APL : à votre bon coeur, propriétaires !

Inoocent guilty by Hossein Rahimi(CC BY-SA 2.0)

Les propriétaires sommés de baisser de 5 euros le loyer mensuel de leurs locataires : le président de la République Emmanuel Macron, est-il tombé dans la très petite politique politicienne, démagogique ?

Par Michel Albouy.

À la surprise générale, le président Emmanuel Macron a demandé aux propriétaires bailleurs de baisser de 5 euros leurs loyers. Bien sûr, 5 euros, ce n’est pas grand-chose pour des nantis. Mais est-ce que tous les propriétaires sont des nantis et que cache une telle proposition en matière de vision économique ?

En demandant aux propriétaires bailleurs de baisser de 5 euros le loyer mensuel de leurs locataires, le président de la République, Emmanuel Macron, est tombé dans la très petite politique politicienne, proche de la démagogie. Avec cette intervention présidentielle on est très loin de la présidence Jupitérienne qu’il veut incarner. Est-ce vraiment au président de la République de traiter de tels sujets ménagers à l’heure d’une situation internationale aussi tendue ?

Baisse des APL : pour ménager les étudiants remuants à la rentrée ?

Pourquoi 5 euros ? Tout simplement parce que le gouvernement, à la suite de celui de François Hollande, a validé la réduction de l’APL (allocation logement) de 5 euros. En fait, on ne saura jamais vraiment l’origine de cette baisse, mais toujours est-il qu’elle existe pour les bénéficiaires de l’APL qui comprennent beaucoup d’étudiants ; une population remuante et à ménager en période de rentrée universitaire.

Ainsi, une baisse de subvention versée par l’État aux locataires devrait être compensée par les propriétaires bailleurs. Et puis, 5 euros c’est quoi pour des propriétaires qui bénéficient de la rente immobilière ? Allez, soyez raisonnables chers bailleurs et compatissez à la misère de l’État ! Il vous en sera reconnaissant.

Comment justifier une telle proposition, véritablement surréaliste, de la part d’un président de la République ? Imagine-t-on le général de Gaulle faisant une telle déclaration ? Pourquoi les propriétaires bailleurs – et ce quel que soit le montant du loyer mensuel – devraient baisser uniformément de 5 euros leurs loyers ?

À noter que 5 euros par mois cela fait 60 euros par an, un chiffre déjà moins sympathique pour un propriétaire de studio. En effet, sur le loyer d’un studio loué 400 euros par mois net de charges (un montant qui correspond à la province), cela fait quand même une baisse de 1,25% de revenu alors que la CSG va prochainement augmenter ainsi que les impôts fonciers. Par contre, sur un grand logement en location, cette proposition de baisse est forcement moins lourde. Équité ?

L’État ne peut pas tout

Le Président a justifié sa décision en affirmant que l’État ne pouvait pas tout payer. On connaissait la fameuse déclaration de Lionel Jospin, à savoir que l’État ne pouvait pas tout ; il l’a d’ailleurs payé très cher par la suite auprès de son électorat socialiste.

Eh oui, l’État et ses satellites n’en peuvent plus malgré l’énorme ponction sur l’économie qui s’élève à 57% du PIB. L’État en est à demander 5 euros aux propriétaires bailleurs pour boucler son budget ! Allez un petit effort de générosité, chers propriétaires.

La demande faite par Emmanuel Macron aux propriétaires bailleurs de réduire de 5 euros leurs loyers s’inscrit dans une curieuse philosophie économique. Elle revient en effet à demander aux bailleurs de réduire leurs prétentions pour faire en sorte que la baisse de l’APL versée par l’État soit indolore pour les locataires.

Une curieuse conception de l’économie

Bien sûr, pour tous ceux qui sont convaincus de l’existence d’une rente immobilière et de la féroce rapacité des propriétaires, cette demande est non seulement justifiée mais également insuffisante. Il faudrait, en effet, encadrer davantage les loyers et éventuellement les bloquer. Avec une telle approche du marché du logement, on est sûr d’arriver à sa perte.

Déjà, les divers observatoires de l’immobilier ont mis en évidence une baisse des loyers mais également – et cela est plus inquiétant – une baisse des dépenses d’investissement dans le parc locatif. Raboter la rente immobilière finira effectivement et inéluctablement par une baisse des investissements au détriment de l’entretien du parc immobilier.

Ce phénomène a toujours été observé dans tous les pays qui ont pris des mesures d’encadrement des loyers, et la France n’y échappera pas. Pour tous ceux qui veulent voir les conséquences d’un blocage des loyers il suffit d’aller à Lisbonne : immeuble délabrés et marché bloqué. D’autres exemples pourraient être cités.

Au-delà de la demande surréaliste du président de la République adressée aux propriétaires bailleurs de réduire de 5 euros leurs loyers mensuels, on peut également s’interroger sur la logique d’un État qui d’un côté finance à coup de déductions fiscales le marché du logement et d’un autre veut davantage taxer les propriétaires de biens immobiliers. La réduction du périmètre de l’ISF aux seuls biens immobiliers n’étant que le dernier avatar d’une volonté de « tuer la rente immobilière ».

Anéantir la rente immobilière ?

Le problème c’est qu’à force de tirer sur l’ambulance immobilière il est à redouter que les investisseurs particuliers s’en détournent vraiment. Or, la construction de logements privés participe bien évidemment à la richesse nationale – qui pourrait le nier –  et permet de répondre à de vrais besoins de logement pour les Français.

De ce point de vue, on ne voit pas très bien la justification d’un ISF réduit uniquement aux actifs immobiliers parce qu’ils seraient jugés « improductifs ». À l’opposé, seuls les capitaux investis dans des actifs financiers (actions, obligations, assurance-vie, etc.) feraient partie du capital productif… Comprenne qui pourra !

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser, la demande du président Macron adressée aux propriétaires bailleurs, n’est pas qu’un cri du cœur en faveur des « pauvres locataires » touchés par la baisse des APL. Elle s’inscrit dans une philosophie économique qui s’attache à réduire, voir à anéantir « la rente immobilière ».

Plus gravement, elle renforce l’opposition entre locataires et bailleurs en renvoyant à ces derniers la responsabilité d’une baisse des subventions de l’État. Bonjour, la paix économique avec de telles propositions !

Article publié initialement dans Le Cercle Les Echos le 8 septembre 2017.