Quand la grève se transforme en outil d’extorsion

Encadrer le droit de grève par les règles élémentaires d’imputabilité propres à la protection de la propriété privée permettrait à coup sûr de mettre fin aux sempiternelles tentatives d’embrasement et de grand soir.

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Quand la grève se transforme en outil d’extorsion

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 27 septembre 2017
- A +

Par Francis Pérani.

La rhétorique utilisée par les manifestants contre la réformette de la loi travail manie l’inversion du sens. Un parti politique, La France Insoumise, prône ainsi la rue plutôt que les urnes pour imposer ses vues à tous.

Puis viennent les tentatives de blocage des raffineries pour gêner au maximum le transport automobile dans toute la France. On détruit l’intérêt général comme la liberté de circuler ou de prendre des décisions par le vote au nom de l’intérêt général.

Qu’est-ce qu’une grève légitime ?

Dans l’ouvrage d’Ayn Rand Atlas shrugged, traduit et réédité récemment en France sous le titre La grève, on trouve un modèle libéral d’insoumission non pas au capitalisme mais à l’étatisme.

Il est intéressant de noter que la grève libérale pratiquée par les capitalistes consiste à arrêter d’exercer leur talent de capitaliste. C’est comme si les meilleurs joueurs de football décidaient tous de ne pas renouveler leur contrat, librement et conformément à leur droit contractuel.

Le championnat touché perdrait naturellement de son intérêt et s’écroulerait assez rapidement en termes de spectacle et d’audience. Les capitalistes laissent leur place aux hommes d’État et la catastrophe arrive. C’est ainsi que la grève libérale est pratiquée. Elle ne s’attaque pas au bien d’autrui, n’obstrue aucune place publique, ne dénigre personne. Il s’agit d’une grève légitime.

Qu’est-ce qu’une grève illégitime ?

Quelle que soit la finalité de la contestation, s’en prendre au bien d’autrui ne peut être légitime même si c’est toléré par la loi. L’extrême gauche s’est toujours nourrie du mythe de l’insurrection révolutionnaire.

L’idée d’un Grand soir où tout pourrait s’embraser pour mieux faire table rase de la répartition passée des propriétés privées. Lorsqu’on pense mériter davantage que son voisin, rien de tel que de renverser la table pour forcer l’égalité. C’est aussi la mythologie de la Révolution française dans sa version robespierriste de la Terreur.

La France Insoumise mais aussi les syndicats, dont la doctrine continue à se fonder sur la révolution communiste (CGT, FO) poussent à la grève en jouant avec les marges de manœuvres permises par la loi dans l’espoir de déborder l’ordre établi par le libre marché. Toute grève s’inscrivant dans un tel projet politique est illégitime et même antidémocratique.

L’insurrection par la rue a réussi à bloquer la France depuis très longtemps

Dans le schéma à somme nulle de la lutte des classes, toute réforme visant à libérer l’économie des contraintes étatiques pour la rapprocher de l’optimum du marché libre est considérée comme une avancée des méchants capitalistes contre le gentil peuple. Ces catégories artificielles permettent de mobiliser par la peur et l’envie.

Elles ont surtout eu pour conséquence le blocage du pays et son déclin inexorable dans le chômage, le déficit commercial et la dette. On se souvient des grèves de 1995 qui ont traumatisé la droite pendant des années. Depuis cette date, toutes les réformes ont été homéopathiques, accompagnées de mouvements sociaux et d’innombrables concessions qui aboutissaient finalement à ne pas réformer grand-chose.

Le blocage actuel des routiers n’est là que pour maintenir la petite flamme de l’opposition révolutionnaire face aux réformistes bourgeois

On peut considérer qu’on est encore englué dans les réformes timides par peur des grandes grèves. Avec les ordonnances de la loi Travail on assiste à nouveau aux incontournables grèves sans réellement en comprendre les raisons.

Pour le transport par exemple, les syndicats ne veulent pas de la concurrence par crainte du « moins disant social ». Peu importe le droit du consommateur à obtenir le meilleur prix.

Les grévistes veulent imposer un cadre dans lequel l’entrepreneur du transport n’a pas de marge de manœuvre pour être meilleur que son concurrent. Cela s’appelle la régulation par la branche.

Si chaque patron peut payer les primes et les bonus comme il le souhaite alors cela pourrait créer de l’inégalité, d’où le blocage des raffineries comme en temps de guerre. Cette routine de la réformette et de la grève outrancière est une figure imposée du pouvoir et de son opposition d’extrême gauche en France.

Qui devrait payer pour les dommages causés par la grève ?

Le droit de grève ne prévoit pas réellement d’indemnisations des victimes de la grève. Bloquer des raffineries cause des dommages financiers au groupe pétrolier qui contrôle ces raffineries ainsi qu’à ses actionnaires.

Les grévistes qui commettent ces actes ne sont pas imputables des dommages qu’ils créent. Permettre un jugement qui obligerait le gréviste à indemniser ce qu’il a endommagé permettrait de limiter les grèves abusives.

Lorsque le dommage touche toute une population ne pouvant plus circuler, alors le dommage est encore plus fort et difficile à indemniser. Encadrer le droit de grève par les règles élémentaires d’imputabilité propres à la protection de la propriété privée permettrait à coup sûr de mettre fin aux sempiternelles tentatives d’embrasement et de grand soir.

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Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • Tout cela est bien vrai et malheureux, mais attention le problème n’est pas au niveau légal mais tient plutôt de la façon laxiste dont les lois sont appliquées en France. Le loi française interdit que des grévistes bouchent une autoroute, ou bloque un dépôt. Simplement les pouvoirs publics n’interviennent pas contre des grévistes. La France est aussi le seul pays où des grévistes peuvent bloquer l’entrée d’une entreprise ou séquestrer le patron alors que c’est bien sûr illégal. Lorsqu’une entreprise est ainsi bloquée et que son patron appelle la police, on lui répond « Monsieur, il s’agit d’une affaire entre vous et vos employés. Il ne nous appartient pas de la résoudre ». En d’autres termes si une femme violentée par son mari se réfugie dans la salle de bain et appelle la police, on lui répond « Madame il s’agit-là d’une affaire de couple. Il ne nous appartient pas de la résoudre ». La France est le seul pays européen où le pouvoir politique a laissé le droit de grève neutraliser les autres droits par pur laxisme dans l’application de ses propres lois.

    • Tout a fait exact. La France n’est plus un Etat de droit, en admettant qu’elle ne l’ait jamais été. Il suffit de se balader dans les « quartiers » pour s’en apercevoir bien vite. Un autre exemple est l’acharnement des service fiscaux contre les entrepreneurs, par des pratiques souvent illégales relevant du gangstérisme. Cela va se payer au prix fort. Nous n’en sommes qu’aux prémices.

      • Vous allez un peu trop loin… la France est – heureusement – toujours un état de droit.
        L’application de ce droit est insuffisante sur certains points, et trop excessive sur d’autres, et ça on le doit au politique.

        Mais nous sommes dans un etat de droit.

        • Cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu de réflexion poussé sur l’état de droit.
          De nos jour, beaucoup de démocratures ou de dictadouces on un système judiciaire très proche des critères occidentaux.
          Certes, le diable se cache dans les détails surtout en période d’état d’urgence permanent.
          La remarque de Hank.R prouve que la confiance dans notre système judiciaire est émoussée.

          • il n’y a pas que la confiance qui est émoussée, il y a des éléments qui permettent d’affirmer que les droits des citoyens et libertés sont bafoués.

          • @ GN
            Et c’est bien le cas: les libertés individuelles sont plus menacées sans que cela ne semble poser de problème! Entre autres, vos procureurs sont clairement aux ordres du ministère avec le droit de classer sans suite tout dossier gênant! Ce n’est qu’un exemple!

        • @ AxS
          Vous avez bien le droit de vous en convaincre, mais alors, pourquoi ces réserves? Demandez plutôt à vos pays partenaires ce qu’ils en pensent si ils ne sont pas trop « diplomates » ou « officiels »!

      • @ Hank.R

        « La France n’est plus un Etat de droit, en admettant qu’elle ne l’ait jamais été. »

        Tout est dit!

        Son déclin, dans le contexte international, se manifeste par une perte d’influence rapide et un manque de confiance, forcément!

  • L’idée de grève des gens productifs est excellente. Hélas nous ne sommes pas unis contrairement aux parasites. Chez Ayn Rand les « grévistes » disparaissent et reconstruisent une société ailleurs. Beaucoup de nos expatriés sont un peu randiens sans le savoir. Reste la grève des impôts des charges (au moins patronales), hantise absolue des étatistes. A tel point que même l’appel à cette grève des contribuables est considéré par la Loi comme un acte séditieux grave puni sans pitié… Je ne suis pas certain que nous puissions un jour avoir le courage de la Révolution Libérale (par nature illégale, et souvent générée ou accélérée par des problèmes fiscaux en fait. Ce fut le cas dans ce qui n’était pas encore les Etats-Unis).

    • Autre possibilité: l’agorisme a petites doses via les innombrables
      possibilités techniques (Internet, Bitcoin LeBoncoin, etc.)

    • Aujourd’hui une grande partie de la France des créatifs-productifs est en grève froide. D’où le chômage. Car à quoi bon se battre pour mener à bien des projets rentables, si c’est pour que cette rentabilité soit destinée à être toujours annulée par une prédation fiscale abusive sur la richesse qui aura été créée avec des revenus disponibles (censés être libérés de l’impôt)? Cette France en grève froide ajourne ses projets et attend que la route tourne pour retrouver une époque propice.

      • Ce n’est pas faux, cependant la grève froide n’est pas psychologiquement satisfaisante pour un créatif-productif, et n’est pas soutenable s’il est confrontés à la concurrence internationale. Une autre forme de grève est l’évasion fiscale, mais elle est essentiellement réservée aux gros poissons. Les petits poissons pratiquent le travail et le marché au noir. Ce sont toujours les poissons vifs mais moyens que l’on pèche le plus facilement. Nos médias bien pensants ne se posent d’ailleurs jamais la question de savoir si le poissonnier du coin qui a ouvert un compte à Panama (sans doute connu pour ses pêcheries), n’aurait pas été un peu poussé au crime pour éviter la noyade fiscale…

    • @ Hank.R
      Vous pourriez quand même attendre d’être un peu plus nombreux, déclarés « libéraux », avec au moins quelques députés à l’assemblée nationale, sinon, quelle « force » représentez-vous?

      Écrire un commentaire sur Contrepoints est une chose, descendre dans l’arène politique, brutale et cruelle, en est une tout autre!

      • @mikylux
        Ce serait sympathique mais ne rêvez pas. Les français ne voudront jamais du vrai libéralisme, et nos politiciens le savent bien. L’expérience Madelin n’a pas duré bien longtemps. Nous devons protégez nos intérêts et notre droit de vivre en France par d’autres moyens que la représentation législative. Nous sommes typiquement dans une situation d’abus de majorité en démocratie, bien décrit par Tocqueville par exemple.

        • protéger , pardon.

          Au passage nous sommes en situation de rupture de contrat social à cause de cet abus d emajorité et devons en prendre acte et essayer d’agir. Toutes les suggestions sont bienvenues.

  • La loi interdit de bloquer des établissements! Le problème est que les juges sont de gauche et ne respectent pas les lois en vigueur. Comme les faucheurs d’OGM qui ne sont jamais condamnés!

    • Avant que les juges puissent (ne pas) condamner, il faudrait déjà que les bloqueurs soient délogés et arrêtés, et les biens ayant servis aux blocages saisis.
      … et là les juges n’y sont pour rien, c’est aux pouvoirs publics d’agir.

    • @ Virgile et @ AxS (ci-dessous)
      Je ne connais pas suffisamment la législation française mais jusqu’à présent je ne suis pas sûr qu’il soit légalement possible de condamner globalement un syndicat comme responsable, éventuel coupable de ses membres, pénalement ou civilement.

      Il est donc indispensable que les forces de l’ordre appréhende un « délinquant » responsable d’un acte délictueux établi dont il soit responsable de façon identifiée: dans une manifestation, outre l’effet du nombre, solidaire du délinquant qui vont le soustraire aux forces de l’ordre, la tâche devient vite impossible: combien sont frappés à coup de matraque mais pas autrement inquiété: le rétablissement de l’ordre public prime sur les sanctions judiciaires et leurs règles strictes qui imparfaitement respectées, conduisent au « non-lieu » de toute poursuite!

  • in ne faut pas être étonnée de la justice…
    comment peux être acceptée !!!
    nos élus condamnés par la justice manque pas de toupet…
    ils doivent montrer l’exemple…la justice est pour les autres ..mais pas pour eux…
    un élu pris les doigts dans la confiture !!! doit être inéligible à vie ..déchu de ses droits administratifs…
    cette justice à deux vitesses. ..créer le malaise dans notre société. ..
    le fameux responsable mais pas coupable…

  • Excellent article de fond. Merci. Une petite réserve sur la fin : il ne s’agit pas d' »encadrer » le droit de grève mais tout simplement de faire respecter le Droit. De plus, la grève d’un salarié (qui n’est autre qu’une rupture unilatérale d’un contrat, même si c’est de manière temporaire) devrait entraîner la libération des employeurs de l’obligation de poursuivre le contrat. On ne peut se prévaloir d’un droit pour soi-même qu’on refuse aux autres.

    • Merci pour le commentaire. Mon point n’était pas tant juridique que pratique. Dans la pratique, des grévistes peuvent bloquer un approvisionnement stratégique comme le carburant avec des dommages collatéraux énormes sans qu’il y ait apparemment de condamnation ni de réparation du préjudice commis. S’en prendre aux raffineries est devenu un classique de la grève des routiers, de la CGT et FO. Ma question est si c’est condamnable du point de vue du droit applicable pourquoi le droit n’est-il pas appliqué ? Pourquoi Total ne porte pas plainte par exemple ? Cette « impunité » relative est devenu une autorisation implicite à bloquer le pays.

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