Au siècle de l’information, abolissons les redevances !

Télévision (Crédits : Flash-pro, licence Creative Commons)

La plupart des pays occidentaux sont restés figés sur un système de financement sous forme de redevance qui distribue arbitrairement un montant prélevé par les possesseurs de téléviseur ou de radio.

Par Frédéric Jollien.

« Aucune autorité humaine ne saurait instituer la vérité par décret […]car celle-ci transcende l’autorité humaine. » (Karl Popper, Des sources de la connaissance et de l’ignorance)

Dans de nombreux pays, la politique médiatique redevient un sujet central. Les journaux subissent des pertes substantielles et il en va de même pour les radios et les chaines de télévision qui perçoivent une diminution importante de leurs revenus publicitaires.

Face à la disparition de certaines entreprises, aux restructurations nécessitant des licenciements et à la perte de crédibilité des journalistes auprès de l’opinion publique, la politique médiatique est au centre des attentions.

Ambiance politique catastrophique

Il est étrange qu’à l’heure d’internet, de wikipedia et du développement de tous les moyens de communication à distance, l’ambiance politique soit à hurler à la catastrophe. En réalité, les médias sont face à une massive disruption de leur secteur industriel par l’arrivée des réseaux sociaux et de l’internet en général. La réalité n’est pas à la disparition des médias mais bien à leur démultiplication.

Ces dernières années, l’avènement du numérique a apporté de profonds changements : les coûts de production ont fortement baissé et les contenus peuvent être transmis par d’autres supports.

Où que l’on soit, l’internet nous donne accès à différents contenus médiatiques – articles de presse, radio et télévision ou nouveaux médias électroniques. L’internet fait converger les médias, si bien que les produits médiatiques se retrouvent en concurrence directe.

Le mode de financement public en question

Face à ces changements, le mode de financement public est remis en question car il ne correspond plus à l’air du temps. Les tendances varient cependant massivement entre les pays.

Les pays comme la France vont plutôt vers une distribution d’argent public plus élargie : des médias papiers, à la télévision en passant par le soutien des jeunes youtubeurs. D’autres comme la Pologne ou la Hongrie renforcent l’intervention de la politique dans les médias, leur dictant la ligne éditoriale à adopter.

Au contraire, la Nouvelle-Zélande a opté pour un mode de financement purement commercial qui permet une meilleure concurrence et une grande liberté aux consommateurs sans les écraser sous des taxes distributives, et sans grande intervention politique sur leur contenu.

L’abolition de la redevance

Mais la plupart des pays occidentaux sont restés figés sur un système de financement sous forme de redevance qui distribue arbitrairement un montant prélevé par les possesseurs de téléviseur ou de radio. Cette distribution est influencée par les lobbys des chaines médiatiques subventionnées qui luttent chacune à leur façon pour mettre la main sur une plus grande part du trésor.

Face à ce système figé d’un autre siècle et n’ayant plus aucune cohérence, de nombreux think tanks proposent sa pure abolition. En Allemagne, l’Institut Prometheus a lancé une campagne en 2015 pour l’abolition de la redevance. Au Royaume-uni l’Institute of Economic Affairs propose de privatiser la BBC et de supprimer la taxe médiatique obligatoire.

En Suisse, un mouvement citoyen a même récolté suffisamment de signatures pour une initiative populaire visant l’abolition de leurs redevances. Le peuple suisse devra se prononcer durant l’année 2018.

L’indépendance ne se décrète pas

Les entreprises publiques bénéficiant de cette clientèle captive se défendent en argumentant sur la nécessité de l’indépendance de l’information. Cependant, chacun à ses liens d’intérêts et ses biais cognitifs et idéologiques. L’indépendance ne peut se décréter par la loi, elle se construit par un processus de débat critique et d’opposition des points de vue.

La soumission des citoyens à certaines entreprises médiatiques ne fait plus aucun sens au XXIe siècle. Les citoyens doivent être autorisés à faire des choix sur les contenus qu’ils désirent supporter afin qu’ils développent leur responsabilité morale et critique sur la validité des informations transmises par les médias. C’est la seule voie vers un marché de l’information équitable et juste et qui respecte les citoyens.