Ces réformes intelligentes ont remis le Portugal sur les rails

Avec l’aide du tourisme, de mesures fiscales propres à attirer une riche émigration et avec le soutien de l’Europe, la politique courageuse du Portugal pour réduire ses dépenses et ses dettes devrait lui permettre de retrouver une meilleure santé.

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Ces réformes intelligentes ont remis le Portugal sur les rails

Publié le 11 octobre 2017
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Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Le Portugal jouit actuellement d’un retournement de tendance favorable qui lui permet d’afficher des statistiques parmi les meilleures de l’Union européenne. La croissance du PIB est de 3 % au deuxième trimestre 2017, le taux de chômage a diminué pour atteindre 9,1 % en août et le déficit public a été contenu à 2,1 % en 2016. Pourquoi ça marche ?

Depuis les élections législatives de 2015, c’est une alliance de gauche qui gouverne le pays. Le Premier ministre, Antonio Costa, appartient au parti socialiste. De là à dire qu’une politique socialiste est plus efficace que celle du précédent gouvernement, de droite, et prétendument inféodé aux desiderata de Bruxelles, il n’y a qu’un pas que d’aucuns s’empressent de franchir, avec en tête le parti Les Insoumis. La réalité est bien différente.

De l’aide au FMI au redressement

Durement frappé par la crise, le Portugal est dans une situation telle qu’il est contraint d’accepter une aide de 78 milliards d’euros en 2011, apportée par l’UE et le FMI. La controverse qui s’ensuit contribue à la tenue des élections anticipées qui verront la fin du gouvernement qui dirige le pays depuis 2005 avec le même Premier ministre, le socialiste José Socrates.

Pedro Passos Coelho, considérant l’aide européenne comme indispensable, est élu avec un programme très exigeant. En contrepartie de l’aide financière, une série de mesures d’économie est imposée au pays. Et si elle contient des obligations austères (baisse des salaires, hausse des impôts), elle impose surtout des réformes.

Il est donc faux de prétendre que l’austérité aurait amené la crise. C’est bien parce que le pays était en crise qu’une politique austère a dû être acceptée. Le déficit public s’élevait en 2010 à 11,17 % et le plan de sauvetage pouvait représenter jusqu’à 45 % du PIB annuel 2010.

Les réformes entreprises

Les réformes sont souvent caricaturées en une baisse des dépenses sociales et une hausse des impôts. Or, le programme politique mis en place s’est inscrit dans une vision plus générale : débureaucratisation, simplification et modernisation.

De très nombreuses réformes ont été engagées : réforme des impôts des particuliers (IRS), des sociétés (IRC à 23 %), réforme de la carte judiciaire, réforme du marché du travail, amélioration du système fiscal pour lutter contre la fraude, réforme des hôpitaux, libéralisation de l’économie par la promotion de la concurrence, réduction de la réglementation et réforme du système des licences, réforme de l’administration publique, réforme de la gestion des finances publiques avec notamment l’introduction d’une règle d’or limitant les dépenses et le déficit et la réduction des délais de paiement, décentralisation des compétences pour les municipalités dans quatre domaines (l’éducation, la santé, la sécurité sociale et la culture), privatisations importantes à hauteur de 10 milliards d’euros (transports terrestres et aériens, déchets, électricité, assurances, postes, etc.) ou restructuration (compagnies des eaux, rail), augmentation de l’âge de départ à la retraite (66 ans), allongement des heures de travail, diminution des effectifs de fonctionnaires, augmentation de leur temps de travail.

Les trois premières années ont enregistré des résultats économiques très décevants et le déficit public est reparti à la hausse en 2014. Le chômage a augmenté alors que le PIB décroissait. La dette s’est envolée. Néanmoins, le Portugal est revenu avec succès sur les marchés en juin 2014 en empruntant 975 millions d’euros. Et enfin la reprise de la croissance a commencé dès avant les élections, soutenue par la reprise de la consommation et des exportations.


(p) : prévisions ou chiffres T2 2017 – Source : OCDE

La Premier ministre Passos Coelho est arrivé en tête des élections législatives (38,5 % des voix) mais n’a pu réaliser d’alliance pour former un gouvernement, contrairement à l’union de gauche. C’est ainsi qu’un socialiste, Antonio Costa, est devenu Premier ministre.

Poursuite de la politique

Le retournement de la conjoncture était donc largement amorcé avant l’élection et grâce à la politique mise en œuvre par le gouvernement de Pasos Coelho. Le nouveau gouvernement semble bien d’ailleurs se garder de revenir sur les mesures durement mises en place.

En fait, il conserve le souci de réduire le déficit budgétaire, et espère le ramener à 0,5 % en 2018 alors que les niveaux de dettes (privées et publiques) sont encore très forts. Tout au plus le nouveau gouvernement a-t-il souhaité prendre quelques mesures démagogiques : augmentation du SMIC, relèvement de certains minima sociaux et des allocations en faveur des retraités et des familles, retour aux 35 heures pour certains fonctionnaires.

Une politique « socialiste mais prudente »

Ainsi, il est clair que l’union de gauche a choisi de favoriser les classes les moins aisées. Cependant, Antonia Costa se garde bien de faire de la dépense publique l’outil majeur de sa politique.

La volonté d’équilibrer les budgets reste un guide. Le taux relativement faible des prélèvements obligatoires par rapport au PIB ne devient pas prétexte à une augmentation tous azimut des impôts. Et si, enfin, quelques nationalisations ont été ralenties ou arrêtées (TAP, la compagnie aérienne), la plupart des mesures sévères engagées pendant les quatre années précédentes ne seront pas remises en question.

Avec l’aide de son tourisme en croissance constante, de mesures fiscales propres à attirer une riche émigration et avec le soutien de l’Europe, la politique courageuse du Portugal pour réduire ses dépenses et ses dettes devrait lui permettre de retrouver définitivement une meilleure santé. Nous sommes loin des rodomontades de M. Mélenchon.

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  • Voilà qui est conforme à toutes les prévisions après une réfome structurelle d’envergure:
    – première année, effet récessif
    – deuxième année, on est autour de zéro
    – troisième année, la croissance repart

    Ce qui montre qu’avant d’entreprendre de telles réformes, il convient d’expliquer longuement et répétitivement qu’au début, cela va aller pire et que c’est normal, mais qu’aubout de trois ans, la croissance va repartir et le chômage commencer à décroître.

    • C’est pour cela qu’il faudrait le faire en début de mandat. Mais la Grance se la joue à la Suisse tout en étant la copie de la Grèce.
      CPEF.

    • @ Gereld555
      C’est bien pour ça aussi qu’on ne peut pas rester longtemps en récession (par nécessité incontestable) et qu’il faut rapidement relâcher un peu la bride afin de réaliser les achats post-posés, un moment, ce qui revivifie un peu la consommation, le PIB et l’économie.

      Les gens acceptent les sacrifices qui se révèlent ensuite bénéfiques, mais pas trop longtemps, pour ne pas tuer l’espoir, donc l’adhésion.

      Les Portugais du Portugal ont souvent eu l’avantage de la solidarité (privée: en famille, souvent) de l’importante diaspora portugaise dans le monde, pour passer les moments difficiles.

      • Relâcher la bride, non, mais attendre les effets de l’impulsion à la rigueur. En général, c’est la dette qu’il faut éviter, et làa vous proposer d’en remettre un couche. Mauvaise idée.

  • Parfois les réformes pas trop inintelligentes sont mises en oeuvre par des sociaux-démocrates (G Schroeder en Allemagne), mais toujours sous la contrainte des circonstances (notamment économiques) ou la pression de bailleurs. Vivement la mise en faillite de la France et la honte nationale!

  • vous oubliez le dumping fiscal pour faire venir des retraités. .10 ans sans impôts sur le revenu
    le smig 600 euros ETC.. .
    le problème en France ..la dépense publique qui ne baisse pas et les impôts,taxes…qui augmentent….

  • Je me permets de mettre ici une publication du 2 juin 2017 faite par André Pereira Gonçalves sur le groupe facebook Les libéraux:

    Nouvelles du Portugal: hier notre Banque Centrale a dévoilé les chiffres de la dette publique.
    Cette dernière a augmenté de 4 milliards en… 1 seul mois!!!
    Pour avoir une idée du désastre, notre PIB devrait atteindre les 178 milliards, en hausse de 5 milliards sur… 1 an…
    En 1 mois la coalition socialiste-stalinienne-trotskyste accumule presque autant de dette que le secteur privé arrive à créer en richesse sur un an…
    Et les chiffres sont pires si on regarde l’évolution des recettes, ces dernières devrait augmenter faiblement pour atteindre les 80 milliards (moins d’un milliard en plus sur un an), et la dette de l’État approche les 250 milliards. Donc il faudrait 3 ans de recettes pour rembourser la dette!
    Le Gouvernement annoncera probablement à la fin de l’année que le déficit a reculé à 2% du PIB. Cela signifie qu’ils truquent les chiffres!
    Nos hôpitaux étatiques sont au bord de la débâcle parce que le Gouvernement refuse de payer les fournisseurs (leurs dettes impayées ont explosé), on ignore les coûts des privatisations à la noix des banques en faillite (ils sont intervenus pour les sauver de la faillite, mais doivent maintenant payer pour s’en débarrasser), encore la semaine passée la mutuelle bancaire Montepio a vu ses actions doublées en 2 jours et personne ne sait pourquoi alors qu’ils sont au bord de la faillite, on ignore encore l’ampleur du désastre de la Caixa Geral de Depósitos, la banque d’investissement de l’État.
    Et pendant ce temps le Gouvernement parle de détruire le secteur du style Airbnb, fleuron de l’économie portugaise… La mauvaise foi de ces parasites est telle que hier ils ont changé la loi sur le RSA, en osant affirmer que dorénavant et au contraire de la Droite, ce dernier ne pourrait jamais tomber au-dessous du minimum vital (la Droite avait approuvé une réduction du RSA en 2012), alors que la Droite avait clairement inscrit dans la loi que la RSA ne pourrait jamais tomber au-dessous du minimum vital !!! On a donc une loi qui ment !!!
    Mon seul espoir est que le peuple portugais ait réussi à sortir de la tutelle de l’État : déjà 20% de notre économie est non-déclarée, les exportations pèsent pour 40% du PIB, le secteur privé s’est massivement désendetté depuis 2011 (donc en pleine austerité, alors que l’État accumulait de la dette !!!).
    Avec un peu de bol, l’État portugais éclatera en plein vol, sans soutien du FMI, ni de l’UE, et on pourra racheter les immeubles qu’ils n’utilisent même pas (non mais sérieusement, ces abrutis doivent posséder quelque chose comme 5 à 10% du patrimoine immobilier du pays, et la plupart de ces immeubles sont… VIDES !!!).

  • Pour la situation actuelle, il faut rajouter plusieurs choses:

    Même si on ne prend que les chiffres de la croissance on constate que c’est le tourisme, les exportations et l’investissement privé qui fournissent les chiffres positifs. À l’inverse tant la consommation privée que publique (malgré la hausse de la dette!), les importations et les investissements publics ont reculé.

    La croissance se base donc sur le secteur privé et la compétitivité. Les socialistes nous parlaient de la relancer avec l’État et la dépense, on voit bien que même eux n’ont pas osé le faire!

    Autre chose: malgré certaines âneries que la Gauche a pu commettre (abolir purement et simplement les contrats avec les écoles privées pour déplacer les élèves dans des écoles publiques en ruine, augmenter les grandes retraites et les hauts salaires de la Fonction publique, augmenter le SMIC…) l’essentiel des réformes de la Droite a été préservé.

    Le Code du travail plus libéral, les visas golden (exemption d’impôts pour ceux qui achètent de l’immobilier), les libéralisations dans le tourisme, les simplifications administratives dans l’agriculture… tout ce qui pousse l’économie portugaise a été fait par la Droite et maintenu malgré la rhétorique.

  • L’un des problèmes du Portugal c’est sa constitution très socialiste. Pour se débarrasser du socialisme, le Portugal doit se débarrasser de sa constitution.

    Sur la révolution des Oeillets: c’est d’abord un mouvement corporatiste des militaires de carrière qui voyaient les postes à responsabilité (et les avantages qui vont avec), filés vers les étudiants enrolés de force pour participer à la guerre dans les colonies.

    Otelo Saraiva de Carvalho, un des stratèges du 25 d’Avril, l’a lui-même reconnu: https://sol.sapo.pt/noticia/16656.
    Ensuite elle a été à l’image de l’après 2ème Guerre mondiale en France mais en pire:
    Le régime s’est progressivement étatisé. Dès le 11 Mars 1975, après la tentative de pustch de António de Spínola (un général proche des fascistes mais suffisamment modéré pour avoir été choisi comme Président de la République), le régime s’est emballé et à commencer à nationaliser tout et son contraire. Du 11 Mars au 25 Novembre 1975, le Portugal a vécu l’Été chaud ou PREC, quand il a failli devenir une ditadure communiste.
    Depuis même si nous bénéficions de plus de liberté de manière générale, le régime actuel fait quand même pâle figure face à l’Estado Novo de Salazar e Caetano:
    La croissance est beaucoup plus faible qu’en ce temps-là (moitié moins environ, de 2,5% en moyenne par an vs 4%, sur une quarantaire d’années pour les deux).
    Le chômage est beaucoup plus élevé.
    L’inflation il vaut mieux ne pas en parlé.
    Sur les libertés civiles (réunions, d’expression etc.) certes ça va mieux mais on trouve des cas ahurissants (amendes pour avoir traiter le Président de clown… un prof d’uni a risqué une condamnation pour avoir dit que les députées du Bloc de Gauche sont des « géagnardes », mais le PCP peut continuer à dire que la Corée du Nord est une démocratie, ou que le PCTP menacé de « tuer les traîtres »…)
    Au niveau des prisons c’est pitoyable: on a multiplié par deux le nombre de prisonniers depuis 1974, alors que la population a du augmenté de 20%… On a plus de personnes emprisonnés pour « crimes contre l’État » qu’avant 1974! La faute probable aux procès fiscaux qui dégénerent (l’État en fait plus que le gouvernement US!).
    Bref, on ne peut pas dire que l’après 25 d’Avril soit hyper glorieux…
    C’est d’autant plus agaçant qu’on sait que si on avait réussi à maintenir les taux de croissance de l’´Estado Novo on aurait atteint la Suisse en… 1986!
    Petite anecdote: jusqu’en 1961, la prostitution en bordel était légale. Salazar l’a abolit pour des raisons de santé (la guerre faisant que le nombre de soldats fréquentant ces établissements explosa). Il a faluu attendre 1982, soit 8 ans après le 25 d’Avril, sous un gouvernement de Droite (!!!) pour relégaliser, partiellement, la prostitution!

  • Pour l’histoire, il faut distinguer deux grandes phases dans la dictature de Salazar.
    La période 1928-1961: elle commence par une forte hausse d’impôts et le contrôle des dépenses pour compenser les immenses augmentations que la Junte militaire s’était ooctroyée après avoir renversé la I République (qui a peut être tuée plus de personnes que Salazar en à peine 16 ans!). S’ensuivent la mise en pratique des idées corporativistes et protectionnistes de Salazar qui, sans cassé la croissance, feront que le pays progressera à peine au niveau du reste du monde développé. C’est de cette époque que date la Campagne du Blé, la loi sur le conditionnement industriel, la création des corporations etc. En 1961, le PPC des portugais se monte à 30% de la moyenne des 20 plus riches nations au monde. En 1928 il était aussi à ce niveau…
    1961-1968: entrée dans l’AELE, le libre-échange fait sauter la croissance, le régime commence à se libéraliser petit-à-petit, la croissance devient alors la 4ème plus élevée du monde (3ème sous Caetano ensuite).

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