Rentrée scolaire : enfin de bonnes réformes à l’Éducation nationale ?

Les cinq réformes poussées par Jean-Michel Blanquer représentent un vrai bol d’air frais pour l’Éducation nationale, pour la première fois depuis de nombreuses années.

Par Jean-Baptiste Noé.

Les professeurs ont vécu comme un temps de disette et de désert les cinq ans du quinquennat de François Hollande marqués par l’idéologie et le non-sens absolu en matière d’éducation. Le discours tenu par Jean-Michel Blanquer fait du bien à entendre parce que, pour une fois, nous avons un ministre qui parle des réalités et de ce qui fonctionne. Il faut remonter à Gilles de Robien pour retrouver un tel discours pragmatique, dont Jean-Michel Blanquer fut d’ailleurs un des proches puisqu’il a travaillé dans son cabinet.

C’est principalement la méthode du ministre qui est à saluer. Il parle des professeurs, de ce qui marche et des réalités du terrain. Son pragmatisme est nécessaire pour améliorer l’institution scolaire qui est en pleine déconfiture. L’entretien qu’il a accordé au Figaro le 4 septembre 2017 est à ce titre révélateur de sa méthode et de sa vision de l’école. Il l’a dit à plusieurs reprises, il veut s’appuyer sur les recherches et les résultats des neurosciences pour bâtir les meilleures méthodes de lecture qui soient. C’est-à-dire partir de la réalité, des recherches scientifiques et non pas des idées et de l’idéologie.

En cette rentrée 2017 sont mises en place plusieurs mesures qui vont dans le bon sens et dont parents et professeurs peuvent se féliciter.

La confiance restaurée

Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé vouloir bâtir « l’école de la confiance ». La méthode choisie est la bonne : non pas imposer les directives par le haut, mais faire confiance aux acteurs (chefs d’établissements, professeurs) pour établir les changements. Cette méthode permet de responsabiliser les acteurs locaux qui peuvent prendre des décisions pédagogiques en fonction du public qui est le leur. Elle les responsabilise et les rend ainsi parties prenantes des mesures pédagogiques. Une petite musique de liberté se fait entendre qui est très encourageante pour la suite.

(Les parties citées sont extraites du site internet du Ministère, et reprennent la conférence de presse du ministre du 13 juin 2017).

L’autonomie est une bonne chose dès lors qu’elle signifie liberté et confiance aux acteurs de terrain pour régler les difficultés des élèves. Demain, les équipes et leur chef d’établissement auront davantage de souplesse dans l’élaboration de leur projet pédagogique, en contrepartie d’une responsabilisation accrue et d’une évaluation plus régulière. L’autonomie, c’est aussi réaffirmer la place de l’État : se concentrer davantage sur la définition du cadre national et la vérification de l’atteinte par tous des objectifs fixés, que sur une volonté de gestion du moindre détail » peut-on lire sur le site du Ministère.

Voilà qui change du monolithisme et qui permet d’intégrer les acteurs (professionnels et parents) dans le processus éducatif.

Les rythmes scolaires

Possibilité est donnée aux communes de revenir sur la réforme Peillon :

L’approche proposée offre des possibilités nouvelles aux acteurs locaux sans rien retrancher à celles qui existent actuellement :

Là où les communautés éducatives et les communes sont satisfaites de l’organisation actuelle, elles pourront tout à fait continuer à fonctionner selon les mêmes modalités.

Là où émerge un consensus local entre conseils d’école, municipalité et Inspecteur d’académie en faveur d’une autre organisation, une dérogation aux cadres existants sera possible. Ces évolutions pourront intervenir à la rentrée 2018. Là où les acteurs sont prêts, des expérimentations pourront avoir lieu dès la rentrée prochaine. »

La liberté et l’autonomie sont bien effectives dans les faits.

La réforme du collège

La réforme du collège est loin de faire l’unanimité. Nous souhaitons donner davantage de souplesse aux équipes pédagogiques dans l’organisation de leurs enseignements pour qu’elles puissent s’adapter aux besoins des élèves et porter le développement d’identités pédagogiques spécifiques pour leurs établissements.

Retour aux classes bilangues, aux classes européennes et à l’ancienne organisation de l’enseignement du grec et du latin.

Quid des EPI ?

Le carcan des thèmes imposés (6 obligatoires sur 8 proposés) pour les EPI est levé pour donner davantage de souplesse aux acteurs et leur permettre de faire le choix d’EPI plus adaptés à leur projet d’établissement.

Notons des termes que l’on n’avait pas l’habitude d’entendre : carcan, souplesse, autonomie, liberté, adaptation. C’est une révolution !

Là aussi, le choix est laissé aux collèges :

Les collèges qui veulent garder l’organisation pédagogique actuelle le pourront. Les établissements qui souhaitent faire évoluer l’organisation pour mettre en place un véritable enseignement de latin et de grec, développer les classes bilangues ou les sections européennes pourront le faire.

Réforme du baccalauréat

Le ministre lance une réforme du baccalauréat, qui devrait aboutir pour l’année 2020. L’idée est d’avoir un contrôle final de 4 épreuves et un contrôle continu pour le reste. C’est une excellente chose (que nous prônons depuis longtemps) afin de renforcer le bac et de ne pas diluer le diplôme dans une multiplicité d’épreuves.

Une partie du bac est déjà en contrôle continu, il s’agit simplement d’étoffer cela. Les épreuves de langues ont un oral de 10 points noté en classe et un écrit de 10 points passé lors des épreuves du bac. En physique-chimie, les élèves de TS ont une épreuve de manipulation notée sur 4 points, l’écrit étant noté sur 16.

Le contrôle continu est tout à fait possible, et même souhaitable. Aujourd’hui, les lycéens sont déjà notés sur cette formule. La plupart des admissions dans le supérieur se font par l’étude des bulletins scolaires, donc par le contrôle continu. Les Terminales ont leurs résultats APB le 8 juin, pour des épreuves du bac qui commencent le 15. Pour eux, la véritable angoisse est la date du 8 juin, les résultats du bac ne faisant qu’entériner le travail de l’année. C’est pourquoi il serait bon de concentrer le bac sur 4 épreuves, ce qui mobiliserait moins de moyens et rendrait l’épreuve plus souple. Cela favoriserait aussi la rigueur et l’endurance dans le travail et non pas le bachotage de dernière minute.

La réforme d’APB

Nous n’en savons pas davantage, mais le ministre a dit vouloir réformer APB, dont le nom devrait changer, tout en conservant un serveur commun d’orientation post-bac. Le vrai changement ne sera pas le nom, mais la plus grande sélection opérée à l’université. C’est un souhait commun du gouvernement et par ailleurs une bonne mesure. Aujourd’hui, seuls 30% des étudiants de L1 parviennent en L2. Plutôt que d’opérer une telle sélection par l’échec, et donc par l’impasse, il est plus judicieux de mieux sélectionner en Terminale.

La musique qui se joue du côté de la rue de Grenelles émet des notes justes. Reste à voir si cela ira jusqu’au bout.