Contraception : la pilule et l’inégalité des sexes

Faut-il arrêter la pilule ? Peut-être mais pas pour les raisons que l’on croit.

Par Richard  Guédon.

Les débats sur les effets secondaires des pilules de 3e et 4e génération ont terni l’image de la pilule chez les jeunes femmes, qui l’utilisent moins volontiers que leurs mères. Alors faut-il vraiment arrêter la pilule ? Peut-être mais pas pour les raisons que l’on croit.

Il y a quelques jours le parquet de Paris a classé l’enquête sur les pilules de 3ème et 4ème générations qui avait été ouverte en 2012 suite à la plainte d’une jeune femme lourdement handicapée après un accident vasculaire cérébral, et bientôt suivie de nombreuses autres plaintes.

Selon les magistrats « S’il est scientifiquement établi depuis de nombreuses années qu’il existe, à l’échelle collective, un risque global de développer une pathologie thrombo-embolique, il n’est pas possible de prouver avec certitude à l’échelle individuelle que l’accident médical était dû à la prise de ces pilules ».

Un débat médiatique intense en 2012

Fin 2012 cette affaire avait provoqué un débat médiatique intense à propos du risque accru d’accidents circulatoires associés aux pilules œstroprogestatives de 3e et 4e génération, connu pourtant depuis plus de 15 ans. Ces pilules sont très proches des pilules dites de 1ère et 2ème générations dans leur principe mais contiennent des composants un peu différents censés réduire acné et prise de poids. Ce sont ces mêmes composants qui sont soupçonnés d’être à l’origine du surrisque vasculaire.

Le risque de thrombose veineuse : les chiffres

D’après l’Agence Nationale pour la Sécurité du Médicament,

le risque absolu de thrombose veineuse est de :

– 0,5 à 1/10 000 chez les non utilisatrices de pilule, non enceintes

– 2/10 000 chez les utilisatrices de pilules de 2e génération

– 3 à 4/10 000 chez les utilisatrices de pilules de 3ème  ou 4ème générations

– 6/10 000 chez les femmes enceintes.

Dans 1 à 2 % des cas, les accidents thrombo-emboliques veineux sont d’évolution fatale.

Cette augmentation très faible du risque n’est donc pas une exclusivité de ces pilules plus récentes mais concerne toutes les catégories de pilules… et la grossesse. Mais ces accidents sont d’autant plus dramatiques que les femmes atteintes sont jeunes et en pleine santé apparente.

La pilule, comment ça marche

Comment fonctionnent ces pilules dites combinées ou œstroprogestatives qui représentent la grande majorité des pilules utilisées en France ? On sait que l’organisme féminin se prépare, par cycles de 28 jours, à accueillir une grossesse, obéissant aux signaux venus d’un dialogue hormonal complexe entre les ovaires et le cerveau.

La pilule, composée d’hormones proches des hormones naturelles, vient leurrer le cerveau qui, pour cette fonction, se met en sommeil et cesse de commander périodiquement les mécanismes d’accueil de la grossesse.

Cette action est réversible à l’arrêt de la pilule. Si on n’oublie pas de la prendre, le risque de survenue d’une grossesse est presque nul. C’est donc un moyen contraceptif presque parfait, ce qui explique son immense succès depuis les années 70.

Un excellent rapport bénéfices / risques

Comme tout produit actif, il a des effets secondaires, en général bénins mais parfois plus graves. Nous avons déjà évoqué les accidents vasculaires, mais la pilule est aussi accusée d’augmenter la fréquence des cancers du sein et du col utérin.

Ces inconvénients doivent être mis en balance avec la dangerosité intrinsèque des grossesses évitées et avec les inconvénients de l’interruption volontaire de grossesse, dont il faut  rappeler qu’il s’en pratique annuellement plus de 200 000 dans notre pays.

De plus il est possible de minimiser les risques les plus graves au moment du choix de la contraception en explorant soigneusement les autres facteurs de risques cardiovasculaires : âge, tabagisme, obésité, antécédents familiaux, cholestérol, pression artérielle. On évitera alors de choisir la pilule en cas de risque préexistant inévitable.

Au total la contraception oestroprogestative reste un excellent outil de régulation individuelle des naissances quand elle est bien maîtrisée.

L’image de la pilule ternie chez les jeunes femmes

Pourtant les débats autour des pilules de 3ème et 4ème génération ont contribué à ternir, aux yeux des jeunes femmes, l’image d’une pilule promue au rang d’icône de la liberté de choisir par leurs mères et grand mères. Les chiffres sont sans appel : on assiste à un effondrement des ventes de pilules de 3ème et 4ème génération, renforcé par leur déremboursement, et à un net recul de l’utilisation de toutes les pilules œstroprogestatives. 

Ceci ne signifie pas qu’on a moins recours à la contraception qu’avant mais qu’on remplace la pilule par d’autres moyens de contraception, préservatifs, stérilet et méthodes dites naturelles, c’est-à -dire le retrait éjaculatoire ou l’abstinence pendant les périodes présumées fécondes.

Un schéma dominant : préservatif, pilule, stérilet

Depuis la loi Neuwirtz autorisant la contraception, dont il faut rappeler qu’elle n’a que 50 ans, le paysage contraceptif s’est structuré de la façon suivante : au tout début de la vie sexuelle on utilise en général le préservatif, ce qui permet à la fois d’éviter les grosses non désirées et les infections sexuellement transmises. Quand le couple devient stable la pilule prend le relai, puis quand la famille est considérée comme complète, un stérilet, ou dispositif intra utérin (DIU), est mis en place.

Ce schéma a eu l’avantage de permettre aux femmes, pour la première fois dans l’histoire, de maîtriser leur fécondité, avec les immenses conséquences sexuelles, psychologiques, familiales et sociales que l’on connait.

Les risques sont pour les femmes

Ce schéma a pourtant un inconvénient majeur, il laisse l’ensemble des risques de la contraception reposer sur les femmes et exclut de fait les hommes de toute responsabilité contraceptive pendant la majeure partie de la vie sexuelle des couples.

Pourtant de nombreuses méthodes contraceptives ne reposent pas exclusivement sur les femmes : les préservatifs, le retrait et l’abstinence périodique sont partagés par les 2 partenaires, la vasectomie est de la responsabilité exclusive de l’homme.

La vasectomie

 La vasectomie consiste à ligaturer les canaux déférents qui conduisent les spermatozoïdes à l’urètre. L’ensemble de la fonction sexuelle masculine reste identique mais le sperme ne contient plus de spermatozoïdes et les rapports ne sont plus féconds. C’est une intervention légère et bien supportée qui est confidentielle en France mais largement répandue dans d’autres pays : 1 Américain sur 6 et un Britannique sur 5 sont « vasectomisés ».

Une régulation partagée

Alors faut-il arrêter la pilule ? Peut-être mais pas pour les raisons que l’on croit. Après une ou deux générations de contraception reposant sur les femmes, la prochaine pourrait voir une réappropriation du contrôle de la fécondité par les hommes, ou du moins par les deux partenaires, car, après tout, même quand on « fait un bébé toute seule », il faut bien le faire avec quelqu’un.

Pour un libéral, la grande clarté des Lumières, même tamisée, ne devrait pas s’arrêter aux portes des l’alcôve.