L’alternance libérale est-elle possible en 2022 ?

Le libéralisme aurait intérêt à se constituer en parti pour mieux se faire connaître et réapparaître dans le débat public.

Par Francis Pérani.

Le paysage politique a été bouleversé lors des dernières élections présidentielles et législatives. Un parti start-up, LREM a fusionné les socialistes réalistes, les centristes, et les gaullistes autour d’un programme étatiste modéré qui ne refuse pas l’ouverture au monde.

Le FN comme La France Insoumise sont des alternatives reposant sur un interventionnisme plus extrême et non compatible avec la mondialisation ni l’Europe. Les socialistes et les républicains non ralliés n’ont plus ni espace ni avenir politique puisqu’ils occupent le même terrain idéologique que le majorité actuelle. Mais où est l’alternative libérale et en quoi consisterait-elle ? 

Quelles que soient les alternances, la France reste un pays profondément socialiste

Tout le monde pourrait s’entendre sur un diagnostic commun : la France est endettée pour presque 100% de son PIB. Son déficit budgétaire est d’environ 20% par an depuis longtemps, ce qui creuse sa dette. Ses prélèvements obligatoires sont quasiment les plus élevés au monde autour de 46% du PIB.

Il en résulte que son économie est pilotée à plus de 50% par des instances étatiques plus ou moins directes. La France est donc bien un pays socialiste dans sa structure, et ce quel que soit le nom que se donnent les partis au pouvoir successifs.

Un pays socialiste pense que l’État est plus intelligent que la société et qu’il peut piloter l’économie par le biais de quelques cerveaux bien faits et coordonnés centralement. Il est fondé sur une redistribution massive par laquelle tout le monde cherche à vivre aux dépens de tout le monde, selon la formule de Frédéric Bastiat.

Il donne l’illusion que l’État dispose d’une manne de services gratuits en cachant du mieux qu’il peut la contrepartie en impôts, actuels ou différés. Sa différence avec le communisme c’est qu’il ne cherche pas à contrôler directement la totalité de l’économie, il maintient un minimum de liberté, voire de libéralisme, par réalisme, et pour avoir quelque chose à partager.

Le cru 2017 de la France socialiste est plus subtil médiatiquement. Il joue mieux des symboles, utilise mieux les techniques modernes de marketing politique qui ont fait leurs preuves lors des élections et des présidences d’Obama.

Il est aussi plus intelligent et cultivé comme un dépassement du style bling bling des années 2007-2012 et du style « normalitude sous la pluie » des années 2012-2017. Il est rafraîchissant parce qu’il met en avant la France plus jeune et plus ouverte sur le monde. Au-delà des images, ce cru socialiste est aussi plus réformiste. C’est son intelligence de réformer à la marge le système pour mieux le conserver mais c’est aussi là que réside sa faiblesse majeure. 

En quoi est-ce un problème de ne pas faire de réformes libérales ?

Les réformes homéopathiques qui créent déjà beaucoup de polémiques et protestations ont la faiblesse de ne pas avoir d’impact sur la situation économique du pays et particulièrement son taux de chômage et son déficit commercial qui sont les symptômes d’un décrochage de compétitivité typique d’une économie socialiste en économie ouverte. Le gouvernement actuel permet à la France de ne pas décrocher complètement mais seulement de continuer à décliner lentement et imperceptiblement.

Ne pas faire de vraies réformes pose un problème de statut ou d’opportunités manquées. La France s’empêche de devenir un grand pays d’exportation, sans chômage, regorgeant d’innovations et avec des citoyens plus riches. Cette occasion est manquée tous les cinq ans faute de programme et de parti.

L’autre problème c’est l’aggravation de la dette. La dette s’accumule pendant des dizaines d’années jusqu’au point de non-retour qui finit généralement mal. La Révolution française est née d’un problème de dette accumulée et insoluble. La France se rapproche de l’Italie et de la Grèce de ce point de vue et elle hypothèque ses générations futures qui devront vivre avec des contraintes colossales de remboursement léguées en héritage.

À quoi ressembleraient de vraies réformes libérales ?

C’est dans le fond assez simple : moins d’État. Il ne s’agit pas de modifier son mode d’intervention en ajustant telle ou telle répartition ou subvention pour mieux l’orienter vers telle ou telle clientèle électorale.

Il s’agit plutôt de privatiser tout ce qui peut l’être. Les privatisations ont beaucoup d’avantages : elles éliminent à la source les activités déficitaires de l’État tout en rapportant de l’argent lors de la vente de l’activité, ce qui permet de rembourser le capital de la dette.

Évidemment, ce terrain des privatisations est plein de tabous pour un pays socialiste comme le nôtre. Cela va à l’inverse de tout ce qu’on fait instinctivement et qui consiste à étatiser. Mais hors des tabous, il ne faut pas s’interdire de penser à une école intégralement privatisée, de la maternelle à l’université, à une recherche privée financée par des dons et des entreprises, à des assurances chômage, retraite, maladie privées et non obligatoires.

L’autre volet d’un programme libéral consiste à libérer réellement l’économie en éliminant de la loi ce qui concerne l’organisation des activités économiques pour le laisser à la discrétion de la société civile, des entreprises et de la concurrence.

Plus de salaire minimum, ni de temps de travail maximum, ni de jour interdit au travail (dimanche), ni de limites du temps de travail. L’Europe aide déjà beaucoup la France à ouvrir à la concurrence ses marchés (train, poste, aérien, etc.). La France peut aller plus loin.

La fiscalité baisserait alors drastiquement en signe d’un retour de l’économie entre les mains des individus. De là, la compétitivité des entreprises bien moins taxées se trouverait renforcée et l’exportation repartirait de plus belle.

Le bilan au bout de cinq ans ressemblerait à un pays plus riche, sans chômage, plus libre et responsable.

Le libéralisme est-il utopique en France ?

On pourrait le penser, aucun parti ne représentant ce courant qui était pourtant assez puissant au 19ème siècle. Les grandes guerres du 20ème siècle ont détourné la France de sa trajectoire libérale. D’autres pays ont subi les mêmes tendances mais ont réussi depuis à retrouver le chemin de la liberté.

Le libéralisme aurait intérêt à se constituer en parti pour mieux se faire connaître et réapparaître dans le débat public. Il est aujourd’hui une coloration que certains étatistes se donnent pour se différencier et apparaître comme plus sérieux, surtout à droite. Mais il n’est pas représenté comme tel, sauf par quelques éditorialistes sans poids politique.

Le libéralisme n’est pas pour autant utopique. Il est le moteur bien réel qui permet de nourrir l’État tous les jours. Tous ceux qui travaillent et consomment le pratiquent au quotidien et en apprécie les bienfaits sans le savoir.