Des employeurs de moins en moins libres

Bound by Domiriel (CC BY-NC 2.0)

Pourquoi la liberté de manoeuvre accordée au particulier est-elle refusée à l’employeur, alors que celui-ci contribue déjà à l’assurance-chômage la plus généreuse qui soit au monde ?

Par Xavier Fontanet.

Que diriez-vous si, après avoir décidé de changer de marque de voiture, vous receviez la lettre d’un tribunal vous demandant de justifier votre choix ? Cette lettre vous expliquerait que votre geste demande une justification en raison de la perturbation que vous créez chez votre ancien fournisseur.

Vous devriez réexpliquer que vous voulez changer parce que vos enfants, étant devenus adultes, ont quitté votre foyer et que, de ce fait, une voiture plus petite vous convient mieux.

Votre décision serait contestée par le juge, qui vous rappellerait que vous avez une bonne situation et vous proposerait de régler le contentieux contre un chèque de 10.000 euros. Ce chèque, préciserait-il, permettra à l’État de compenser les dommages causés à votre ancien fournisseur par votre changement soudain.

Que diriez-vous si, le jour où vous annoncez à votre employeur que vous le quittez pour un autre job, celui-ci vous disait : «  Cher monsieur, depuis que nous travaillons ensemble, je vous ai formé et cela a représenté un coût pour moi. Je vous demande de me régler cette facture de 15.000 euros, qui représente les frais de que j’ai investi sur vous pendant dix ans. J’en ai besoin pour former la personne qui vous remplacera. »

Dans ces deux cas, vous seriez indigné et vous auriez raison. C’est rogner votre liberté, cela réduit votre pouvoir d’achat, et conduit directement la société au collectivisme.

Soit ! Mais alors, pourquoi la liberté de manoeuvre accordée au particulier est-elle refusée à l’employeur, alors que celui-ci contribue déjà à l’assurance-chômage la plus généreuse qui soit au monde ?

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, cette dissymétrie est au coeur des discussions sur le Code du travail. Rappelons que, dans tous les pays où il n’y a pas de chômage, l’employeur n’a pas à justifier sa décision (c’est écrit noir sur blanc dans certains Codes du travail). Il doit simplement payer une indemnité préétablie, calculée sur la base du salaire et du temps passé par l’employé dans l’entreprise.

Article initialement publié sur Les Echos.

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