en 1884-1885, 11 puissances européennes et quelques autres nations se sont réunies à Berlin pour décider de l’avenir de l’Afrique. Bien que très condescendante, l’une des motivations à l’origine de la Conférence de Berlin était d’aider l’Afrique.

Plus précisément, l’objectif annoncé était de créer les conditions « les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation » en Afrique afin d’accroître le bien-être moral et matériel des populations indigènes.

Or, ce qui s’est produit n’a été qu’une «ruée sur l’Afrique». Cette conférence a fait le lit du colonialisme, entraînant une exploitation inédite, permettant aux signataires de siphonner les ressources africaines pour alimenter leur propre développement. Le plan de développement pour l’Afrique a donc conduit au sous-développement et à l’appauvrissement du continent.

Davantage de protectionnisme n’est pas la réponse

Apparemment, la leçon n’a pas été retenue car, au début de cette année, environ 120 ans après la Conférence de Berlin, une autre recommandation pour le développement de l’Afrique est sortie de Berlin, le soi-disant «plan Marshall pour l’Afrique».

Le premier pilier de ce plan encourage les pays africains à « introduire des barrières tarifaires pour assurer une protection partielle et temporaire des marchés intérieurs contre la concurrence mondiale ». Cela contredit les souhaits des entrepreneurs africains qui ont demandé à plusieurs reprises à leurs gouvernements de se débarrasser du protectionnisme.

Il est choquant que les élites en charge du développement à l’UE demandent davantage de protectionnisme à un continent qui a déjà des tarifs douaniers importants entravant le commerce intra-régional, des restrictions de visa strictes empêchant la libre circulation des personnes, et où l’intégration économique régionale est à l’agonie.

L’infantilisation de l’Afrique

Contrairement à la conférence de Berlin de 1885, cette nouvelle initiative n’est pas un accord formel, mais, une nouvelle fois, elle met en évidence l’infantilisation de l’Afrique. Comme le souligne Henning Melber, le chercheur associé principal du Nordic Africa Institute, c’est « Un autre plan grandiose pour l’Afrique sans aucune collaboration avec les Africains ».

L’un des plus grands obstacles à la sortie de millions d’Africains de la pauvreté est le fait que la politique de développement de l’Afrique a été élaborée depuis des siècles par des non-Africains.

Tant que les pays africains ne seront pas investis dans leur propre développement, et que les gouvernements africains seront des obstacles au progrès sur le continent, la pauvreté persistera. Il incombe à la fois à l’Afrique et à l’Europe de donner aux Africains la possibilité de formuler leurs propres politiques.

Qui devrait formuler le programme de développement de l’Afrique ?

Prenons l’exemple d’autres pays qui étaient aussi pauvres, sinon plus pauvres, que de nombreux pays africains il y a 60 ans, comme la Corée du Sud et Singapour. En 1957, le Ghana et la Corée du Sud avaient le même PIB par habitant.

En 1990, le PIB de la Corée du Sud était 10 fois plus élevé que celui du Ghana. L’une des principales raisons de cette différence de trajectoire est que, en Corée du Sud, les organismes d’aides étrangères n’ont pas dominé l’élaboration des politiques nationales, contrairement au Ghana.

En outre, les processus politiques internes, créés et conduits par des personnes sud-coréennes, ont contribué à renforcer les institutions du pays et ont permis une plus grande productivité nationale.

En 1965, Singapour était un pays du tiers monde, avec un PIB par habitant de 500 $, le même qu’en Afrique du Sud à l’époque. En 2015, le PIB par habitant du pays a égalé celui de l’Allemagne et les États-Unis, soit environ 56 000 dollars. Pour y arriver, Singapour, comme tous les pays riches du monde, a formulé son propre programme de développement. L’autodétermination de Singapour a contribué à l’élaboration de politique pro-marché, responsables de la majeure partie de ses progrès.

Les élites et les opposants au développement pourraient invoquer l’histoire dite compliquée de l’Afrique et prétendre que les cultures sud-coréennes et singapouriennes sont différentes ou plus propices au développement que les cultures africaines.

Pour eux, je rappelle qu’il y a deux siècles, les Britanniques considéraient le peuple allemand comme lent et malhonnête. Au début du XXe siècle, les pays occidentaux riches considéraient les Japonais comme paresseux. Le Japon, comme beaucoup de pays africains d’aujourd’hui, a été contraint de signer des traités commerciaux inégaux avec l’Occident.

Les deux cultures ont été considérées comme arriérées et non favorables au développement. Aujourd’hui, le Japon et l’Allemagne ne peuvent guère être considérés comme des loosers, et les perceptions négatives de leurs cultures ne sont que de l’histoire ancienne.

La culture africaine n’est pas inférieure et l’histoire africaine n’est pas si unique et compliquée pour que les pays africains ne puissent pas formuler de manière indépendante des politiques de développement saines.

Le vrai problème est que, tout simplement, au cours des derniers siècles, les politiques africaines ont été décidées par des non-Africains. Comme le disait Daniel J. Mitchell de l’Institut Cato : « Si l’Afrique veut de bons résultats économiques, elle doit implémenter de bonnes politiques. Et depuis quelques siècles, les politiques conçues par l’Europe ne sont pas les bonnes pour l’Afrique ».

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  • l’Afrique a besoin de 2 choses :: électricité et eau courante …les pays riche ont ils intérêts qu’ils deviennent des concurrents..
    lorsque la France veux réduire les vieilles voitures qui soit disant pollue elles partent finir leur vie en Afrique y compris les poids lourds et cars…l’on déplace le problème. .c’est marrant là
    les écolos ferme leurs bouches…et je suis polie….

    • @ Lou fabe
      Il n’y a pas que les vieilles bagnoles (avec lesquelles les mécanos africains font des « miracles » (mais qu’en sera-t-il avec les éléments électroniques?).
      La décolonisation française a été purement « formelle », ayant donné naissance à la Françafrique avec des relations pour le moins « équivoques » et opaques entre la politique française, (les partis français) et les présidents-dictateurs africains. Le symbole en est ce franc des colonies françaises d’Afrique (dit « CFA »), toujours en relation avec le Trésor français et la défense des gros intérêts français de « connivence », y compris une présence militaire bourrée de « bonnes intentions », forcément!

  • Qu’est ce que le plan Marschall : la creation de millions de dollars a travers la planche a billet americaine, afin que l’europe puisse avoir les moyens d’acheter des biens au USA ,afin de reconstruire les pays devastes . Or depuis des années les multiples Q.E. (USA,Japon,UE) qui ne sont que des creations monetaires cachées, ont inondé les marches occidentaux sans JAMAIS profiter aux peuples .
    Donc ce n’est pas un plan marschall qui faut , mais aider les africains a s’aider eux meme …. en commencant par virer TOUS les dictateurs quels qu’ils soient ..

  • oui mykilus vous avez raison…j’ai simplifié. .le problème en Afrique. .chacun veut le pouvoir ..
    regarder les investissements dans l’immobilier Paris et côté d’azur …le sage dans le village est très important et vous voyer arriver des africains qui viennent de grands écoles arrogants .. c’est le choc de 2 cultures et en plus arriviste ..ils s’en foutent du pays et de leur population.POUVOIR ..FRIC…CORRUPTION…Et SANGUINAIRE pillant les richesses du pays..
    et certains en France en profitent…

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