Ces réformes intelligentes ont remis le Portugal sur les rails

Portugal credits Akasophia (licence creative commons)

Avec l’aide du tourisme, de mesures fiscales propres à attirer une riche émigration et avec le soutien de l’Europe, la politique courageuse du Portugal pour réduire ses dépenses et ses dettes devrait lui permettre de retrouver une meilleure santé.

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Le Portugal jouit actuellement d’un retournement de tendance favorable qui lui permet d’afficher des statistiques parmi les meilleures de l’Union Européenne. La croissance du PIB est de 3% au 2ème trimestre 2017, le taux de chômage a diminué pour atteindre 9,1% en août et le déficit public a été contenu à 2,1% en 2016. Pourquoi ça marche ?

Depuis les élections législatives de 2015, c’est une alliance de gauche qui gouverne le pays. Le Premier ministre, Antonio Costa, appartient au parti socialiste. De là à dire qu’une politique socialiste est plus efficace que celle du précédent gouvernement, de droite, et prétendument inféodé aux desiderata de Bruxelles, il n’y a qu’un pas que d’aucuns s’empressent de franchir, avec en tête le parti Les Insoumis. La réalité est bien différente.

De l’aide au FMI au redressement

Durement frappé par la crise, le Portugal est dans une situation telle qu’il est contraint d’accepter une aide de 78 Mds € en 2011, apportée par l’UE et le FMI. La controverse qui s’ensuit contribue à la tenue des élections anticipées qui verront la fin du gouvernement qui dirige le pays depuis 2005 avec le même Premier ministre, le socialiste José Socrates.

Pedro Passos Coelho, considérant l’aide européenne comme indispensable, est élu avec un programme très exigeant. En contrepartie de l’aide financière, une série de mesures d’économie est imposée au pays. Et si elle contient des obligations austères (baisse des salaires, hausse des impôts), elle impose surtout des réformes.

Il est donc faux de prétendre que l’austérité aurait amené la crise. C’est bien parce que le pays était en crise qu’une politique austère a dû être acceptée. Le déficit public s’élevait en 2010 à 11,17% et le plan de sauvetage pouvait représenter jusqu’à 45% du PIB annuel 2010.

Les réformes entreprises

Les réformes sont souvent caricaturées en une baisse des dépenses sociales et une hausse des impôts. Or, le programme politique mis en place s’est inscrit dans une vision plus générale : débureaucratisation, simplification et modernisation.

De très nombreuses réformes ont été engagées : réforme des impôts des particuliers (IRS), des sociétés (IRC à 23%), réforme de la carte judiciaire, réforme du marché du travail, amélioration du système fiscal pour lutter contre la fraude, réforme des hôpitaux, libéralisation de l’économie par la promotion de la concurrence, réduction de la réglementation et réforme du système des licences, réforme de l’administration publique, réforme de la gestion des finances publiques avec notamment l’introduction d’une règle d’or limitant les dépenses et le déficit et la réduction des délais de paiement, décentralisation des compétences pour les municipalités dans quatre domaines (l’éducation, la santé, la sécurité sociale et la culture), privatisations importantes à hauteur de 10 Mds € (transports terrestres et aériens, déchets, électricité, assurances, postes, etc.) ou restructuration (compagnies des eaux, rail), augmentation de l’âge de départ à la retraite (66 ans), allongement des heures de travail, diminution des effectifs de fonctionnaires, augmentation de leur temps de travail.

Les trois premières années ont enregistré des résultats économiques très décevants et le déficit public est reparti à la hausse en 2014. Le chômage a augmenté alors que le PIB décroissait. La dette s’est envolée. Néanmoins, le Portugal est revenu avec succès sur les marchés en juin 2014 en empruntant 975 millions €. Et enfin la reprise de la croissance a commencé dès avant les élections, soutenue par la reprise de la consommation et des exportations.


(p) : prévisions ou chiffres T2 2017 – Source : OCDE

La Premier ministre Passos Coelho est arrivé en tête des élections législatives (38,5% des voix) mais n’a pu réaliser d’alliance pour former un gouvernement, contrairement à l’union de gauche. C’est ainsi qu’un socialiste, Antonio Costa, est devenu Premier ministre.

Poursuite de la politique

Le retournement de la conjoncture était donc largement amorcé avant l’élection et grâce à la politique mise en œuvre par le gouvernement de Pasos Coelho. Le nouveau gouvernement semble bien d’ailleurs se garder de revenir sur les mesures durement mises en place.

En fait, il conserve le souci de réduire le déficit budgétaire, et espère le ramener à 0,5% en 2018 alors que les niveaux de dettes (privées et publiques) sont encore très forts. Tout au plus le nouveau gouvernement a-t-il souhaité prendre quelques mesures démagogiques : augmentation du SMIC, relèvement de certains minima sociaux et des allocations en faveur des retraités et des familles, retour aux 35 heures pour certains fonctionnaires.

Une politique « socialiste mais prudente »

Ainsi, il est clair que l’union de gauche a choisi de favoriser les classes les moins aisées. Cependant, Antonia Costa se garde bien de faire de la dépense publique l’outil majeur de sa politique.

La volonté d’équilibrer les budgets reste un guide. Le taux relativement faible des prélèvements obligatoires par rapport au PIB ne devient pas prétexte à une augmentation tous azimut des impôts. Et si, enfin, quelques nationalisations ont été ralenties ou arrêtées (TAP, la compagnie aérienne), la plupart des mesures sévères engagées pendant les quatre années précédentes ne seront pas remises en question.

Avec l’aide de son tourisme en croissance constante, de mesures fiscales propres à attirer une riche émigration et avec le soutien de l’Europe, la politique courageuse du Portugal pour réduire ses dépenses et ses dettes devrait lui permettre de retrouver définitivement une meilleure santé. Nous sommes loin des rodomontades de M. Mélenchon.

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