Quand la grève se transforme en outil d’extorsion

Encadrer le droit de grève par les règles élémentaires d’imputabilité propres à la protection de la propriété privée permettrait à coup sûr de mettre fin aux sempiternelles tentatives d’embrasement et de grand soir.

Par Francis Pérani.

La rhétorique utilisée par les manifestants contre la réformette de la loi travail manie l’inversion du sens. Un parti politique, La France Insoumise, prône ainsi la rue plutôt que les urnes pour imposer ses vues à tous.

Puis viennent les tentatives de blocage des raffineries pour gêner au maximum le transport automobile dans toute la France. On détruit l’intérêt général comme la liberté de circuler ou de prendre des décisions par le vote au nom de l’intérêt général.

Qu’est-ce qu’une grève légitime ?

Dans l’ouvrage d’Ayn Rand Atlas shrugged, traduit et réédité récemment en France sous le titre La grève, on trouve un modèle libéral d’insoumission non pas au capitalisme mais à l’étatisme.

Il est intéressant de noter que la grève libérale pratiquée par les capitalistes consiste à arrêter d’exercer leur talent de capitaliste. C’est comme si les meilleurs joueurs de football décidaient tous de ne pas renouveler leur contrat, librement et conformément à leur droit contractuel.

Le championnat touché perdrait naturellement de son intérêt et s’écroulerait assez rapidement en termes de spectacle et d’audience. Les capitalistes laissent leur place aux hommes d’État et la catastrophe arrive. C’est ainsi que la grève libérale est pratiquée. Elle ne s’attaque pas au bien d’autrui, n’obstrue aucune place publique, ne dénigre personne. Il s’agit d’une grève légitime.

Qu’est-ce qu’une grève illégitime ?

Quelle que soit la finalité de la contestation, s’en prendre au bien d’autrui ne peut être légitime même si c’est toléré par la loi. L’extrême gauche s’est toujours nourrie du mythe de l’insurrection révolutionnaire.

L’idée d’un Grand soir où tout pourrait s’embraser pour mieux faire table rase de la répartition passée des propriétés privées. Lorsqu’on pense mériter davantage que son voisin, rien de tel que de renverser la table pour forcer l’égalité. C’est aussi la mythologie de la Révolution française dans sa version robespierriste de la Terreur.

La France Insoumise mais aussi les syndicats, dont la doctrine continue à se fonder sur la révolution communiste (CGT, FO) poussent à la grève en jouant avec les marges de manœuvres permises par la loi dans l’espoir de déborder l’ordre établi par le libre marché. Toute grève s’inscrivant dans un tel projet politique est illégitime et même antidémocratique.

L’insurrection par la rue a réussi à bloquer la France depuis très longtemps

Dans le schéma à somme nulle de la lutte des classes, toute réforme visant à libérer l’économie des contraintes étatiques pour la rapprocher de l’optimum du marché libre est considérée comme une avancée des méchants capitalistes contre le gentil peuple. Ces catégories artificielles permettent de mobiliser par la peur et l’envie.

Elles ont surtout eu pour conséquence le blocage du pays et son déclin inexorable dans le chômage, le déficit commercial et la dette. On se souvient des grèves de 1995 qui ont traumatisé la droite pendant des années. Depuis cette date, toutes les réformes ont été homéopathiques, accompagnées de mouvements sociaux et d’innombrables concessions qui aboutissaient finalement à ne pas réformer grand-chose.

Le blocage actuel des routiers n’est là que pour maintenir la petite flamme de l’opposition révolutionnaire face aux réformistes bourgeois

On peut considérer qu’on est encore englué dans les réformes timides par peur des grandes grèves. Avec les ordonnances de la loi Travail on assiste à nouveau aux incontournables grèves sans réellement en comprendre les raisons.

Pour le transport par exemple, les syndicats ne veulent pas de la concurrence par crainte du « moins disant social ». Peu importe le droit du consommateur à obtenir le meilleur prix.

Les grévistes veulent imposer un cadre dans lequel l’entrepreneur du transport n’a pas de marge de manœuvre pour être meilleur que son concurrent. Cela s’appelle la régulation par la branche.

Si chaque patron peut payer les primes et les bonus comme il le souhaite alors cela pourrait créer de l’inégalité, d’où le blocage des raffineries comme en temps de guerre. Cette routine de la réformette et de la grève outrancière est une figure imposée du pouvoir et de son opposition d’extrême gauche en France.

Qui devrait payer pour les dommages causés par la grève ?

Le droit de grève ne prévoit pas réellement d’indemnisations des victimes de la grève. Bloquer des raffineries cause des dommages financiers au groupe pétrolier qui contrôle ces raffineries ainsi qu’à ses actionnaires.

Les grévistes qui commettent ces actes ne sont pas imputables des dommages qu’ils créent. Permettre un jugement qui obligerait le gréviste à indemniser ce qu’il a endommagé permettrait de limiter les grèves abusives.

Lorsque le dommage touche toute une population ne pouvant plus circuler, alors le dommage est encore plus fort et difficile à indemniser. Encadrer le droit de grève par les règles élémentaires d’imputabilité propres à la protection de la propriété privée permettrait à coup sûr de mettre fin aux sempiternelles tentatives d’embrasement et de grand soir.